« Le risque de créer un effet boule de neige » : après le blocage du port de Nice, cet économiste décrypte les racines de la fronde des marins pêcheurs
Professeur émérite à l’université de Montpellier, l’économiste Jacques Percebois intervient à l’Ecole des mines de Sophia Antipolis. Ce spécialiste des questions énergétiques décrypte les racines de la fronde des marins pêcheurs, qui s’est étendue à Nice ce jeudi 17 septembre 2026.
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C.C
Christophe Cirone
Créé le 17 septembre 2026 • 19:20
Mis à jour le 17 septembre 2026 • 19:20
Photo archives NM
La fronde des marins pêcheurs a conduit au blocage du port de Nice ce jeudi 17 septembre 2026. Sont-ils parmi les plus exposés à la hausse du prix des carburants ?
Oui, pour une raison technique : le poids du pétrole brut joue un rôle plus grand dans le prix du gazole pour les pêcheurs que pour le consommateur final domestique. Le consommateur, lui, paie des taxes qui comprennent une assise (TICPE), une TVA, et les certificats d’économie d’énergie. Donc le prix du brut représente un pourcentage plus faible. Ces taxes jouent, en quelque sorte, un rôle d’amortisseur du prix. Pour le marin pêcheur, la part du prix du pétrole brut est bien plus importante.
Et il se prend la hausse du brut de plein fouet...
C’est ça, il se la prend de plein fouet. Il a le sentiment qu’il paie beaucoup plus que les autres, ce qui est d’ailleurs un fait objectif. Normalement, le prix du gazole représente pour eux de l’ordre de 25 % du chiffre d’affaires ; ce n’est déjà pas négligeable. Mais avec de telles augmentations de prix, cela peut monter à 40 %. On a même vu des pics à 50 % ! C’est la raison pour laquelle l’enjeu pour eux n’est pas de baisser les taxes - ils n’en bénéficieraient pas - mais les aides.
Ils réclament jusqu’à 35 centimes par litre de gazole. Le gouvernement va-t-il devoir lâcher du lest ?
On sent bien que, quand on arrive à un cours du brut aussi important, il faut faire des efforts si on veut sauver ce qu’il reste encore de pêche. L’impact sur le budget de l’État ne sera pas très important. Le risque, c’est que si vous lâchez et vous aidez un peu plus les pêcheurs - qui sont quand même parmi les plus aidés -, c’est de créer un effet boule de neige, et que toutes les professions demandent une aide supplémentaire ou une baisse des taxes.
Quelles sont les perspectives à court terme ?
Les États-Unis sont un peu coincés car, pour des raisons politiques, ils ne vont pas de nouveau intervenir dans le Golfe. Soit le prix du brut redescend et les prix redescendent légèrement. Soit il reste autour de 100 dollars le baril et les prix vont rester à un niveau élevé. Rien n’est exclu : si demain c’est l’embrasement total, il peut s’envoler jusqu’à 150 dollars ! À court terme, on peut concevoir qu’il tourne autour de 100 dollars, et que les prix vont rester élevés au moins quelques mois.
Faut-il plusieurs semaines pour que les prix se répercutent à la pompe ?
Non, c’est assez rapide. Les raffineurs-distributeurs savent qu’ils vont devoir acheter le pétrole plus cher, donc ils répercutent la hausse par anticipation. C’est l’éternel problème : quand le prix du pétrole montent, ceux payés par le consommateur montent, quand ils baissent, c’est moins vrai. Les raffineurs disent qu’ils ont dû faire des stocks à des prix plus élevés, et qu’ils ne peuvent donc les répercuter tout de suite. Il y a une forme d’asymétrie discutable.
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