Le futur collège de Levens sera plus résilient face au dérèglement climatique… tout en coûtant plusieurs millions et en étant construit sur une zone naturelle déclassée
Louane se faufile à travers l’oliveraie et une forêt de jambes. Sur l’estrade, les adultes en costard discutent de son avenir.
Alors forcément, la fillette de 7 ans « et demi » vient voir de quoi il en retourne.
D’ici quelques années c’est en lieu et place de ces restanques levensoises qu’elle fera sa rentrée au collège.
Collège dont la première pierre a été symboliquement posée au lendemain de la rentrée des classes, ce mercredi 2 septembre 2026.
« Ça tombe à pic ! Elle pourra aller en classe à pieds. À côté de la maison, on aura moins de transports et de fatigue », glisse Sandra Gollino, la maman.
Le papa, Mickaël, souligne l’intégration paysagère suggérée par les projections 3D de l’établissement. « C’est bien pensé, pour une fois, c’est pas un gros bloc de béton. Les élèves ne vont pas mourir de chaud. »
Photo : Sébastien Botella / Nice-matin
« Améliorer les conditions de réussite et de vie scolaire »
Dissemblable de ses contemporains, le futur collège, labellisé « Or » Bâtiment durable méditerranéen, sera exemplaire énergétiquement, moins polluant dès sa construction et plus résilient au dérèglement climatique.
« Le Département contribue ainsi à améliorer les conditions de réussite et de vie scolaire », s’est félicité Charles Ange Ginésy, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, porteur du projet.
Photo : Cabinet Mil Lieux
Avec un budget colossal de 43 millions d’euros, le collège se veut à taille humaine.
Seront accueillis seulement 400 élèves du village et des vallées voisines : Saint-Blaise et Castagniers côté Var, Châteauneuf-Villevieille dans le Paillon et Duranus dans la Vésubie.
Un internat accueillera 40 adolescents dans des chambres double de 20 m2.
Photo : Sébastien Botella / Nice-matin
Pourquoi pas une extension moins coûteuse ?
Malgré les promesses conjuguées du Département et de la Métropole pour une livraison à la rentrée 2028, l’établissement pourrait bien n’être achevé qu’en 2029.
À en croire un connaisseur du dossier, « il aurait fallu commencer les travaux en mai. Il y a trop d’aléas ».
En attendant que l’avenir fixe un calendrier, la seule perspective d’un nouvel établissement soulage Bertrand Gasiglia.
À l’instar d’Hervé Paul, son homologue de Saint-Martin-du-Var qui accueille 530 élèves, le maire de Tourrette-Levens explique « recevoir 813 jeunes dont 282 sont de Levens. On ne manque pas de classes mais de place à la cantine et dans la cour ».
Pourquoi ne pas avoir envisagé une extension qui aurait coûté beaucoup moins cher ? « Faire du neuf sur du vieux, ça n’est pas si facile. »
Débroussaillages en zone naturelle classée
N’était-ce pas aussi pour tenir, coûte que coûte, une promesse vieille de quatre ans, faite par Éric Ciotti à son ami Antoine, « Tony », Véran, édile de Levens ?
« Ciotti a mis la pression », confirme un proche. Jusqu’à obtenir l’accord de la Métropole (alors estrosiste) et de la préfecture pour modifier le plan local d’urbanisme, la parcelle de 5 162 m² étant originellement classée comme zone naturelle protégée.
Sans attendre ce déclassement ou l’avis (consultatif) du Conseil national de la protection de la nature, un débroussaillage a été engagé.
« Ce qui est pour le moins cavalier, pour ne pas dire carrément illégal », commente un opposant au maire.
Ce dernier, dans son discours, n’y a pas fait mention. Sans manquer de violemment charger les normes environnementales : « Merci [aux services] de m’avoir accepté le matin de bonne heure pour gueuler parce qu’on n’allait pas assez vite à cause d’un crapaud à pointe, d’un lézard, d’une fleur, parce qu’on avait un écologue qui cherchait des têtards. »
L’ombre des sénatoriales
De son côté, le président de la Métropole et maire de Nice a remis une couche contre l’État, faisant observer que « ça pourrait être plus court et moins cher si on n’avait pas ces contraintes ».
Avant de justifier qu’un « territoire en pleine mutation » (1) appelait des « adaptations ». « Il fallait qu’il y ait ce collège. Et peut-être demain un lycée… Nous en reparlerons après 2028, quand on aura des amis à la Région… »
Mais bien avant, se profilent les sénatoriales du 27 septembre 2026 (2). Étaient ainsi présentes les sénatrices Les Républicains Dominique Estrosi-Sassonne et Alexandra Borchio Fontimp - mentionnées dans les discours sans être nommées -, ainsi que le député européen Laurent Castillo, tête de liste de l’alliance UDR-RN.
Loin de ces considérations, quelques enfants dormaient dans leur poussette.
« Ils devraient être au premier rang d’ailleurs parce que c’est pour eux que nous sommes là aujourd’hui », a senti bon de rappeler Éric Ciotti.
1. En 2017, Levens comptait 4 738 habitants, contre 5 377 habitants en 2023.
2. Le département des Alpes-Maritimes va renouveler ses cinq sièges.
Comment ce collège va rester frais sans climatisation ?
Photo : Sébastien Botella / Nice-matin
« Le collège doit supporter un climat plus extrême », explique Jean-Philippe Donzé, architecte du cabinet Mil Lieux.
Pensé à partir des projections climatiques de 2050, le bâtiment anticipe des étés toujours plus caniculaires.
Son isolation en paille hachée et ses murs en terre crue offriront une forte inertie thermique, limitant les variations de température.
Ventilation naturelle et orientation optimisée favoriseront fraîcheur et lumière naturelle.
Sans climatisation, jugée trop polluante, le collège entend aussi limiter sa consommation d’énergie, dans un contexte où les centrales nucléaires pourraient être contraintes par le manque d’eau nécessaire à leur refroidissement.