La remontée de la CAQ lance le duel d’hostilités entre PSPP et…
Alors que la Coalition Avenir Québec (CAQ) lui colle désormais aux baskets dans les sondages, Paul St-Pierre Plamondon a relancé samedi le débat sur les seuils d’immigration, lançant une nouvelle offensive contre le bilan de sa rivale, Christine Fréchette.
La campagne électorale n’en était pourtant qu’à sa troisième journée que le chef du Parti québécois (PQ) consacrait déjà, pour un deuxième jour d’affilée, l’essentiel de son message à attaquer le bilan de la CAQ et de sa cheffe.
Devant une école secondaire à Québec, PSPP a accusé le gouvernement caquiste d’avoir laissé grimper le nombre de nouveaux arrivants au point de faire déborder les écoles et d’exacerber la crise du logement. Il s’est donné pour mission de réparer un système d’immigration québécois « brisé par la CAQ » — égratignant au passage Christine Fréchette, qui a elle-même été ministre de l’Immigration d’octobre 2022 à septembre 2024.
La veille, c’est le dossier Northvolt qu’il avait déterré pour s’en prendre, cette fois, à la gestion économique du gouvernement sortant, allant jusqu’à promettre de « défréchettiser » l’économie québécoise.
Christine Fréchette a elle aussi braqué ses attaques sur son rival péquiste en matinée. La cheffe caquiste a appelé les indépendantistes « lucides » et « réalistes » opposés à la tenue d’un référendum à rallier sa formation, estimant que le Québec traverse le « pire moment des 50 dernières années » pour rouvrir la question référendaire.
Selon un sondage Léger-Le Journal-TVA publié samedi, « faire un pays » est une mesure à peine plus populaire que « hausser les impôts ».
Le chef péquiste n’a pas tardé à lui rendre la pareille, invitant ces mêmes électeurs « lucides » à comprendre « qu’on ne peut pas faire 12 ans avec la CAQ ». Selon lui, la formation de Mme Fréchette serait même devenue plus fédéraliste qu’elle ne l’était sous François Legault.
Les hostilités entre les deux chefs sont donc bel et bien lancées. Et le duel s’annonce serré : le plus récent sondage Synopsis–La Presse, publié jeudi, place le PQ et la CAQ au coude-à-coude dans les intentions de vote à l’échelle de la province, à 28 % contre 27 %.
Levée de boucliers contre PSPP
Si l’immigration était au cœur de la dernière campagne provinciale, l’enjeu reste, pour le moment, essentiellement porté par le PQ. Le chef de la formation souverainiste a réitéré samedi sa promesse d’une baisse « significative » des seuils, s’attirant aussitôt les foudres de ses adversaires.
Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, s’est vivement attaqué au choix de PSPP de tenir son annonce devant une école secondaire, l’accusant du même coup d’« instrumentaliser » les élèves et de leur « faire porter le poids » des ratés du réseau scolaire. « Je trouve ça maladroit, malaisant », a-t-il lâché devant les journalistes, avant d’ajouter, non sans un jeu de mots : « Ça manque de classe. »
Le député solidaire sortant Andrés Fontecilla, arrivé au Québec en 1981 à l’âge de 14 ans, estime qu’il est « faux » et « extrêmement simpliste » d’établir un lien entre l’immigration et les crises du logement ou du manque de places dans les écoles. « Ce n’est pas parce qu’on réduira l’immigration que ces crises-là vont disparaître », a-t-il réagi.
Depuis La Malbaie, le chef conservateur Éric Duhaime a lui aussi tiré à boulets rouges sur la proposition péquiste, mettant en garde contre une réduction mur à mur de l’immigration qui ferait fi des réalités régionales.
Le chef du PQ propose d’abaisser les seuils permanents d’immigration à 35 000 nouveaux arrivants par année, ainsi que de réduire le nombre de travailleurs temporaires et d’étudiants étrangers.
Une réduction de l’immigration est encore un enjeu important pour les Québécois, sans toutefois figurer au sommet de leurs préoccupations, à en croire le sondage Léger–Le Journal–TVA. La mesure arrive au neuvième rang des priorités identifiées par les électeurs.
Finie, la crise du logement ?
Le contrôle du prix des loyers figure d’ailleurs au deuxième rang des priorités des électeurs sondés. Et c’est précisément sur ce terrain miné que Christine Fréchette a provoqué un tollé samedi, après avoir affirmé que la crise du logement ne sévissait désormais plus que dans certaines régions. « On chemine vers le point d’équilibre au niveau du logement dans plein de régions », a-t-elle déclaré en matinée, depuis Drummondville.
Une affirmation qui a aussitôt fait bondir les autres chefs de parti, à commencer par le chef libéral, Charles Milliard. « J’aimerais ça savoir dans quelle région, parce que je ne suis pas passé par là, moi », a-t-il répliqué d’un ton ironique.
La co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, a pour sa part accusé la cheffe caquiste d’être « déconnectée de la réalité des gens ». Même son de cloche du côté du chef conservateur, Éric Duhaime. « Il y a une crise du logement présentement au Québec, à tous les niveaux », a-t-il tranché.
Les vives réactions ont même poussé Mme Fréchette à s’expliquer quelques heures plus tard. La cheffe caquiste y a précisé qu’elle ne considérait pas la crise du logement comme réglée. « Certaines régions connaissent aujourd’hui un meilleur équilibre, mais d’autres sont toujours aux prises avec une pénurie et des loyers trop élevés », a-t-elle écrit sur son compte X.
Des visions opposées sur le transport
La journée de samedi a également donné lieu à des engagements diamétralement opposés en matière de transport. De passage à Lévis, le parti d’Éric Duhaime s’est engagé à donner du répit aux automobilistes en promettant d’abolir pendant cinq mois la taxe sur l’essence s’il est porté au pouvoir. Le parti promet également de retirer le Québec du marché du carbone.
De leur côté, les co-porte-parole de QS ont plutôt misé sur le transport collectif, promettant des investissements « historiques » de 23 milliards de dollars sur dix ans.