Le serpent à sonnette pygmée, un prédateur super-équipé qui protège...
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Exploration dans la forêt inondée de Floride
Je te conseille de chausser une paire de bottes en caoutchouc car nous partons pour la Floride, au Sud-Est des États-Unis, et je préfère te prévenir, nous risquons de marcher dans des flaques ! Nous allons chercher notre héros du jour dans un milieu bien particulier : les zones humides, régulièrement inondées, qui se trouvent le long du fleuve Saint Johns dans le comté de Volusia. Le paysage que l’on rencontre ici est très différent de nos forêts tempérées.
Le long du fleuve, on croise des hautes herbes, d’espèces variées, de minuscules fleurs carnivores aux poils collants sur le sol, et de grands arbres, très espacés les uns des autres. La star du coin, c’est le pin des marais, un conifère aux longues épines, et au tronc élancé qui peut atteindre 30 mètres de haut ! Mais à côté de ces arbres, qui ressemblent aux nôtres, on trouve aussi des palmiers, et des arbres aux racines qui sortent à l’air libre, ce qui leur permet de continuer à respirer même en cas d’inondation.
Et pour ce qui est des habitants, je peux te dire qu’il y a du monde ici ! On croise souvent des ours noirs, moins impressionnants que les grizzlis, des urubus noirs, ces petits vautours à la tête nue, et sur le bord de la rivière, quelques alligators qui font la sieste ! C’est aussi le paradis pour de nombreux oiseaux d’eau et le territoire de jeu du pic à face blanche. Des tortues et des tritons habitent également ici. Mais celui que nous cherchons se fait plus discret…Je crois qu’il va falloir retourner quelques rochers ou quelques souches pour le dénicher.
Le plus petit des serpents à sonnette
Une belle pierre en plein soleil devrait faire l’affaire. Nous avons de la chance ! Bien enroulé sur lui-même, voici un serpent à sonnette pygmée, de son nom latin Sistrurus miliarius. Comme son appellation de pygmée l’indique, c’est lui le plus petit de sa famille. Cet individu mesure à vue de nez, une quarantaine de centimètres de long et les plus grands spécimens atteignent les soixante centimètres. Ses écailles arborent de belles couleurs et un joli motif. Sa tête est sombre et son corps est d’un gris clair légèrement bleuté. Des taches noires et rousses alternées lui tracent une ligne sur le dos, et d’autres taches noires forment une autre ligne sur chaque côté de son corps, tout près du ventre. Comme chez tous ses cousins, sa tête est plus large à la base de son cou, et assez carrée.
Si tu regardes bien, tu constateras que sa pupille, le noir de ses yeux, est fine et verticale, comme les vipères de chez nous. Je t’avais parlé de la couleuvre rayée dans un épisode précédent, et elle, a la pupille ronde ! C’est pratique pour les distinguer quand on les observe d’assez près, ou en photo.
Une mini-castagnette comme cascabelle
Au bout de sa queue, on voit une petite boule jaune clair. C’est sa sonnette, que l’on appelle aussi parfois crécelle ou Cascabelle ! Peut-être as-tu déjà aperçu dans des films, des cousins de notre héros que l’on appelle “crotales”, qui agitent cet organe particulier pour faire peur à leur prédateur ? Cet organe est constitué d’écailles modifiées, qui forment comment des boules creuses, et quand l’animal agite le bout de sa queue, il le fait claquer, comme une castagnette. En plus, plus il fait chaud, plus la peau de sa sonnette est sèche et plus elle fait de bruit. Pour effrayer ses prédateurs, c’est plutôt efficace ! Et oui, même les serpents à sonnettes se font manger ! Par des lynx et des ratons-laveurs, par des rapaces, et aussi par d’autres serpents ! Mais chez notre serpent à sonnette pygmée, le son produit ressemble à un petit bourdonnement discret, que l’on entend à peine, et il l’utilise finalement très peu. D’ailleurs sa sonnette est toute petite, par rapport à celle de ses cousins. Certains scientifiques pensent que la fonction de sa sonnette a légèrement changé, et qu’elle pourrait lui servir de protection, de bouclier face aux coups de griffes ou de dents de ses attaquants. De toute façon, à chaque fois qu’il le peut, notre serpent préfère fuir face aux prédateurs et sauver sa peau !
Un venin bien utile
Comme tous les serpents à sonnettes, notre héros est un prédateur, qui chasse en embuscade, immobile, le corps tendu en position d’attaque, ou en poursuivant ses proies. Il mange des lézards, des rongeurs, des oiseaux, des grenouilles, et des mille pattes géants ! Miam ! Pour l’aider à digérer, il injecte un venin à ses proies grâce à deux crochets situés dans sa bouche. Ce venin n’est pas du tout assez fort pour tuer un humain, je te rassure mais il a des propriétés très intéressantes, puisqu’il empêche le sang de coaguler. Quand on se griffe et que l’on saigne même un peu, très vite, une croûte se forme et évite que le sang coule et quitte le corps. C’est très pratique ! Ce venin évite donc la création de cette croûte. Nous, humains, utilisons ce venin pour en faire un médicament, qui empêche la formation de caillots, des petit cailloux de sang qui pourraient boucher les veines et les artères, et provoquer une crise cardiaque ! Alors merci petit serpent à sonnettes !
