Ancien coordonnateur DFCI (défense de la forêt contre les incendies), Patrick Jeannot a cofondé PyroVigil pour accélérer la sensibilisation aux obligations de débroussaillement.

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Diana et Patrick Jeannot, cofondateur de PyroVigil, à La Crau.
Diana et Patrick Jeannot, cofondateur de PyroVigil, à La Crau.
Photo M.-C. B. / Var-matin

Retraité de l’Office national des forêts (ONF) depuis deux ans, Patrick Jeannot, qui a notamment été coordonnateur DFCI (défense de la forêt contre les incendies) pendant 5 ans dans le Var, est une fois encore navré face au spectacle des feux estivaux dans le département. Mais pas résigné. Il compte bien parvenir enfin à convaincre de plus en plus de collectivités d’adopter le logiciel PyrOLD mis au point par la société PyroVigil, cofondée en 2024 avec quatre associés, tous experts de la prévention contre les feux de forêts, en tant qu’ingénieur forestier, architecte ou même développeur. Car cet outil a nécessité plus d’une année de recherche et de développement pour proposer une cartographie des obligations légales de débrousaillement (OLD) sur l’ensemble des parcelles concernées, que les collectivités peuvent mettre à disposition de leurs administrés. « Un propriétaire peut en quelques clics télécharger le PDF où figure la surface à débroussailler », précise l’ancien fonctionnaire et directeur général de PyroVigil en pleine démonstration de la dernière version du logiciel commercialisée.

Les flammes s’immiscent partout.

Les communes qui en font l’acquisition peuvent ainsi bénéficier, sur une durée prévue dans le contrat, d’une cartographie régulièrement mise à jour et d’un tableau de bord qui leur permet de piloter leurs propres obligations en tant que propriétaires de parcelles mais aussi l’envoi de courriers aux habitants. Car la start-up basée à La Crau, au domicile de Patrick Jeannot et sa femme Diana, qui la préside, est née du terrible constat du manque de culture du risque incendie, et en particulier de la protection que constitue le débroussaillement. « L’idée c’est tout simplement de créer un espace avec moins de combustible pour que le feu soit moins puissant », analyse le forestier, qui a l’expérience de centaine d’incendies dans le département. « C’est lorsqu’il est rentré du feu de Vidauban, en 2021, que nous avons eu le déclic » se souvient Diana. Le feu avait fait deux victimes : une vacancière et le propriétaire de son hébergement avaient péri dans les flammes, dans le gîte carbonisé. « Quand nous sommes arrivés sur les lieux les voitures étaient intactes, mais à quelques mètres de là le bâtiment lui, dans lequel les deux victimes étaient malheureusement réfugiées, avait brûlé », se souvient Patrick Jeannot, rappelant que « le débroussaillement correctement réalisé, réduit de 80 % le risque incendie. »

52 départements et 48 arrêtés différents

Mais, rappelle-t-il aussi, les obligations légales sont très complexes, « avec 52 départements concernés en France mais 48 arrêtés préfectoraux différents. On peut comprendre que les mesures ne soient pas les mêmes dans le Nord et le Sud de la France, mais entre le Var et les Bouches-du-Rhône ? » Il a donc mis au point un logiciel qui calcule en quelques minutes, pour chaque parcelle, les obligations des propriétaires concernés, évitant ainsi au passage que chacun se renvoie la balle. « Dans le Var, sur 600 000 hectares, 200 000 sont concernés par le débroussaillement, dans les 153 communes », ajoute l’expert dont l’équipe a injecté un peu d’intelligence artificielle dans son logiciel « afin de ne pas nous baser uniquement sur les données du cadastre, car certaines constructions, comme les piscines ou les parkings, ne sont pas toujours déclarées ». Et pourtant le risque existe, dès la présence d’une activité humaine. « J’ai aussi dans ma carrière été en charge de la recherche de causes incendie et il y a les mégots qu’on jette mais aussi des circonstances inattendues, comme cette fois où le sac à dos d’un jeune homme à bord d'un deux-roues frottait sur une roue et les étincelles enflammaient ses affaires à l’intérieur », se souvient le cofondateur de PyroVigil, rappelant que selon les statistiques officielles, seulement 30 % des obligations de débroussaillement seraient respectées en France, alors qu’elles portent sur près de 6 millions d’hectares au total. Depuis 2024 pourtant, il est obligatoire de signaler au potentiel acquéreur ou locataire d’une parcelle, ses obligations futures en matière de débroussaillement.

Les fondateurs de PyroVigil s’interrogent aussi sur l’avenir du « paradigme du débroussaillement », avec l’avènement de puissants feux capables de projeter des brandons enflammés jusqu’à deux kilomètres de distance, « il faudrait désormais avoir une gestion pyrorésistante des parcelles, avec du pastoralisme, la plantation d’oliveraies, pour jouer le rôle de pare-feu. » Peut-être après le lourd diagnostic, qui devra être fait dans les jours suivant les incendies, auprès des arbres dont certains, même rescapés, ne survivront pas.


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