Neuf bandes-dessinées et romans graphiques à glisser dans sa valise
BFM a sélectionné quelques albums graphiques à lire à l'ombre, histoire d'alourdir votre valise, et de vous accompagner pendant les vacances.
Des vacances sous un soleil ardent, rien de mieux pour rattraper les bandes dessinées et romans graphiques sortis depuis le début d'année. Des lectures d'été pour rire, réfléchir, s'émouvoir.
Certains questionnent notre rapport au corps. Celui, rempli de défauts, qui nous inhibe et qu'on veut modifier à tout prix dans Le Complexe. Celui brisé dans l'enfance qu'on tente de recoller dans L'envol du pélican. D'autres reviennent sur des moments historiques - la guerre d'Espagne dans Pour qui sonne le glas - ou d'actualité encore récente - Nanterre après l'orage et la mort de Nahel. D'autres posent un regard sur les relations amoureuses - les rencontres (mal)heureuses sur les applis de rencontre dans Ce qui séduit comme les premiers émois malgré la barrière de la langue avec Love Languages.
Sélection de neuf ouvrages, à déguster, entre coquillages et crustacés.
L'ardeur de vivre
Espagne. En pleine guerre civile (1936-1939), Robert Jordan, volontaire américain dans les rangs républicains, reçoit l'ordre de faire sauter un pont stratégique - la mission a peu de chance de réussite, mais qu'importe. Le jeune homme rejoint ainsi un groupe de guérilleros - partisans antifascistes - cachés dans une grotte de montagne. Parmi eux, Pilar, femme forte qui se confie sur ses affreuses épreuves, et Maria, jeune femme farouche pour laquelle Robert ressent immédiatement une attirance puissante. Et réciproque.
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La vie, l'amour, la mort concentrés en quelques pages. Le prolifique scénariste Jean-David Morvan (Prix René-Goscinny pour Madeleine, résistante) signe une sublime adaptation du roman d'Ernest Hemingway. L'histoire est illustrée par Pierre Dawance qui, pour sa première bande dessinée, révèle l'incandescence de Robert et Maria, leur rage de vivre, par des dessins aux crayons de couleur, aux textures veloutées.
Pour qui sonne le glas, d'après Ernest Hemingway, adaptation et scénario de Jean-David Morvan, dessin de Pierre Dawance, Sarbacane, 1er avril 2026, 192 pages, 27 €.
Quelques mots d'amour
Sarah Huxley, trentenaire anglaise fraîchement débarquée à Paris pour le travail, découvre une ville âpre avec des collègues peu chaleureux, un rythme épuisant... et un argot indéchiffrable. Sa rencontre avec Ping, jeune fille au pair originaire de Hong Kong, va tout changer. James Albon (déjà remarqué pour Recette de famille) construit son récit autour de la barrière linguistique elle-même, transformée en matière narrative. Mes deux femmes bricolent peu à peu un dialecte privé, patchwork personnel mêlant anglais, français et cantonais.
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À la manière d'un Lost in Translation queer, James Albon détaille l'éprouvant exil linguistique, les malentendus et la réinvention d'un langage tendre. Et dévoile comment l'intimité entre des êtres se crée sur ce décalage - l'attirance se joue aussi dans les postures, les corps et les regards. L'aquarelle, dans des pages saturées de détails et de sensations, retranscrit la bouillonnante capitale, aussi bien pour les scènes de rue que pour celles de repas. Douce lecture.
Love languages, James Albon (scénario et dessin), Glénat, 2026, 24 €.
Derrière le feu et la fureur
À quoi ressemblait le quartier Pablo-Picasso de Nanterre avant l'été 2023? Ce lieu, en butte à un sentiment d'abandon et d'injustice, a été jeté sous le feu des projecteurs après la mort de Nahel Merzouk, adolescent de 17 ans, tué par un policier lors d'un refus d'obtempérer. Les manifestations qui ont suivi et l'attention médiatique soudaine n'ont montré la ville que sous la colère, la violence et la rébellion.
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Récit des jours d'après, Nanterre avant l'orage est aussi celui des jours d'avant. Le journaliste Feurat Alani (prix Albert-Londres pour son roman Parfum d’Irak) et le dessinateur Ulysse Gry prennent le parti de narrer l'histoire de la cité, du quotidien de ses habitants, avec leurs joies, leurs espoirs, leurs tensions et leur entraide. Hommage à la ville qui l'a vu grandir et à ses habitants, le grand reporter tente de contrecarrer les images d'Épinal associées aux banlieues et d'humaniser un quartier trop souvent caricaturé - sans omettre, non plus, les rapports méfiants et difficiles envers la police et la colère, toujours plus grande, entre les tours.
Nanterre avant l'orage, Feurat Alani (scénario), Ulysse Gry (dessin), Steinkis, 28 mai 2026, 128 pages.
Un vent glacial
Une histoire d'un deuil dans l’immensité glacée. Au Groenland, Sialuk ne parvient pas à accepter la mort de son grand frère, Eino, survenu un an plus tôt, alors qu'il pêchait avec leur père sur la banquise. Hantée par la mort de celui-ci, l'adolescente espère toujours le revoir, comme si Eino allait venir la chercher pour quitter ces terres glaciales; eux qui rêvaient tous deux d'ailleurs, loin de leurs camarades inuits. Avec leur père, un grand taiseux, ils reviennent sur les lieux de la disparition d'Eino. Là où son traîneau s'est engouffré dans la banquise.
