Pendant des décennies, l'isolation de nos logements a essentiellement été pensée avec une obsession : conserver la chaleur en hiver et réduire les besoins en chauffage. Mais les canicules de plus en plus présentes mettent en lumière l'autre face du problème. Dans certaines habitations récentes ou tout juste rénovées, la chaleur met du temps à entrer… mais, une fois installée, elle peut aussi mettre plusieurs semaines à disparaître, même lorsque les températures extérieures ont nettement baissé. De quoi alimenter le débat sur les "bouilloires thermiques" et poser une question qui pourrait devenir centrale dans les années à venir : faut-il désormais concevoir et rénover nos logements autant pour l'été que pour l'hiver ? Et le PEB doit-il évoluer pour permettre à un acheteur de savoir si son futur logement résistera correctement à une canicule ? Nous avons posé la question à Arnaud Vierendeel, cogérant de la société Isulotion.

Nos logements ont surtout été pensés pour conserver la chaleur en hiver. Que faut-il changer pour mieux supporter les canicules ?

On va forcément revenir aux matériaux biosourcés. Si on raisonne uniquement en termes de performances hivernales, avec des épaisseurs adaptées, un isolant biosourcé n'est pas forcément plus performant qu'un isolant pétrochimique. En hiver, les performances peuvent être comparables. C'est en été qu'apparaît une vraie différence, parce que la chaleur met beaucoup plus de temps à traverser l'enveloppe du bâtiment avec certains matériaux biosourcés. Évidemment, s'il y a quinze ou trente jours de canicule, à un moment donné, la chaleur finira par entrer. Il ne faut pas faire de fausse promesse. Mais pour des épisodes de trois ou quatre jours de forte chaleur comme ceux que nous connaissons régulièrement, un bâtiment correctement conçu avec des matériaux biosourcés peut vraiment apporter un gain important. Il faut toutefois insister sur un autre point : l'isolation ne fait pas tout. Vous pouvez mettre – j'exagère volontairement – deux mètres d'isolant biosourcé, si vous avez une énorme baie vitrée orientée plein sud et sans protection, votre bâtiment va évidemment chauffer. Il faut donc penser à des volets, des stores, des rideaux épais, etc.

La Question Conso : primes, PEB, matériaux biosourcés, comment faire les choses dans l'ordre pour rénover sa maison ? "Le séquençage est capital"

Mais une fois que la chaleur est entrée dans le logement, comment peut-on faire redescendre la température sans forcément installer une climatisation classique ?

Les systèmes de ventilation double flux peuvent notamment être équipés de modules de refroidissement. Ce sont des systèmes beaucoup moins énergivores qu'une climatisation classique. L'objectif n'est pas d'arriver à 16 °C dans le logement, mais plutôt d'aller chercher 5 à 6 degrés de confort supplémentaires. C'est particulièrement intéressant la nuit. Qu'il fasse chaud pendant la journée, c'est évidemment désagréable, mais ce qui devient vraiment problématique, c'est lorsqu'on ne parvient plus à faire redescendre la température durant la nuit. C'est pour cela que je trouve dommage de voir des gens se dire immédiatement : "Je vais installer une climatisation." Celle-ci sera finalement utilisée assez peu. Une pompe à chaleur réversible peut être plus intéressante puisqu'elle peut servir à la fois à chauffer et à rafraîchir le logement. Attention cependant : une pompe à chaleur va consommer énormément d'énergie si le bâtiment n'est pas correctement isolé. Si le logement maintient déjà naturellement une température confortable, l'effort demandé à la pompe à chaleur sera évidemment beaucoup plus faible.

Il existe d'autres solutions plus méconnues ?

Il existe effectivement d'autres systèmes, même s'ils concernent plutôt les maisons quatre façades que les logements urbains. Je pense notamment aux puits canadiens. Le principe est assez simple : on place un tuyau dans le sol du jardin, à deux ou trois mètres de profondeur. À cette profondeur, la température du sol reste relativement stable, autour de 13 ou 14 °C. Une prise d'air extérieure permet de faire circuler l'air dans ce conduit avant de l'envoyer dans la maison. L'été, lorsqu'il fait très chaud, l'air extérieur est ainsi refroidi naturellement par la terre avant d'entrer dans le logement. Et l'hiver, c'est l'inverse : lorsqu'il fait 0 °C dehors, vous pouvez récupérer un air déjà tempéré par le sol. Au lieu de devoir chauffer de l'air qui arrive à 0 °C, vous partez d'une température nettement plus élevée. La consommation nécessaire pour atteindre la température souhaitée est donc beaucoup plus faible. C'est un système assez simple et peu énergivore.

La Question Conso : pourquoi l'été est le meilleur moment pour faire des économies sur sa facture d'énergie, "mieux vaut prévenir que guérir"

Après un été comme celui-ci, savoir si une maison est capable de résister à la chaleur pourrait devenir un critère important à l'achat. Faut-il créer un nouvel indice ou revoir le PEB ?

Je pense qu'il faudrait au minimum que le PEB comptabilise mieux la problématique de la chaleur. Aujourd'hui, ce n'est pas réellement le cas. Je serais plutôt favorable à une évolution du PEB qu'à la création d'un nouvel outil. Il y en a déjà suffisamment. Et, avant toute chose, si nous pouvions déjà avoir un PEB harmonisé à l'échelle belge, ce serait une avancée. Pour moi, il faudrait davantage valoriser dans le PEB les matériaux biosourcés, mais aussi les pompes à chaleur capables de rafraîchir lorsqu'elles sont combinées à des panneaux photovoltaïques. Avant même d'entrer dans des calculs scientifiques complexes qui demanderont énormément de temps pour parvenir à un consensus, on pourrait déjà simplement mieux détailler les caractéristiques du logement. Par exemple : isolation de la toiture, 20 cm de fibre de bois. Le candidat acheteur voit immédiatement qu'il s'agit d'un matériau biosourcé et peut comprendre que cela présente un intérêt pour le confort d'été. Est-ce qu'il y a une pompe à chaleur ? Des panneaux solaires ? Des volets ou des protections solaires ? Rien que le fait de disposer d'un PEB beaucoup plus descriptif permettrait aux gens de mieux évaluer le logement qu'ils achètent.

Concrètement, à quoi pourrait ressembler ce nouveau PEB ? Une rubrique consacrée au confort d'été ?

De façon très pragmatique, être beaucoup plus détaillé sur ce qui existe aujourd'hui serait déjà très simple à mettre en œuvre. On pourrait imaginer quelque chose de très simple : "Au niveau de l'isolation hivernale, votre logement est très performant. Attention, en revanche, pour l'été, il manque tel ou tel élément pour garantir un meilleur confort." Une petite rubrique "performance d'été" pourrait reprendre quelques informations essentielles.

La Question Conso : faire ses courses en France, toujours le meilleur plan ? Cet expert répond, exemples à l'appui, "une différence de plus de 110 %"

Enfin, de nouvelles technologies peuvent-elles permettre de refroidir les logements en consommant beaucoup moins ?

Il existe également une technologie intéressante : les climatisations adiabatiques. Elles peuvent être beaucoup moins énergivores qu'une climatisation classique, mais ne sont pas encore tout à fait au point, je pense. Ce qui est intéressant, c'est surtout de voir qu'il y a énormément d'ingénieurs dans le monde qui travaillent aujourd'hui sur des solutions de refroidissement moins énergivores. C'est une trajectoire importante pour les prochaines années.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.