La supériorité militaire n’étant plus garantie, les artilleurs varois peaufinent leur tactique au cas où ils devraient affronter un ennemi de même force
Le plus souvent bruyants, les artilleurs savent aussi se faire discrets. Ainsi, depuis lundi, aucune détonation de canon Caesar, aucun tir de mortier embarqué ne s’est fait entendre aux abords du camp militaire de Canjuers. Pourtant, les « bigors (1) » du 3e Régiment d’artillerie de marine (3e RAMa) sont bel et bien en manœuvre.
Le fait qu’ils aient choisi de s’entraîner en terrain libre - comprendre hors des limites du camp - n’est pas la seule explication. Baptisé Ceccaldi (2), du nom d’un héros de la bataille de Koufra, en Libye en 1941, l’exercice auquel les artilleurs varois participent actuellement insiste surtout sur la dimension tactique et la manœuvre. Alors qu’habituellement les bigors font tonner leurs canons, les tirs ne sont ici que simulés. « L’objectif de l’exercice Ceccaldi est simple : il s’agit de tester la capacité du régiment à chasser tout en étant chassé », résume l’officier communication du 3e RAMa. Un duel d’artillerie qui, sur le terrain, entre les communes de Régusse et de Rians, se traduit par une partie de cache-cache entre deux batteries.
Canjuers : le 3e Régiment d’artillerie de Marine réalise ses premiers tirs avec le MEPAC (mortier embarqué pour l’appui au contact) @CDC3RAMa @armeedeterre @ThalesDefence @KNDS_France @Arquus_Defense pic.twitter.com/pS6gOieZAz
— Pierre-Louis Pagès (@PLPages) October 19, 2025
Alors que la veille elle devait défendre un territoire, l’équipe bleue est à l’offensive en ce mercredi matin. Depuis son Griffon de commandement, bien à l’abri d’un épais couvert végétal, le capitaine Clément, coordinateur d’appui feux (CAF), échange par radio avec son véhicule d’observation de l’artillerie et son détachement d’acquisition dans la profondeur. Le drone DT46 a détecté une présence ennemie. Il s’agit de vérifier l’information et d’éliminer la menace avec un tir de neutralisation ou de harcèlement. Le PC semble bien isolé. « C’est un retour d’expérience du conflit ukrainien. Aujourd’hui, pour éviter les tirs de contrebatterie et réduire la menace drone, on a augmenté les distances entre le CAF, les chefs de section de tir et les pièces d’artillerie », précise le capitaine Clément.
Cyril Hiély / Nice-matin
Et effectivement, à quelques centaines de mètres de là, on trouve un canon Caesar tapi sous un vieux chêne. « On est en position d’attente. Si l’on en reçoit l’ordre, on est capable de sortir de notre cachette, de tirer six coups et d’aller se mettre à l’abri à une autre position identifiée préalablement. Tout ça en deux minutes. C’est ce qu’on appelle le shoot-and-scoot (tire et détale, Ndlr) », explique le sergent Théo, chef de pièce. Une rapidité de mise en œuvre qui a fait la réputation du Caesar.
Bouger pour rester en vie
Avec l’armée française au cœur de la Roumanie, à l’occasion de l’exercice Dacian Fall 2025 @EtatMajorFR @armeedeterre @CEMAT_FR @KNDS_France @Var_Matin pic.twitter.com/JWPmx2wzNY
— Pierre-Louis Pagès (@PLPages) November 11, 2025
Être toujours en mouvement. Une question de survie dans les conflits modernes opposants deux forces équivalentes. « Même si l’on n’est pas sorti de sa cachette, on bouge toutes les deux heures. Mais pas tous en même temps. On essaye toujours de garder une pièce prête à tirer, au cas où on nous demanderait un appui feu », précise le lieutenant Antoine, chef de section de tir.
Cyril Hiély / Nice-matin
Il faut dire qu’en matière de détection, les technologies ont énormément progressé. Le Griffon véhicule d’observation de l’artillerie en est le parfait exemple. « Le mât télescopique est équipé de caméras thermiques capables de voir de jour comme de nuit jusqu’à 10 kilomètres. On peut aussi équiper le véhicule d’un radar Murin capable de détecter même des piétons isolés », détaille le sergent Kyllian, chef d’équipe d’observation.
1. Nom donné aux artilleurs des troupes de marine.
2. Le lieutenant Roger Ceccaldi, surnommé « l’Artilleur de Koufra », est connu pour sa parfaite maîtrise de la stratégie dite « de déception », que l’on pourrait aussi appeler du bluff. En déplaçant après chaque tir le seul canon de 75 mm dont il disposait, il a réussi à faire croire à la garnison italienne retranchée dans le fort d’El Tag qu’elle était assiégée par d’importantes forces françaises.