Le dernier coup de dés du Casino de Knokke
Depuis près d'un siècle, le Casino de Knokke est bien davantage qu'une salle de jeux : c'est une institution, un témoin de l'âge d'or de la Côte belge. Récompensé pour la troisième année consécutive aux World Casino Awards, l'établissement s'apprête pourtant à tourner une page majeure de son histoire.
Une nouvelle métamorphose de l'établissement, désormais exploité par Napoleon Casino, filiale du groupe roumain Superbet, se profile à l'horizon.
guillementD'ici à la fin de l'année 2026, les premiers travaux d'un vaste chantier de rénovation, estimé à 110 millions d'euros, débuteront. Une transformation ambitieuse financée par la commune de Knokke-Heist, propriétaire des lieux."
"D'ici à la fin de l'année 2026, les premiers travaux d'un vaste chantier de rénovation, estimé à 110 millions d'euros, débuteront. Une transformation ambitieuse financée par la commune de Knokke-Heist, propriétaire des lieux, tandis que les différents exploitants – casino, salle de spectacle, parking ou espaces de restauration – prendront en charge l'aménagement de leurs infrastructures", expose Thomas Van Cromphout, l'actuel directeur du Casino de Knokke.
Le projet de rénovation prévoit une salle de jeux ultramoderne installée en sous-sol, un parking souterrain, la restauration complète du Kursaal historique et la préservation de la célèbre salle Magritte.
Si le calendrier est respecté, le nouveau casino accueillera ses premiers visiteurs au début de l'année 2030, tandis que l'ensemble du chantier devrait s'achever en 2033.
Une nouvelle génération
Au-delà des travaux, c'est aussi la philosophie du lieu qui évolue. Aujourd'hui, le jeu ne suffit plus à attirer le public. Les visiteurs recherchent une expérience complète mêlant gastronomie, spectacles, animations et patrimoine.
Avec près de 100 000 visiteurs par an et une soixantaine de collaborateurs permanents, le Casino de Knokke veut séduire une nouvelle génération sans perdre l'âme qui fait son succès depuis près d'un siècle.
"Le vrai artisan du site, celui qui lui a donné le visage qu'on lui connaît aujourd'hui, c'est le petit-fils d'Ernest Solvay"Mais une chose demeure : chacun franchit les portes avec l'espoir de vivre une histoire. Et à Knokke, le plus beau gain est souvent celui que l'on emporte en quittant la table : un souvenir.
C'est donc l'occasion de pousser les portes de ce monument avant que les échafaudages ne remplacent les joueurs. Car derrière ses façades modernistes se cache un siècle d'histoires, de faste, de musique, de paris… et de rencontres improbables.
Le rêve d'une grande station balnéaire
Pour comprendre le Casino de Knokke, il faut remonter au début du XXe siècle. À cette époque, la jeune station balnéaire nourrit une ambition : rivaliser avec Deauville ou Ostende et attirer une clientèle internationale.
Comme l'explique Alain Zenner dans son ouvrage très documenté "La Côté belge, de Knokke à La Panne" (Ed. Altura, 2 024), la conception du casino est confiée à l'architecte anversois Léon Stynen, futur maître du modernisme belge.
Inauguré en 1930, le bâtiment rompt avec les codes de la Belle Époque. Ouvert sur la mer, baigné de lumière, il affiche une architecture résolument moderne qui symbolise les ambitions de Knokke.
"Le véritable génie du projet s'appelle Joseph Nellens, bientôt rejoint par son fils Gustave. Tous deux comprennent rapidement qu'un casino ne peut vivre uniquement au rythme de la roulette ou du black jack."
Mais le véritable génie du projet s'appelle Joseph Nellens, bientôt rejoint par son fils Gustave. Tous deux comprennent rapidement qu'un casino ne peut vivre uniquement au rythme de la roulette ou du black jack. Pour séduire une clientèle exigeante, il faut aussi proposer des expositions, des concerts, du théâtre et des événements mondains.
Le pari est gagné. Très vite, le casino devient le salon de la Côte belge où se croisent aristocrates, industriels, collectionneurs, artistes et vacanciers fortunés. Une vieille plaisanterie locale résume d'ailleurs parfaitement l'ambiance quelque peu surréaliste : il existait deux catégories de joueurs, ceux qui perdaient de l'argent… et ceux qui prétendaient en avoir gagné.
Quand l'art s'invite à la table
L'intuition de Gustave Nellens atteint son apogée en 1953 lorsqu'il convainc René Magritte de réaliser une immense fresque pour le casino. À cette époque, le peintre est encore loin de la renommée internationale qui sera bientôt la sienne. Nellens, lui, a déjà compris qu'il tient un immense artiste.
"Le soir venu, la scène prend souvent le pas sur les tables de jeu. Jacques Brel s'y produit avant d'entrer dans la légende."
Magritte réalise "Le Domaine enchanté", une œuvre monumentale qui orne toujours la salle portant son nom. Oiseaux, cavaliers, mer, ciel et paysages oniriques composent cette fresque devenue l'un des trésors artistiques du littoral belge.
Le soir venu, la scène prend souvent le pas sur les tables de jeu. Jacques Brel s'y produit avant d'entrer dans la légende. Après son spectacle knokkois, il avait l'habitude d'aller boire un verre dans le bar "The Gallery", qui se trouvait à côté du Casino.
Charles Trenet, Dalida, Gilbert Bécaud, Salvatore Adamo, Maurice Chevalier ou encore Marlène Dietrich figurent également à l'affiche.
Autour de ces spectacles circulent de nombreuses anecdotes. On raconte que Marlène Dietrich exigeait un éclairage réglé au millimètre avant chacune de ses prestations, tandis que d'autres artistes prolongeaient la soirée au bar face à la mer. Certains spectateurs venaient presque autant pour croiser une célébrité dans les couloirs que pour tenter leur chance à la roulette.
À Knokke, la guerre des transats est déclarée : "Le prix de ces concessions n'est pas du tout exagéré"Le casino sous les bombes
La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cette période faste. Le casino est réquisitionné en partie par l'armée allemande. La grande salle des fêtes est transformée en espace de détente pour la Wehrmacht. Les bombardements, puis les explosions des mines marines déclenchées par l'occupant sur la plage, soufflent une grande partie des façades vitrées.
En 1943, le bâtiment est même camouflé afin de ressembler à un bunker. Un canon, installé derrière la grande baie vitrée de la façade nord, donne l'illusion d'une position défensive. Des dispositifs réfléchissants simulent des tirs afin d'attirer le feu des navires alliés. Lorsque les troupes canadiennes libèrent Knokke en 1944, le casino subit de nouveaux dégâts.
Après la disparition de Gustave Nellens en 1971, ses fils Jacques et Roger poursuivent son œuvre. Ils lancent une importante rénovation du bâtiment, entièrement repensé à l'intérieur comme à l'extérieur. Une nouvelle campagne de travaux, en 1987, lui donnera l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui.
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