Une vision infrarouge de la chaleur
Avant de laisser notre ami tranquille, regarde attentivement le bout de son museau. Sous ses yeux et légèrement à l’avant, se trouvent de chaque côté de sa tête, deux trous. Et non, ce ne sont pas ses narines, on les distingue, plus petites, tout au bout de sa tête. Non, ces deux trous, sont des organes, que seuls les crotalinés possèdent, la famille à laquelle appartient notre serpent à sonnette. Ce sont des fosses sensorielles, ce qui leur a donné leur nom anglais de Pit viper, ce qui signifie littéralement vipères à fosses.
Ces organes permettent à notre serpent de “voir” la chaleur de ses proies, en captant un type de rayon particulier, les rayons infra-rouges. Cette vision thermique complète son arsenal de super chasseur, en plus de son excellente vue et de son odorat très fin. Même la nuit, rien ne lui échappe ! Si tu as regardé le film Zootopie 2, tu te souviens peut-être de l’un des personnages, le serpent Gary à la peau bleue, qui est lui aussi un crotale. Il explique qu’il possède ce super-pouvoir ! Et bien, cela existe pour de vrai !
On imagine que la vision de la chaleur des serpents à sonnette ressemble un peu aux images que nos caméras thermiques arrivent à produire, avec du blanc et du rouge là où c’est le plus chaud, et du violet et du bleu, là où c’est le plus froid. Mais bon, on ne saura peut-être jamais exactement ce que ça fait de voir la chaleur comme eux ! Pour nous cela reste encore un peu mystérieux, mais c’est là toute la beauté de la chose ! Il reste encore tellement de questions dont on cherche les réponses…
Un serpent pas si solitaire que ça
Les serpents à sonnette pygmées vivent en solitaire. Les mâles et les femelles qui sont identiques ne se croisent qu’au moment des amours. Les femelles mettent bas de petits serpents déjà formés, on dit qu’elles sont ovovivipares. Alors que quand un animal pond des oeufs, on dit qu’il est ovipare. Les bébés serpents à sonnette se déplacent immédiatement et sont capables de chasser dès leur naissance. Incroyable, n’est-ce pas ? On a longtemps pensé que les mamans serpents ne s’occupaient pas du tout de leurs petits…mais certaines études scientifiques arrivent à des conclusions bien différentes !
Les serpents sont rarement vus comme les meilleurs parents du règne animal. Et même s’il sont plutôt solitaires, il a été observé chez certaines espèces des regroupements et même de la communication entre individus.
Des mamans serpents qui veillent sur leurs petits
Alors, qu’en est-il vraiment ? Est-ce que les femelles serpents à sonnettes, s’occupent de leurs petits ou les défendent ? C’est ce qu’ont voulu savoir Harry Greene et ses collaborateurs, qui ont publié leurs résultats en 2002. Sur le terrain, pendant 6 ans, les scientifiques ont compté le nombre de nouveau-nés serpents à sonnette pygmée qu’ils trouvaient, et notaient la présence ou non de leur mère auprès d’eux. Sur les 35 groupes de bébés serpenteaux observés ensemble, 23 d’entre eux étaient en présence de leur mère. Cela fait beaucoup ! Les mamans serpents à sonnette semblent donc bien rester avec leurs petits, et ce jusqu’à leur première mue, leur premier changement de peau qui a lieu 10 jours après la naissance.
C’est toujours un moment délicat où le serpent est vulnérable, et n’a pas toutes ses compétences de chasseurs. Il voit moins bien par exemple, car la peau qui recouvre ses yeux devient opaque. Et oui, les serpents n’ont pas de paupières, mais ils ont des écailles protectrices sur leurs yeux, qu’ils changent lors des mues ! Ces observations sur le terrain de bébés et de maman serpent réunis ont inspiré les chercheurs pour creuser la question en laboratoire.
Grâce aux odeurs, mères et petits se réunissent !
Ils ont installé des femelles serpents à sonnette pygmée, avec leurs petits dans des terrariums aménagés. Des séparations en carton ou en plexiglas isolaient la mère de ses bébés, mais dans certaines conditions, la mère pouvait contourner l’obstacle, et dans d’autres, c’était les serpenteaux qui pouvaient rejoindre leur mère. Les scientifiques notaient leurs comportements pendant 4 jours. Dans le cas où c’est la mère qui pouvait se déplacer et rejoindre ses bébés, 12 femelles sur les 16 testées contournent l’obstacle pour retrouver leurs petits. Sept d’entre elles rejoignent leurs petits aussitôt, au cours de la 1ère heure d’observation. Donc ils sont très vite réunis !
Dans l’autre condition, où cette fois la mère ne peut pas bouger, les petits, eux-aussi, rejoignent rapidement leur mère. Presque tous traversent pour se retrouver dans le même compartiment qu’elle ! On sait que c’est en suivant les odeurs que maman et bébés serpents se réunissent.
Aussi, les mères étaient plus agressives face à un serpent prédateur, quand elles étaient avec leurs petits. Elles attaquaient davantage que les femelles gestantes, qui n’avaient pas encore leurs petits ou celles qui étaient en présence de serpenteaux plus âgés, qui avaient déjà effectué leur changement de peau. Cela laisse penser que les mères serpents à sonnette pygmée, ne restent pas uniquement aux côtés de leurs bébés, elles les défendent aussi !
Donc, malgré ce que l’on imaginait, certains serpents sont AUSSI de bons parents !