La tong, chaussure minimaliste de l’été devenue maxi déchet de plage
De l’Égypte antique à nos plages, la tong a traversé les siècles. Bon marché et sans superflu, elle a conquis le monde entier jusqu’à devenir une chaussure du quotidien. Mais aussi un symbole très visible de la pollution plastique.
Publié le : 04/08/2026 - 07:38
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C’est l’un des sons les plus reconnaissables de l’été : ce flip-flop des tongs, semelles contre talons, qui claque sur le sable brûlant. Les anglophones ont gardé l’onomatopée. Et même si on les range parfois dans la catégorie « claquettes » en français, rappelant là aussi leur bruit caractéristique, on dit plutôt « tong », un mot emprunté à l’anglais thong, « lanière ».
Car toute la chaussure tient à cela : une semelle et une bride en Y qui vient se glisser entre deux orteils. Difficile de faire plus simple, si ce n’est plus inconfortable, diront certains.
Une histoire millénaire
C’est peut-être ce qui leur a permis de traverser les siècles, voire les millénaires. Dès l’Égypte ancienne, on en retrouve des modèles constitués d’une semelle en papyrus ou feuilles de palmier tressées. À cette époque, où la plupart de la population marche nu-pieds, la tong est un produit réservé au pharaon et aux personnalités importantes.
Le principe n’est pas propre à l’Égypte. On retrouve des formes proches dans plusieurs civilisations, chez les Romains, en Inde ou au Japon. C’est d’ailleurs vers l’archipel japonais que renvoie le plus souvent la filiation de la tong moderne : les zori, ces sandales plates traditionnelles à bride entre les orteils, notamment utilisées pour marcher dans les rizières. Plus tard, les Japonais urbains la récupèrent dans une forme surélevée sur des patins de bois, la « geta ».
Du Pacifique aux podiums
Après la Seconde Guerre mondiale, la tong change d’échelle. Des soldats américains rentrent du Pacifique avec ces sandales japonaises dans leurs bagages. Peu à peu, elles quittent le registre traditionnel pour entrer dans celui des loisirs. Elles deviennent la chaussure de la plage et de l’été sans contrainte.
C’est finalement le Brésil qui va en faire une icône mondiale. En 1962, l’entreprise Alpargatas lance les Havaianas, directement inspirées des zori japonaises, mais en caoutchouc, avec une semelle au motif « grain de riz ».
La tong devient alors un objet industriel et commercial. « Le nom "Havaianas", qui signifie "Hawaïens" en portugais, a été choisi pour évoquer l’ambiance tropicale, glamour et d’été éternel d’Hawaï », explique le site de la marque.
Dans ce pays tropical comme dans d’autres, elle n’est d’ailleurs pas seulement l’accessoire du vacancier qui traîne ses savates de sa serviette à son transat : elle est une chaussure du quotidien, pratique, légère et accessible.
Ce n’est que récemment que la paire de tongs, désinvolte et populaire, s’est aussi faite une place dans le monde de la mode. Elle se décline désormais en cuir ou talon aiguille, les magazines célébrant régulièrement son retour sur les podiums, preuve qu’on peut être à la fois cool et chic. À ce niveau de prix d’ailleurs, on préfère parler de « sandale à entredoigts »...
Le revers de la tong
Mais le revers de cette success-story se ramasse aujourd’hui par milliers sur les plages. Car la tong moderne est aussi l’un des objets parfaits de la mondialisation plastique : pas cher, produite en masse, rarement recyclée. Et souvent fabriquée à partir de mousses plastiques ou de caoutchoucs synthétiques (polyuréthane, EVA ou PVC) qui ne se biodégradent pas vraiment.
Il n’existe pas de données mondiales précises permettant de mesurer la part des tongs dans la pollution des plages. Mais certains rivages donnent la mesure du problème. En 2025, Simon Bernard, cofondateur de Plastic Odyssey, racontait la vision « apocalyptique » découverte par son équipe sur l’atoll d’Aldabra, aux Seychelles, refuge de tortues géantes : des centaines de tonnes de déchets plastiques charriés par les courants de l’océan Indien, dont plus de 370 000 tongs recensées sur l’île.
Ailleurs, des initiatives locales tentent de leur donner une seconde vie. Au Kenya, Ocean Sole transforme les tongs usagées en sculptures colorées. Le Flipflopi Project, lui, en a fait un symbole flottant : un boutre traditionnel construit à partir de déchets plastiques et de tongs récupérées sur les plages pour alerter sur cette pollution ordinaire devenue envahissante.