L’actrice Narges Rashidi incarne Nazanin Zaghari-Ratcliffe, dont l’histoire vraie a été adaptée avec minutie dans la série « Prisoner 951 ».

BBC/Dancing Ledge Productions

L’actrice Narges Rashidi incarne Nazanin Zaghari-Ratcliffe, dont l’histoire vraie a été adaptée avec minutie dans la série « Prisoner 951 ».

Un insoutenable engrenage. Durant une année 2026 où l’Iran a occupé une bonne partie de l’actualité internationale, la série Prisoner 951, avec Narges Rashidi et Joseph Fiennes tombe à point nommé. Divisée en 4 épisodes, cette fiction inspirée d’une histoire vraie est présentée pour la première fois en France ce jeudi 17 septembre sur Arte à partir de 20h55.

Le HuffPost, l’avait découverte lors du Festival Séries Mania et cela avait été un vrai choc. Il faut dire que le cas de Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une citoyenne britanno-iranienne arrêtée dans son pays d’origine, résonne forcément avec la guerre engagée par les États-Unis et Israël pour faire chuter le régime de Téhéran. Régime qui était déjà en place quand Nazanin avait été arrêtée.

En 2016, cette binationale était venue rendre visite à sa famille pour leur présenter sa fille, sauf qu’au moment de rentrer au Royaume-Uni, elle avait été arrêtée et incarcérée sans raison, sur décision des Gardiens de la Révolution. Une milice répondant aux ordres du guide suprême iranien devenue tristement célèbre pour sa répression des opposants.

Un point de départ qui permet à cette série de retracer l’incarcération et les sévices subis par cette femme. Trimballée les yeux bandés d’une geôle à une autre, d’une obscure salle d’interrogatoire à une audience secrète et expéditive, pour finalement être condamnée à plusieurs années de prison après avoir été accusée de comploter pour renverser le régime islamique. Ce qu’elle a toujours nié.

Nazanin, de simple citoyenne à otage d’État

Entrant tout de suite dans le vif du sujet, la série plonge le spectateur dans cet insoutenable tourbillon carcéral, fait de manipulation mentale des geôliers, d’isolement et de chantage auprès des proches de Nazanin. Une illustration à la fois glaciale mais réaliste du quotidien de ces Iraniens qui disparaissent de la circulation du jour au lendemain.

Toutefois, Prisoner 951 ne se contente pas d’une plongée cauchemardesque dans l’enfer des prisons iraniennes (celle d’Evin en tête). Elle cherche aussi à montrer l’impuissance désolante du gouvernement britannique – alors en plein Brexit – et la diplomatie hautement complexe pour échanger avec les autorités de Téhéran.

Pour ce faire, la série offre le point de vue essentiel de Richard Ratcliffe, mari de Nazanin, impuissant depuis Londres mais déterminé à faire libérer sa femme. Tiraillé entre le besoin immodéré de médiatiser la situation de sa femme et les consignes de patience et de discrétion du ministère des Affaires étrangères britannique, ce père de famille campé à la perfection par le frère de Ralph Fiennes rappelle aussi le rôle insoutenable de tous ces proches de victimes de la machine répressive iranienne.

Narges Rashidi impressionnante

Thriller poisseux, où l’on suit avec difficulté la dégradation physique et mentale de Nazanin, incarnée avec fragilité par la comédienne germano-iranienne Narges Rashidi, la série prend le temps d’évoquer l’interminable attente et les multiples actions de son mari pour tenter de faire bouger les choses. Un jeu d’équilibre tenu de bout en bout sur ses deux premiers épisodes au suspense haletant.

Alors que le régime de Téhéran semble plus fragile que jamais, Prisoner 951 en profite aussi pour illustrer à la perfection cette fameuse « diplomatie des otages », dont le régime iranien s’est fait une spécialité pour contraindre les capitales occidentales à négocier avec elle.

La France n’est d’ailleurs pas étrangère à cette méthode puisque Cécile Kohler et Jacques Paris, deux Français emprisonnés durant plus de trois ans dans les geôles d’Evin ont pratiquement connu le même sort. Libérés en novembre 2025 après 1 277 jours de détention, ils ont depuis été rapatriés en France.