Droits de douane: Le Canada choisit de tenir tête à Trump, malgré les risques
Publié22. août 2026, 20:07
Droits de douaneLe Canada choisit de tenir tête à Trump, malgré les risques
Des surtaxes américaines de 50% sur les importations canadiennes sont entrées en vigueur samedi. Le Canada a annoncé des mesures de rétorsion du même montant.


Le Premier ministre canadien Mark Carney a choisi de tenir tête à Donald Trump en refusant un accord commercial jugé «injuste», une position conforme à l’opinion publique lasse des vexations américaines, qui pourrait toutefois s’avérer risquée économiquement.
Après des semaines de négociations avec la Maison-Blanche en vue de sceller un accord commercial et éviter de nouveaux droits de douane punitifs, Mark Carney a mis fin aux discussions juste avant l’expiration de l’ultimatum fixé par Donald Trump.
En conséquence, des surtaxes américaines de 50% sur un total de 20 milliards de dollars d’importations canadiennes sont entrées en vigueur samedi. Carney a annoncé samedi des mesures de rétorsion du même montant «au dollar près».
Des promesses «signées à l’encre invisible»
«Nous ne laisserons aucun pays décider de notre avenir», a-t-il insisté vendredi. «Notre gouvernement a compris avant beaucoup d’autres» que les Etats-Unis allaient «utiliser l’intégration économique comme une arme» et que «parfois», ses promesses «étaient signées à l’encre invisible», a-t-il ajouté samedi devant la presse.
A Davos, en janvier, le discours du Premier ministre canadien avait été perçu comme un appel à ne pas accepter la fracture de l’ordre mondial provoquée par l’administration Trump comme une fatalité. «Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si nous ne sommes pas à la table (des discussions), nous sommes au menu», avait-il dit.
«Ligne dure»
L’ancien banquier central a reçu depuis vendredi soir le soutien unanime de la classe politique canadienne, le chef de l’opposition conservatrice, Pierre Poilievre, appelant les Canadiens à «rester unis pour défendre notre pays contre ces attaques injustes».
Pour le quotidien «Globe and Mail», «Mark Carney a suivi au final le signal envoyé par l’opinion publique canadienne plutôt que de mordre à l’hameçon tendu par le président américain». Un sondage publié en début de semaine révélait en effet que 56% des habitants du pays étaient favorables à «une ligne dure» et à la fin des «concessions» face à Washington.
Depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump en janvier 2025, le Canada est en première ligne de la guerre commerciale lancée par le président américain qui ne cesse de dire qu’il veut faire de son voisin le «51e Etat» américain. Une rhétorique très mal vécue dans le pays, où la plupart des provinces, qui disposent d’un monopole sur la vente d’alcool, ont retiré des étals les vins et spiritueux américains.
Dans ce contexte, le Premier ministre a reçu ces derniers mois des appels à se servir de l’énergie comme moyen de pression contre les Etats-Unis, ce qu’il a refusé de faire jusqu’ici. «Je ne pense pas qu’ils souhaitent que nous arrêtions de leur envoyer cette énergie», s’est-il toutefois interrogé, de manière sybilline, samedi, alors que le pétrole canadien, issu des sables bitumineux de la province de l’Alberta, représente près de 60% des importations américaines de pétrole brut.
Les Etats-Unis restent, de très loin, le premier partenaire commercial du Canada, les exportations canadiennes vers ce pays représentant actuellement autour de 70% du total. Et les surtaxes américaines ont déjà eu un lourd impact sur des secteurs stratégiques comme l’acier ou l’automobile.
Tenir tête à Donald Trump n’est donc pas sans risques pour Mark Carney qui veut croire que sa stratégie de diversification des partenariats commerciaux permettra au Canada de s’affranchir de sa dépendance à l’égard de son voisin.
Coût économique «réel»
Si les nouvelles surtaxes américaines ne touchent que 5% des exportations canadiennes vers les Etats-Unis, «le coût économique de la hausse» des droits de douane «est réel» et se fera sentir en particulier au Québec ou en Ontario, moteurs économiques du pays, estiment les analystes de la banque RBC.
Et au-delà de cet impact immédiat, «l’imprévisibilité» de la politique de l’administration Trump à l’égard du Canada «pèse sur la confiance des entreprises dans l’ensemble des secteurs exposés au commerce international, pas seulement dans ceux directement visés par les droits de douane», ajoutent-ils.
Trevor Tombe, professeur d’économie à l’université de Calgary, chiffre lui, sur son compte X, à 90'000 postes la destruction d’emplois liée à ces surtaxes américaines de 50%.

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