La mer du Nord polluée par les plombs de pêche : des plongeurs en remontent plus de 8000 depuis deux épaves
L'institut flamand de la mer du Nord (VLIZ) publie ce vendredi les résultats d'une étonnante pêche réalisée sur deux épaves qui gisent sur le fond marin depuis 1906 et 1912, à quelque 30 kilomètres au large de Nieuport. Entre 2019 et 2022, des plongeurs en ont décroché 8 177 plombs de pêche. Difficile de dire en combien de temps autant de plombs de pêche se sont accumulés à ces deux endroits. Mais l'étude estime que la pression de la pêche sur les épaves a fortement augmenté à partir des années 1980, lorsque l'amélioration des technologies de géolocalisation a permis aux pêcheurs de loisir de les localiser avec plus de précision.
Plus de 2,5 tonnes de métal toxique
Le poids des plombs variant de quelques dizaines de grammes à plus de 1 kilo, c'est au total plus de 2,5 tonnes de ce métal qui se dissout dans le milieu aquatique qui ont été ramenées à la surface.
Le plomb est un métal toxique. Le règlement REACH, qui encadre l'usage des substances chimiques dans l'Union européenne, reconnaît d'ailleurs le risque pour la biodiversité aquatique ainsi que pour la santé humaine via la chaîne alimentaire. Une pollution diffuse et irréversible lorsque les particules de plomb sont dispersées dans l'eau et les sédiments. Une pollution environnementale qui est d'autant plus préjudiciable que ces épaves sont de véritables hotspots de biodiversité pour la faune et la flore sous-marines. En mer du Nord belge, 44 des 215 épaves présentes sont d'ailleurs protégées, le mouillage et la pêche y étant interdits.
Avec cette étude, les chercheurs du VLIZ veulent alerter sur le risque environnemental que représentent ces plombs de pêche, mais également apporter des données qui permettront de développer des alternatives. "L'analyse systématique de milliers de plombs de pêche offre aux chercheurs un aperçu unique des formes, des poids et des usages les plus fréquents par les pêcheurs, et en particulier par les pêcheurs sur épaves, souligne le VLIZ. Ces connaissances constituent une base importante pour le développement d'alternatives sans plomb performantes."
Des alternatives existent déjà (des lests en tungstène, en acier, en alliages composites, en béton ou encore en verre) mais restent peu utilisées par les pêcheurs en raison de leur coût plus important, de performances jugées moindres et de l'absence d'un cadre législatif restreignant leur usage. Mais sur ce dernier point (voir ci-dessous), l'Union européenne vient de prendre une décision qui va progressivement changer la donne.
L'Union européenne va interdire la vente
En avril dernier, le comité REACH a adopté une proposition de la Commission européenne qui vise à réduire progressivement l'usage du plomb dans les activités de pêche. Le texte, qui a été adopté par le parlement européen le mois dernier, devrait prochainement passer la dernière étape législative, celle du Conseil. Lorsqu'il entrera en vigueur, il interdira la vente des fils de pêche en plomb et plombs de pêche amovibles après 6 mois, la vente des plombs et leurres de 50 g ou moins après 3 ans et la vente des plombs et leurres de plus de 50 g et jusqu'à 1 kg après 5 ans. Pour les associations environnementales, les scientifiques mais également les deux principales fédérations européennes de pêche de loisir, ne viser que la vente sans restreindre l'usage des plombs déjà en circulation risque de réduire fortement les bénéfices de la mesure. D'autant que rien n'interdirait aux pêcheurs de fondre de nouveaux plombs de pêche à partir de la matière brute ou de les importer de pays hors UE. Aux Pays-Bas, le gouvernement et la fédération de pêche de loisirs vont d'ailleurs un pas plus loin en s'étant accordés sur une élimination progressive du plomb dans le matériel de pêche récréative tandis que certaines communes l'interdisent déjà sur leurs cours d'eau.
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