« La vie à Sloviansk et Kramatorsk devient extrêmement dangereuse » : après Kostiantynivka, l’Ukraine et la Russie préparent la dernière grande bataille du Donbass
Tous les observateurs de la guerre en Ukraine s’accordent désormais à annoncer la chute prochaine de la ville de Kostyantynivka, dans le Donbass. Cette cité industrielle de 67000 habitants avant la guerre est sous pression depuis des mois mais les forces russes ont progressivement resserré leur étau, conquis des villages autour et infiltré la ville qui serait encore défendu ce mardi par des éléments ukrainiens.
L’offensive russe dans Kostyantynivka a aussi contraint l’armée ukrainienne a évacué ses positions à Tchassiv Yar, une ville juste au nord qui était solidement défendue depuis avril 2024. Ce retrait marque donc la fin d’une bataille de 840 jours, un record dans cette guerre commencée en 2022.
Après 27 mois de combats
« La ville a été rayée de la surface de la terre, subissant des destructions à un rythme plus élevé que même Bakhmout (où les combats n’ont duré que 8 mois, en comparaison), constate ce mardi sur X le cartographe AMK Mapping. Ce retrait a eu lieu en raison de l’effondrement des défenses ukrainiennes à Kostiantynivka, ce qui a rendu intenable la défense de cette saillie. » L’armée russe progresse aussi à l’est, au sud et à l’ouest de Kostiantynivka.

« Les batailles pour Tchassiv Yar et Kostiantynivka se sont terminées simultanément », annonce de son côté un autre cartographe, Suriyak, sur X. « Après 9 mois de combats, la ville de Kostiantynivka est tombée sous le contrôle de l’armée russe. Cette victoire russe a cependant éclipsé une autre victoire d’une importance égale. Après 27 mois de combats, la ville de Tchassiv Yar a été complètement capturée par les forces russes », écrit-il.
Mais la ville, si elle est largement infiltrée, ne serait en réalité pas encore conquise. Selon le cartographe Clément Molin, « il y a des soldats ukrainiens qui combattent activement au bord sud de la ville (et) il y a des infiltrés russes au bord nord de la ville ». « Dire que Kostiantynivka est tombée est une erreur. La ville n’est pas encore tombée et l’Ukraine conserve encore des positions presque partout », ajoute-t-il.
« La ville est perdue, tout le monde le sait »
Clément Molin ne se fait toutefois aucune illusion. « La ville est perdue, tout le monde le sait. Mais elle est perdue de la même manière que Toretsk l’a été en février 2025. Après cela, il a fallu à la Russie près de 8 mois pour avoir un contrôle total sur la ville et pour atteindre la suivante, Kostiantynivka. »
Selon lui, la géographie empêche les Ukrainiens de défendre efficacement et les Russes larguent tout ce qu’ils ont sur la main pour anéantir les défenses qui les attendent. « Face à la pression exercée par l’infanterie sur Kostyantynivka, l’ennemi utilise simultanément l’artillerie et des missiles antichars guidés pour détruire la ville », confirme DeepState, qui cartographie aussi les lignes de front, sur Telegram.

Mais la chute de Kostyantynivka ne sera presque qu’un moindre mal si l’armée ukrainienne n’arrive pas à endiguer l’offensive russe dans cette région. « Depuis des mois, la situation sur le front de Sloviansk se détériore, développe aussi Clément Molin dans un autre fil sur X. Le nouveau chef d’état-major général de l’armée ukrainienne, Mykhailo Drapaty, doit réagir alors que les premières unités russes ont atteint environ 10 km à l’est de Sloviansk et Kramatorsk », les deux plus grandes villes du Donbass pas encore occupées par Moscou.
Les Russes avancent malgré des pertes importantes
Une nouvelle offensive que le Kremlin prépare déjà activement. Sloviansk et Kramatorsk « sont rasées sous les bombardements incessants de bombes planantes, d’artillerie de roquettes, de drones Shahed et de drones FPV qui sillonnent les rues à la recherche de personnes et de véhicules, ciblant leurs proies au hasard, affirme DeepState. La nuit, les explosions ne cessent pas, notamment à cause des lance-roquettes multiples ennemis, qui transforment peu à peu les villes en ruines. »
Pour DeepState, « l’agglomération de Sloviansk-Kramatorsk s’isole progressivement, et bientôt, seuls les combats d’urgence pourront y être menés. La vie dans ces villes devient extrêmement dangereuse, et la guerre technologique par drones prend de l’ampleur. »
« En fin de compte, les ressources ukrainiennes dans la zone sont insuffisantes – ne comptant que cinq ou six brigades – bien que faire mieux soit difficile compte tenu des défis logistiques locaux, analyse Clément Molin. Les pertes russes dans le secteur sont importantes, particulièrement lorsque les troupes sont forcées d’avancer sur un terrain découvert ; néanmoins, cela n’a pas stoppé leur progression régulière cette année. »
À ce rythme, il faudra toutefois encore de longs mois aux Russes pour atteindre Sloviansk et Kramatorsk et lancer la dernière grande bataille de la conquête du Donbass.