Pascal Schmitz admet une erreur après l'affaire Patrick Fischer
Publié8. octobre 2026, 20:00
Hockey sur glaceLe journaliste qui a fait tomber Fischer reconnaît «une erreur»
Six mois après l’affaire Patrick Fischer, le journaliste de la SRF Pascal Schmitz revient sur les critiques subies et reconnaît une erreur dans sa gestion médiatique.

Six mois après le licenciement de Patrick Fischer, le journaliste de la SRF Pascal Schmitz revient pour la première fois sur les conséquences personnelles de ses révélations. Lors d'une table ronde organisée à la ZHAW (Haute École des sciences appliquées de Zurich), à Winterthour, il reconnaît avoir commis une erreur en s’exprimant à la télévision.
En avril, peu avant le Championnat du monde de hockey sur glace en Suisse, le journaliste avait révélé que le sélectionneur national avait falsifié un certificat Covid. Une affaire qui avait précipité son licenciement et déclenché une vague de critiques contre le reporter.
«J’ai subi beaucoup de haine et de malveillance, raconte Pascal Schmitz. La pression était maximale. J’ai essayé de garder la tête froide et de rester opérationnel.»
Soutenu par ses proches et sa hiérarchie, il avait néanmoins dû s’éloigner des caméras pendant plusieurs semaines. Aujourd’hui, il assure aller «beaucoup mieux».
«Nous avons sous-estimé les réactions»
Le journaliste regrette surtout son intervention dans le journal télévisé «10 vor 10», aux côtés du présentateur Arthur Honegger. «Avec le recul, c’était une erreur. Après cette apparition, je me suis retrouvé au centre de l’attention. Aujourd’hui, nous ne referions plus les choses de cette manière.»
Il explique que cette décision avait été prise dans l'urgence, après le licenciement soudain de Fischer, alors que la Fédération suisse de hockey sur glace l'avait initialement soutenu. «Nous étions sous pression et voulions faire preuve de transparence», explique-t-il, rejetant l’accusation d’avoir cherché à se mettre personnellement en avant. «Nous avons sous-estimé l’ampleur des réactions.»
Tout est parti d’un déjeuner
L’affaire avait éclaté lors d’une journée de tournage avec Patrick Fischer. Pendant la pause de midi, le sélectionneur national avait évoqué son faux certificat Covid. «Si je me souviens bien, je lui ai dit que c’était une énorme histoire», raconte Schmitz.
Le responsable de la communication de la Fédération, Finn Sulzer, était alors intervenu pour préciser que ces propos n’étaient pas destinés au public. Mais pour le journaliste, cette demande arrivait trop tard. Après le déjeuner, il avait alerté son cameraman, puis informé sa rédaction. «La confidentialité doit être convenue avant, pas après», insiste-t-il.
«Un intérêt public évident»
Présent lors de la discussion, le spécialiste des médias Vinzenz Wyss défend la démarche journalistique de Schmitz. «Du point de vue de l’éthique professionnelle, l’essentiel a été fait correctement. Il existait un intérêt public très clair», estime-t-il.
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Selon lui, le statut de sélectionneur national de Fischer, rémunéré notamment grâce à des fonds publics via Swiss Olympic, justifiait que l’affaire soit révélée. «Lorsqu’il existe un tel décalage entre l’intégrité publique de Fischer et ses actes privés constitutifs d’une infraction, il faut en parler.»
Le spécialiste reconnaît toutefois une zone grise liée au caractère informel de la conversation. Mais en présence d’une ordonnance pénale entrée en force, il estime que le devoir d’informer prime.
Pascal Schmitz considère qu’un déjeuner organisé pendant une journée de tournage reste un contexte professionnel. «Si cette conversation avait eu lieu dans un bar à deux heures du matin, après cinq bières, la situation aurait été différente», nuance-t-il.
Mais dans le cas présent, il estime avoir agi conformément à son métier. «Quand on est avec un journaliste, on parle en quelque sorte au public.» Et de conclure: «Un accord doit être conclu au préalable. Si cela se fait après coup, on se retrouve pris en otage.»
Malgré les attaques subies, Schmitz affirme qu’il referait aujourd’hui le même travail d’enquête. Son seul regret concerne donc la manière dont il s’est personnellement exposé à l’antenne.
Les coulisses de l’affaire Fischer
Intitulée «L’affaire Fischer: les leçons à tirer pour le journalisme et la communication», une table ronde d’une heure s’est tenue à Winterthour, devant des membres du réseau d’anciens étudiants Columni et des professionnels des médias.
Animée par Markus Niederhäuser, responsable de la formation continue à la ZHAW, elle réunissait la conseillère en communication Claudia Jenni, le professeur de journalisme Vinzenz Wyss et le journaliste de la SRF Pascal Schmitz.
La ZHAW avait fait un choix délibéré: ne convier ni Patrick Fischer, ni Finn Sulzer, responsable de la communication de la Fédération suisse de hockey sur glace. L’objectif n’était pas d’organiser une confrontation, mais de donner la parole à Schmitz et de revenir sur les enseignements journalistiques de l’affaire.
Autre sujet volontairement laissé de côté: les anciens messages racistes du journaliste sur les réseaux sociaux. Les organisateurs avaient décidé de ne pas l'interroger sur cette polémique.
(cga)