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Pour son premier album, Margot Englebert parvient, avec très peu de textes et des dessins aux crayons, à installer une ambiance douce et tendre au cœur de la toundra. L'autrice bruxelloise explore autant la disparition d'un être cher que celle des traditions bousculées par l'occidentalisation et d'un monde en extinction pour le peuple inuit.
Eino, Margot Englebert (scénario et dessin), Sarbacane, 6 mai 2026, 144 pages, 23 €
Penser et panser les violences sexuelles
Daniel, quadragénaire, a repoussé ce moment. Mais après une dispute avec son compagnon, il se décide à consulter un psychothérapeute - lui qui s'enfonce dans la dépression. Au fil des séances, ressurgissent les souvenirs de son enfance au Pérou dans la fin des années 1960, son quotidien dans la pension de famille tenue par sa mère, entouré de résidents et de visiteurs. Puis un week-end, son cousin Vincente, qu'il admire. Jusqu'à l'événement traumatique qu'il subit. Une réminiscence qui le conduit à repartir en Amérique du Sud pour se confronter à son passé.
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Rudy Ortiz, producteur de films pour la télévision et le cinéma né au Pérou, Sophie Révil, scénariste et réalisatrice, et Antonia Balados, artiste visuelle chilienne, signent à six mains, le récit de cette bouleversante tentative de reconstruction après un abus. Le roman graphique dissèque les répercussions des violences sexuelles à l'encontre des enfants, qui s'infiltrent dans toutes les parcelles du quotidien. Avec pudeur, et sans omettre la brutalité des violences, la honte qui surgit, malgré soi. Un album émouvant et nécessaire.
L’envol du pélican, Rudy Ortiz et Sophie Révil (scénario), Antonia Bañados (dessin), Sarbacane, 4 mars 2026, 192 pages, 26 €
À l'ère de Tinder
Suffit-il de swiper pour trouver l'amour de sa vie? Le destin de beaucoup se vit parfois sous algorithme. Ce qui séduit fait le récit des tribulations de Juliette sur les applications de rencontre. On y croise une galerie d'hommes - un accro au sexe, un qui ne couche pas, un autre très macho... et un dernier auquel la narratrice parle plusieurs heures par jour. Des réflexions féministes menées parfois avec humour, parfois avec gravité - en particulier, sur l'emprise et les rapports de domination et la violence masculine.
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Avec cette autofiction post-rupture, Juliette Boutant explore avec humour - et surtout finesse - les mécanismes de séduction moderne, et questionne les faux-semblants, les comportements toxiques et la quête permanente d'attention que chacun et chacune peut expérimenter sur les applis. Une chronique légère et féministe qui ne verse jamais dans la leçon de morale.
Ce qui séduit, Juliette Boutant (scénario et dessin), Bayard, 6 mai 2026, 164 pages, 22 €
Gare aux bistouris
Débusquer la meilleure version de soi-même. Inès, mal à l'aise avec son nez qu'elle juge atypique, croit en la promesse d'une clinique énigmatique. Elle tente ainsi sa chance avec un patch censé la rendre "zéro complexe", dans l'espoir de changer enfin l'image que lui renvoie son miroir. Toni, lui, vise la perfection physique quand Nadège veut lutter contre ses rides. Mais est-ce aussi simple?
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Avec cette dystopie qui n'est pas sans rappeler The Substance, Lucie Albrecht (déjà autrice de Sylvain et Bruits de couloir) signe une bande dessinée où le corps devient marchandise et terrain d'exploitation. Un body horror aux couleurs pop qui ne sombre pas dans la complaisance du gore, mais dévoile notre quête obsessionnelle de la perfection. Un récit garanti pur malaise qui décrit la fascination (ou le dégoût) de la médecine esthétique, cet engrenage houleux et addictif qui enrichit les uns sur le mal-être des autres.
Le Complexe, Lucie Albrecht (scénario, dessin et couleurs), Casterman, 4 mars 2026, 208 pages, 25 €
À l'ombre des souvenirs
Qu'il s'agisse d'une rencontre sous la pluie (Rainy day, 2016), de retrouvailles amicales (Little forest, 2015) ou d'un coucher de soleil observé depuis une gare routière (Bus station, 2013), Golo Zhao parvient toujours à émouvoir par sa justesse.
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Le dessinateur chinois, né en 1984, et diplômé des Beaux-Arts de Guangzhou puis de l'Académie cinématographique de Pékin, réunit pour la première fois ces courts récits poétiques, jamais publiés en France, dans un recueil de 350 pages. Des petites tranches de vie, à la fois douces et amères, qui se picorent au gré de l'été.
Sous un magnolia en fleurs, Golo Zhao (scénario, dessin et couleurs), Glénat, 1er juillet 2026, 360 pages, 25 €
Dans le vague
Redécouvrir un chef-d’œuvre. AJ Dungo raconte, avec pudeur et délicatesse, sa relation avec Kristen, rencontrée au lycée. Il tombe amoureux d'elle alors qu'elle est déjà atteinte d'un cancer des os, maladie qui l'emportera dix ans plus tard. Le récit alterne entre les souvenirs de leur histoire commune sur des tons bleu-vert et l'évocation de l'histoire des pionniers du surf, Duke Kahanamoku et Tom Blake, en sépia et ocre.
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Par cette dualité, l'auteur joue des contrastes entre le corps fort, harmonieux, en symbiose avec les éléments du surf et celui qui lâche, se dérobe sous la maladie. À l'occasion de la sortie du long-métrage d'animation, présenté à Cannes, la bande dessinée a été rééditée dans une version augmentée.
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In waves, AJ Dungo (scénario, dessin et couleurs), Casterman, 22 mai 2026, 392 pages, 26 €