L'ampleur d'une déception se mesure souvent à la portée des attentes. Présentée comme la nation favorite de ces championnats du monde de Montréal de par la présence d'un duo Evenepoel-van Aert sans équivalent chez la concurrence, la Belgique a pourtant engrangé dimanche son plus mauvais résultat dans un Mondial depuis 2018 en classant son premier coureur à la douzième place (Evenepoel) seulement.

Un chiffre brut qui ne dit évidemment pas tout d'une course au bout de laquelle notre sélection ne nourrissait pas de réels regrets. "On venait évidemment pour beaucoup plus et nous sommes forcément déçus, mais quand on est trop court et qu'il manque quelque chose, il faut aussi savoir l'accepter…" résumait le sélectionneur national Serge Pauwels. Mais pourquoi et comment ce Championnat du monde nous a-t-il filé entre les doigts ? Tentative d'explication.

The peloton chases early leaders during the men's elite road race at the UCI Road World Championships cycling event in Montreal on Sunday, Sept. 27, 2026. (Graham Hughes/The Canadian Press via AP)
Dès l'entrée sur les circuits locaux, Bruno Armirail imposa un très gros tempo. ©The Canadian Press

Si beaucoup pensaient que la Belgique allait prendre la course en main très tôt, c'est finalement l'équipe de France qui choisit de prendre les rênes du peloton dès l'entrée sur les circuits locaux. Le tempo asphyxiant de Bruno Armirail pendant plus de deux tours, à plus de 120 bornes de l'arrivée, annihila ainsi intégralement une phase de course intermédiaire qui précède souvent la véritable finale entre favoris.

"Des gars comme Van Gils, Hermans ou Nys devaient normalement accompagner les attaques qui partent souvent à ce moment de la course, analysait Pauwels. Mais ici, ils n'ont pas véritablement eu l'opportunité de le faire puisque cette étape n'a pas existé dans le scénario de ce Mondial. Je ne dirais pas qu'ils ne nous ont servis à rien, ce serait exagéré, mais nous avions imaginé les utiliser autrement."

Comme si les lieutenants n'avaient pas eu l'opportunité de monter au front.

L'attaque lointaine de van der Poel

Dutch Mathieu van der Poel is pictured in action during the elite men Road Race race (273,7 km) at the cycling World Championship, in Montreal, Canada, Sunday 27 September 2026. The UCI road world championships are taking place from 20 to 27 September, in Montreal, Canada.
BELGA PHOTO JASPER JACOBS
L'attaque de van der Poel lança la finale d'une course folle. ©Belgaimage

En rejoignant puis en attaquant Mathieu van der Poel à 87 kilomètres de l'arrivée, Wout van Aert a mis en pratique ce qu'il s'était promis : anticiper. Un mouvement qui lança totalement la finale totalement dingue de l'épreuve puisque, derrière ce groupe de tête, le tempo de Del Toro dans la montée de Camillien-Houde eu le pouvoir de réduire le groupe des favoris aux seuls grands leaders ou presque.

"Wout voulait anticiper avant que la course ne dégénère totalement, racontait Quinten Hermans. Ce n'était pas vraiment prévu de le faire aussi tôt, mais il a agi à l'instinct, en pensant que c'était le bon moment dans une course qui avait déjà été extrêmement difficile."

"C'était en effet déjà compliqué pour moi de suivre, confirmait van Aert. Comme je m'y attendais, accompagner le groupe des grimpeurs sur la longue ascension était vraiment difficile. Donc quand j'ai vu l'opportunité de me projeter à l'avant avec Mathieu, je l'ai fait. J'avais de bonnes jambes mais pas des sensations exceptionnelles. Lorsque van der Poel a attaqué une bonne dizaine de kilomètres plus loin, j'ai compris que je ne pouvais pas l'accompagner, il était vraiment super fort. Pour moi, les feux se sont éteints à cinq tours de l'arrivée. Lorsque j'ai vu Remco revenir sur moi, c'était la moindre des choses que d'essayer de l'aider au mieux à rentrer."

Un tournant dans la course des Belges ? "Pour nous, le rythme hyperélevé de la course était une bonne chose car il permettait de neutraliser le potentiel explosif de gars comme Del Toro ou Seixas, jugeait Pauwels. Mais lorsque Wout s'est retrouvé lâché par van der Poel, les choses ont basculé et la situation s'est alors considérablement compliquée pour nous. Ais-je des regrets sur ce mouvement de course de van Aert ? Non, il fallait être dans ce coup. Et je ne crois pas que Wout aurait pu être utile à Remco s'il avait adopté une stratégie plus défensive. Il n'avait tout simplement pas ses meilleures jambes."

Evenepoel "pas à la hauteur"

Douzième et premier Belge à l'arrivée tracée sur l'Avenue du Parc, Evenepoel ne se cherchait pas d'excuse. "Je n'étais pas dans un grand jour ce dimanche. Dès le premier tour du circuit local, le rythme était incroyablement élevé. La course a vraiment été difficile et avec ce tempo si soutenu, les Français ont peut-être épuisé leur propre leader (Paul Seixas). Mais il n'y a pas d'excuses, je n'ai pas été à la hauteur. C'est dommage que ce jour sans tombe aujourd'hui car j'avais un bon pressentiment toute la semaine. Ce serait facile si on pouvait choisir quel jour on est au top…."

Revenu à plusieurs reprises dans le groupe Seixas-Del Toro, le Brabançon s'est battu jusqu'au bout pour continuer de croire en ses chances. "On a essayé de le garder motivé en se rappelant le dernier Mondial au Rwanda où il était allé chercher une médaille d'argent après avoir pourtant connu une course compliquée, soufflait Serge Pauwels. Mais une épreuve aussi longue et difficile ne ment pas, chacun est à sa place. Et quand il y a un manquement, il devient alors vite assez évident !"

Une implacable vérité qui n'altérait pas l'optimisme du sélectionneur national pour l'Euro programmé dans une semaine à Ljubljana. "Il y a deux semaines, Remco avait vécu un GP de Montréal plus compliqué après son succès sur le GP de Québec. La vérité d'un jour n'est pas toujours celle du lendemain. Sa condition est là, on le sait !"

L'avis de notre consultant Johan Museeuw sur ce Championnat du monde complètement fou : "Sans Pogacar et sans oreillettes : quel suspense !"

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