« La perte de fréquentation chute très gravement, on ne travaille plus » : à Cannes, les commerçants autour du marché Forville à bout de souffle face aux travaux
Sous le soleil brûlant de la canicule, en ce milieu du mois d’août, aux alentours de 10 h 30, les terrasses aux abords du marché Forville sont loin d’être pleines, à l’inverse des étals de fruits et légumes sous la tonnelle.
Une situation qui, selon certains des restaurateurs installés à proximité de l’incontournable bâtiment en travaux depuis avril 2024, ne date pas d’hier.
Pour Guillaume, employé au restaurant du Bistrot Gourmand, la baisse de fréquentation est évidente.
« Ça chute très gravement, on ne travaille plus. On préfère fermer le midi et rester ouverts plutôt le soir », lance-t-il, le regard tourné vers l’écriture du menu sur le tableau noir.
« Cette saison se passe très mal »
Une baisse d’activité qui inquiète, d’autant que les souvenirs de l’avant travaux sont encore bien présents. « On travaillait bien mais maintenant, plus du tout. La clientèle a aussi changé, la plupart sont des touristes », souligne-t-il.
Photo : Sébastien Botella
À quelques mètres de là, le constat est similaire. Catherine, employée au café des Halles, s’affaire au nettoyage avant l’ouverture de la terrasse. « Cette saison se passe très mal. Mon patron avait mis des sous de côté pour pallier la baisse de clients mais avec le retard… »
Corrosion à 70 % pour certaines ferrailles, fondation et poteaux renforcés, ravalement de façade… L’édifice en chantier s’est révélé plus abîmé que prévu. « Nous avons préféré poursuivre et faire ces travaux titanesques, et bien plus conséquents que prévu, sans quoi la structure serait devenue inexploitable dans les 10 à 15 années à venir », expliquait dans nos colonnes, en décembre 2025, la directrice générale des services de la Ville, Karin Topin Condomitti.
« J’ai dû me séparer de mon salarié à mi-temps »
Malheureusement, pour certains, le retard est fatal. « Nous avions une trésorerie prévue pour tenir environ un an et demi. Aujourd’hui, j’ai dû me séparer de mon salarié à mi-temps », témoigne Malorie, gérant du Fromager Gourmet, situé dans une rue adjacente.
Malgré quelques « pics » d’activité, le chef d’entreprise est contraint de gérer maintenant seul. « Il y a deux ans, je réalisais 37 000 euros de chiffre d’affaires sur cette période. Cette année, je pense que je parviendrai à peine à 28 000 euros. »
Et l’espoir d’un week-end attractif comme le 15 août n’a malheureusement pas été à la hauteur. « Ce matin, tout le monde est sonné car les clients ne sont pas au rendez-vous. Hier, nous avons compris qu’un camion bloquait l’accès », observe-t-il en pointant du doigt la rue Gazagnaire, jouxtant le marché couvert.
Patrice Lapoirie / Nice-matin
« Même s’ils ont un accès au parking rue des Suisses ou rue Pastour, certains habitués de longue date ont des difficultés physiques pour se déplacer et ça les décourage. Ils préfèrent donc aller voir ailleurs », commente-t-il.
Interrogée, la Ville estime que le blocage de la rue Gazagnaire « a bien été anticipé […]. Il a été indiqué qu’elle restait ouverte mais qu’elle pourrait faire l’objet de fermetures ponctuelles l’après-midi pour le passage et le stationnement ».
« J’ai encore quelques réserves personnelles »
Face à la situation globale, l’urgence est désormais, selon lui, de permettre aux commerçants concernés de bénéficier des aides et indemnisations mises en place par la Ville.
Photo : Sébastien Botella
« Il y a donc deux aspects préjudiciables à considérer : la perte sèche directe de 75 000 euros de chiffre d’affaires et l’absence de la croissance initialement attendue. J’ai encore quelques réserves personnelles qui devaient initialement servir à investir, pas à combler des pertes d’exploitation », peste-t-il.
Même état d’urgence chez son voisin, Thibaut, propriétaire de la cave Grenache : « On a engagé une perte sur juillet de 60 %, on ouvre même plus le soir parce que ça sert à rien », souligne-t-il, ajoutant ne plus se verser de salaire depuis le début des travaux.
« Atténuer au maximum l’impact économique des travaux »
Pour la municipalité, ce projet majeur de réhabilitation était inévitable. « Il vise à assurer l’avenir du marché, donc aussi celui des commerçants du pourtour », écrit la municipalité, qui précise qu’elle a fait le choix « de maintenir une activité économique de marché pendant la durée des travaux ».
Face à l’ampleur du chantier, elle explique « atténuer au maximum l’impact économique des travaux sur leur activité » à travers plusieurs stratégies : signalétique pour « inciter les habitants et visiteurs à maintenir leurs habitudes d’achats », préservation des accès aux livraisons et au parking mais aussi un effort financier significatif.
Déjà 347 365 euros d’exonérations
Ce dernier se constitue de deux initiatives : l’exonération de redevances d’occupation du domaine public (la municipalité souligne avoir accordé 347 365 euros d’exonérations) et la mise en place d’une commission d’indemnisation, issue d’une démarche « facultative ».
Ce dispositif, dont « le seuil d’éligibilité est fixé à 20 % de perte de marge brute » et « une indemnisation à hauteur de 50 % de la perte totale sans plafonnement et aucune activité exclue », a déjà permis d’allouer 174 457 euros à cinq établissements sur l’exercice 2024.
La Ville tient à préciser que les critères d’indemnisations retenus « sont aussi plus favorables que ce qui se pratique dans d’autres villes ».
Pas de travaux pour les fêtes, une phase 2 prévue début janvier 2027
Elle ajoute également que cette enveloppe globale de plus de 520 000 euros porte ses fruits, le secteur restant attractif avec « aucun commerce fermé, aucune vacance commerciale » ainsi que des extensions de commerces existants depuis avril 2024.
En attendant, la phase 1 devrait se terminer en novembre 2026 « pour sanctuariser la période des fêtes de fin d’année, donc sans aucuns travaux », puis un démarrage de la phase 2 dès le lundi 4 janvier 2027.