"Et à la fin, c'est le PS qui gagne… "Autour des machines à café, certains socialistes bruxellois aiment reprendre la métaphore footballistique pour vanter leurs propres talents de négociateurs — en référence à la Nationalmannschaft des années 1970-1980, qui finissait toujours par l'emporter.

Ce jeudi, en gouvernement bruxellois, la règle ne s'est toutefois pas vérifiée. Du moins, pas encore.

Lors du conseil de cette semaine, le ministre bruxellois de l'Emploi, Laurent Hublet (Les Engagés), a proposé la désignation d'Eric Mercenier en tant que directeur général d'Actiris. Mais le chef de file du PS au gouvernement régional, Ahmed Laaouej, a tenté de s'opposer frontalement à ce choix, faisant pression pour tenter d'obtenir la désignation de sa candidate, Isabelle Grippa, actuelle CEO de Hub. brussels, à la tête d'Actiris.

Le ton est rapidement monté et la réunion s'est achevée sans accord, sur un report de la décision. Le patron des socialistes bruxellois l'a toutefois signifié clairement à ses partenaires : il ne compte pas céder. Ni aujourd'hui, ni demain, ni dans un mois.

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Le vainqueur du jury vs la candidate du PS

La partie s'annonce toutefois serrée pour le patron du PS bruxellois. Isabelle Grippa n'est arrivée qu'en deuxième position (52,5/60) de la commission de sélection constituée par les autorités régionales, à un souffle derrière Eric Mercenier (54/60) — tandis que Stéphane Laloux, actuel directeur ad interim, fermait le trio de tête. Cet ancien chef de cabinet de Rudi Vervoort (PS) a été présenté dans les conclusions du jury comme "le profil le plus solide parmi l'ensemble des candidats".

La candidature d'Isabelle Grippa ne manque pas d'atouts : huit années à la tête de Hub.brussels, une expérience passée d'experte chez Actiris et un parcours éprouvé dans les cabinets socialistes. Le jury a d'ailleurs salué la "très bonne qualité" de sa prestation.

Autour de la table du gouvernement, Ahmed Laaouej a sorti l'argument de la parité : nommer un homme à la direction générale d'Actiris — alors que le directeur adjoint pressenti est déjà un homme — réduirait la présence féminine au sein du comité de direction à zéro sur six. Ses proches insistent également sur le très faible écart de points entre les deux candidats.

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"En allemand, on parle de Schadenfreude"

Ce bras de fer s'est déroulé sous l'œil distant du ministre-président Boris Dilliès (MR), resté en retrait. Et pour cause : "Le deal est clair depuis le début : le PS reçoit Actiris, le MR aura le CEO de la STIB", glisse une source gouvernementale. Cela n'implique pas pour autant, ajoutent certaines sources, qu'on puisse s'asseoir sur le classement du jury.

Au sein de l'exécutif, l'entêtement d'Ahmed Laaouej irrite. Ces derniers jours, son insistance suscitait d'ailleurs autant d'oppositions que de satisfaction malsaine à le voir se démener. "En allemand, on parle de Schadenfreude — cette joie mauvaise que l'on éprouve face au malheur d'autrui."

D'autant que la formule assassine du député Bernard Clerfayt (Défi) résonne dans tout le gouvernement : le MR aurait la couronne, mais le PS le pouvoir réel. "Personne au sein de cet exécutif n'a envie d'offrir une victoire facile à Ahmed Laaouej, confie une source régionale. La clé de cette affaire, c'est de savoir si Laurent Hublet sera capable de lui tenir tête durablement, ce qui n'est pas donné à tout le monde."

"Un socialiste, mais pas le bon"

"Le premier classé est un socialiste, mais pas le 'bon' socialiste aux yeux d'Ahmed Laaouej", persiflait un observateur du dossier.

La position du PS reste cependant fragile. Par le passé, les socialistes avaient défendu avec fermeté la nomination de Marie-Pierre Fauconnier à la tête de Bruxelles-Environnement au seul motif qu'elle avait fini première du concours, soutenant qu'écarter le lauréat exposait la Région à une annulation devant le Conseil d'État. Depuis 2016, l'exécutif régional s'est toujours imposé comme règle de respecter l'ordre établi par le jury. En brisant cette tradition, l'argumentaire socialiste risque de lui revenir comme un boomerang.

Eric Mercenier, l'incompatible

Lors du mandat d'Eric Mercenier comme chef de cabinet de Rudi Vervoort, la cohabitation avait été houleuse, notamment après la prise de contrôle de la fédération PS par Ahmed Laaouej en 2019. L'opposition sur la mobilité et le torpillage du projet SmartMove par le président du PS bruxellois avaient mis en lumière leurs divergences d'orientation. "Les grands hommes ne s'engueulent jamais, déclarait à l'époque Eric Mercenier à La Libre. Mais il est vrai que les positions d'Ahmed Laaouej n'étaient pas toujours concertées…"

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C'est précisément ce profil jugé moins directement aligné sur le PS bruxellois qui trouve grâce aux yeux de Laurent Hublet.

Après Kanal et le cas Lotfi Mostefa – toujours pas réglé -, un nouveau bras de fer autour d'une nomination à une haute fonction est entamé au sommet du gouvernement bruxellois.

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