Le mouvement vers le cloud va-t-il s'inverser avec l'IA ?
Pendant près de quinze ans, une idée semblait acquise : l’avenir de l’informatique d’entreprise passait par le cloud. Le cloud promettait agilité, élasticité, innovation et réduction de la complexité opérationnelle. Pour beaucoup d’organisations, il est devenu le socle naturel de leur transformation numérique. L’essor de l’intelligence artificielle est pourtant en train de rebattre les cartes.
Pour la première fois depuis longtemps, les directions générales et les DSI se reposent des questions que l’on croyait définitivement tranchées : où exécuter les traitements ? Où héberger les données ? Comment maîtriser les coûts ? Comment réduire la dépendance aux hyperscalers ? Comment garantir la souveraineté des actifs numériques les plus stratégiques ?
L’intelligence artificielle ne remet pas en cause le cloud. En revanche, elle remet clairement l’infrastructure au cœur des décisions stratégiques.
Le retour d’un sujet pourtant clôturé
Ces dernières années, l’infrastructure est progressivement devenue un sujet d’exécution. Les directions métiers parlaient d’expérience utilisateur, de produits numériques ou de données. Les équipes IT s’occupaient de faire fonctionner les plateformes.
L’IA change profondément cette dynamique.
Contrairement aux applications traditionnelles, les modèles d’IA mobilisent des ressources de calcul considérables. L’entraînement, mais aussi l’inférence, consomment des capacités GPU, du stockage, des réseaux haut débit et des architectures capables d’évoluer rapidement.
À cela s’ajoutent de nouveaux composants : bases vectorielles, pipelines de données, plateformes d’orchestration, modèles spécialisés ou infrastructures d’agents.
Autrement dit, chaque nouveau cas d'usage IA possède désormais une traduction directe sur l'infrastructure.
L'équation économique change
Et l'un des premiers effets visibles concerne les coûts. Pendant longtemps, le cloud a permis de transformer des investissements matériels en dépenses opérationnelles plus flexibles. Cette logique reste pertinente dans de nombreux cas.
Mais l'IA modifie cette équation : une entreprise qui déploie des dizaines d'agents, interroge plusieurs modèles, traite des millions de documents ou exécute des inférences en continu, découvre rapidement que la puissance de calcul devient un poste budgétaire stratégique.
Le sujet n'est plus uniquement de savoir combien coûte un serveur ou une machine virtuelle. Il faut désormais arbitrer entre plusieurs modèles économiques : utiliser un service managé, exécuter un modèle open source sur sa propre infrastructure, mutualiser des ressources GPU ou répartir intelligemment les traitements selon leur criticité.
Ces arbitrages deviennent des décisions stratégiques autant que techniques.
Le futur sera hybride
Faut-il en conclure que le mouvement vers le cloud va s'inverser ? Probablement pas. En revanche, le débat ne se résume plus à une opposition entre cloud et on-premise. L'avenir sera plus nuancé.
Certaines charges de travail continueront naturellement à s'exécuter dans le cloud public. D'autres trouveront davantage de sens sur des infrastructures privées, souveraines ou spécialisées. Certaines entreprises privilégieront des modèles hybrides capables d'arbitrer dynamiquement selon les coûts, les performances, la confidentialité ou les contraintes réglementaires.
L'objectif ne sera plus de tout centraliser au même endroit, mais de placer chaque traitement là où il crée le plus de valeur.
Cette évolution replace les DSI au centre des décisions. Les choix réalisés aujourd'hui en matière d'architecture, de gouvernance des données, de souveraineté, de capacité de calcul ou d'interopérabilité conditionneront directement la capacité des entreprises à industrialiser leurs usages de l'intelligence artificielle demain. Autrement dit, l'infrastructure cesse d'être un simple support de l'innovation. Elle en devient l'un des principaux moteurs.
L'histoire récente du numérique montre que les grandes ruptures technologiques redéfinissent toujours les fondamentaux de l'informatique d'entreprise. L'intelligence artificielle ne fait pas exception.
Le véritable changement n'est peut-être pas que l'IA devienne omniprésente. C'est qu'elle oblige les entreprises à regarder de nouveau ce qu'elles avaient fini par considérer comme acquis : leur infrastructure.
* Thomas Thelliez est Chief Technology Officer chez Positive.
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