“Ils pourront en faire des boîtes de conserve”: Boeing doit démanteler des avions qui n’ont jamais volé
Il devait succéder à l’emblématique Boeing 777. Au lieu de cela, le nouveau 777X est devenu, depuis plusieurs années, le principal casse-tête du constructeur aéronautique américain. Le programme accuse un retard si important que l’entreprise a finalement décidé d’envoyer à la casse un appareil flambant neuf qui n’a jamais volé. Le prix catalogue de cet avion est estimé à environ 400 millions de dollars (351 millions d’euros).
Bram Louws, Matthias Bertrand
Source: AD, HLN
24 juillet 2026, 12:51
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L’histoire peut sembler incroyable : construire un tout nouveau modèle d’avion pour finalement le démantler sans qu’il ait jamais volé. C’est pourtant exactement ce qui est arrivé au septième exemplaire du 777X sorti des chaînes de production. L’information a été révélée cette semaine à l’occasion du Salon aéronautique de Farnborough, rapporte le Seattle Times.
L’appareil concerné avait été achevé en juillet 2019 et était depuis immobilisé dans l’usine Boeing d’Everett, dans l’État de Washington. En raison des retards répétés dans le processus de certification du 777X, Boeing a dû modifier la conception de l’avion à plusieurs reprises.
Les premiers appareils d'essai sont désormais tellement éloignés des normes actuelles que leur mise à niveau coûterait plus cher que leur destruction. Pour le constructeur, la solution la plus économique a donc été de les démanteler.
Un programme qui bat de l’aile
Boeing avait présenté le 777X dès 2013, avec l’ambition d’en faire le remplaçant du fameux “triple 7” et le premier-né d’une nouvelle génération d’appareils plus silencieux et plus économes en carburant. Le premier vol commercial était initialement prévu pour 2020, mais les difficultés persistantes liées à la certification de sécurité ont repoussé cette échéance à plusieurs reprises. Désormais, l’entrée en service est envisagée pour la mi-2027, soit sept ans plus tard que prévu.
Entre-temps, Boeing a déjà assemblé entre trente et quarante exemplaires. Mais si les appareils construits à partir de 2022 peuvent encore être adaptés relativement facilement aux nouvelles exigences réglementaires, les premiers avions sortis des chaînes de montage, en revanche, n’ont pas cette chance.
Un avion révolutionnaire... sur le papier
Le 777X est le premier avion de ligne doté d’ailes repliantes. Dans l’industrie aéronautique, tout est une question d’efficacité. Boeing a donc conçu des ailes de très grande envergure afin d’améliorer les performances aérodynamiques et la capacité de portance, tout en développant avec General Electric le moteur GE9X. Avec un diamètre de 3,39 mètres, ce réacteur est même plus large que la cabine d’un Boeing 737.
Pour permettre à cet immense avion d’utiliser les portes d’embarquement existantes malgré son imposante envergure, Boeing a donc imaginé une solution ingénieuse: des extrémités d’ailes repliables. Au sol, les derniers 3,3 mètres des ailes se replient vers le haut. Juste avant le décollage, ils se déploient afin d’exploiter toute l’envergure de l’appareil en vol.
Des compagnies qui s’impatientent
Les compagnies aériennes ayant commandé le 777X commencent à perdre patience face aux retards accumulés par Boeing. Avec 270 appareils commandés, la compagnie Emirates, basée à Dubaï, est de loin le plus gros client du programme. Son président, Tim Clark, a une nouvelle fois exprimé cette semaine son exaspération.
Il avait déjà déclaré qu’il ne souhaitait en aucun cas recevoir ces appareils devenus obsolètes: “Ce qu’ils en feront les regarde, mais nous ne les accepterons pas. Peut-être que le fabricant de haricots Heinz sera intéressé par cette ferraille. Ils pourront toujours en faire des boîtes de conserve.”