Une action collective contre le Nordik Spa Village de Chelsea vient d’être autorisée par la Cour supérieure du Québec. Près de 150 femmes affirment avoir été agressées sexuellement par au moins 36 massothérapeutes différents de l’établissement.

La représentante de l’action collective, nommée sous les initiales A.B., a déposé sa demande en août 2025. Elle allègue avoir été elle-même victime d’une agression sexuelle de la part d’un massothérapeute du Nordik Spa Village de Chelsea le 2 décembre 2024.

Ce jour-là, la femme alors âgée de 49 ans s’était rendue au spa avec une amie pour profiter du circuit d’eau et avait réservé un massage de 60 minutes. Elle allègue que le massothérapeute, Lorenzo Velasque, aurait notamment placé ses parties génitales contre sa main pendant le massage. Il aurait ensuite soulevé le drap recouvrant son corps nu pour observer ses parties intimes, avant de masser l’intérieur de sa cuisse, à quelques centimètres seulement de ses parties génitales, pendant une dizaine de minutes.

« Sur le coup, la demanderesse est en état de choc, et ne dit rien puisqu’elle peine à croire ce qui vient de se dérouler », peut-on lire dans la demande d’autorisation de l’action collective.

A.B soutient n’avoir reçu aucune indication sur le déroulement du massage ni d’instruction en cas d’inconfort face à un comportement considéré comme inapproprié.

Le lendemain, elle aurait signalé les événements à une gestionnaire de l’établissement, mais n’aurait obtenu ni excuses, ni suivi sur la situation, selon ses allégations.

Le cas de A.B serait loin d’être isolé, selon les avocats à l’origine de l’action collective. Celle-ci est intentée au nom de toutes les personnes ayant été agressées sexuellement durant une séance de massage reçue au Nordik Spa Village de Chelsea depuis le 2 octobre 2001.

L’autorisation de l’action collective ne signifie toutefois pas que les allégations ont été démontrées. Le tribunal devra maintenant déterminer si le Nordik Spa Village a commis les fautes qui lui sont reprochées.

Des agressions alléguées sur près de 20 ans

Entre le dépôt de la demande en août 2025 et le 3 juillet 2026, le cabinet Lambert Avocats a été contacté par 143 personnes affirmant aussi avoir subi une agression sexuelle pendant un massage au Nordik Spa Village de Chelsea. Selon les témoignages recueillis, les gestes dénoncés auraient été commis par au moins 36 massothérapeutes différents entre 2007 et 2026.

Les victimes alléguées ont fait état d’anxiété, de dépression, de difficultés d’ordre sexuel et relationnel, de pertes financières et d’autres séquelles de même nature, suite aux événements.

« Plusieurs ont dénoncé l’agression sexuelle [à l’établissement] et se sont simplement fait offrir une carte-cadeau […] pour retourner à l’établissement où ils ont été agressés sexuellement », peut-on lire dans la demande d’action collective. Les massothérapeutes dénoncés n’auraient toutefois pas été renvoyés.

Certains ont d’ailleurs fait les manchettes ces dernières années. La demande judiciaire donne l’exemple de Maxime Bédard, condamné en octobre 2021 à six mois de prison pour des agressions sexuelles commises sur deux clientes du spa. Elle mentionne aussi Adam Leroux, déclaré coupable en janvier 2026 d’avoir agressé sexuellement une cliente de l’établissement en 2023.

« Plutôt que prendre des mesures pour empêcher que ce type d’abus ne survienne à nouveau, la défenderesse nie toute responsabilité́ au motif que ses massothérapeutes seraient des travailleurs autonomes », peut-on lire dans le document.

Un problème « systémique »

Selon les avocats au dossier « l’ampleur et la récurrence du phénomène témoignent d’un problème systémique dans la prévention des agressions et inconduites sexuelles commises par divers massothérapeutes que [le Nordik spa] emploie ».

C’est pourquoi la demande d’action collective vise l’établissement qui « était tenu à une obligation de sécurité » et aurait dû prendre des mesures en ce sens pour protéger ses clients qui se retrouvent en position de « vulnérabilité » lorsqu’ils « sont seuls avec leur massothérapeute et, souvent, complètement dévêtus ».

« Si Spa Nordik avait adopté des politiques adéquates, comme l’ont fait certains de ses concurrents, elle aurait été en mesure de prévenir la majorité des différentes agressions sexuelles qui ont été commises par ses massothérapeutes au fil des années », ajoute-t-on.

En raison du préjudice important subi, A.B demande — pour elle et tous les membres du groupe qu’elle représente — des dommages-intérêts compensatoires et punitifs ainsi que le remboursement des sommes payées pour les services de massothérapie reçus.

Contacté par Le Devoir, le Nordik Spa Village rappelle que l’autorisation de l’action collective ne constitue pas un jugement sur le fond des allégations. « Nous ferons valoir nos moyens de défense à une étape ultérieure. Compte tenu du processus judiciaire en cours, nous ne pouvons pas commenter davantage en ce moment », indique l’entreprise dans une déclaration écrite.

Elle ajoute avoir pris et continuer de prendre « toutes les mesures nécessaires afin d’assurer un environnement respectueux, sécuritaire et digne de confiance dans [son] établissement. La sécurité et le bien-être de notre clientèle, de nos employés et de nos professionnels demeurent notre priorité absolue. »