Publié1. octobre 2026, 19:56

La Conversion/Lutry (VD)Le terrain bouge, les locataires ont trois mois pour partir

Les habitants de deux immeubles de Lutry doivent quitter les lieux d’ici fin décembre. Le terrain glisse, mais il est «sous surveillance active», assure le propriétaire.

Eva Lombardo

«On nous lance une bombe, puis on nous dit: démerdez-vous!» Au chemin des Villas 8 et 14, à Lutry (VD), dix-sept ménages doivent plier bagage d’ici au 31 décembre. La raison? Sous les bâtiments, le terrain glisse. «Les instruments enregistrent un mouvement de 0,5 à 0,8 millimètre par mois», nous confirme la commune.

Dans un courrier du 17 septembre, la régie évoque des «désordres majeurs» dans l’un des immeubles et des fissures affectant des éléments de structure porteuse dans l’autre. Depuis, des travaux de stabilisation ont été ordonnés. Face à des habitants qui se demandent si les lieux sont encore sûrs et comment se reloger, les réponses de la gérance se font attendre.

Des locataires laissés dans le flou

À ce stade, aucun effondrement imminent n’est évoqué. Mais l’alerte est suffisamment sérieuse pour que la Municipalité ait sommé le propriétaire de sécuriser le secteur d’ici au 31 décembre 2026, faute de quoi «l’autorisation d’habiter sera retirée». Le suivi géotechnique a débuté en juillet; la Commune assure n’avoir été informée de la situation qu’à la fin août, avant de recevoir les rapports techniques le 15 septembre.

«Décembre, c’est demain. Et cela fait trois semaines que nous n’avons aucune réponse claire»

Une locataire de 69 ans

Pour les locataires, les données géotechniques n’ont rien d'apaisant. À 69 ans, l’une d’elles redoute de devoir affronter seule un déménagement, sans savoir si les frais seront pris en charge, si la garantie de loyer pourra être libérée rapidement, ni même quelle aide lui sera accordée. «Décembre, c’est demain. Et cela fait trois semaines que nous n’avons aucune réponse claire», souffle-t-elle. Une séance réunissant régie, propriétaire, ingénieurs et Commune avait pourtant été annoncée pour répondre aux questions des résidents. «On attend toujours», lâche la locataire, agacée.

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«C'est sidérant»

Autre source de colère: plusieurs appartements auraient encore été reloués ces huit derniers mois, selon des témoignages concordants. Or, le suivi géotechnique n’a débuté qu’en juillet. «C’est sidérant et irrespectueux», réagit une locataire.

La Municipalité indique s’être rendue sur place avec la régie, l’Établissement cantonal d'assurance (ECA), l’ingénieur civil et le géotechnicien. Les services cantonaux ont également été saisis afin de déterminer si les immeubles voisins devaient être informés et, le cas échéant, dans quel périmètre.

Le propriétaire promet «une surveillance active»

De son côté, le propriétaire répond, par la voix de son avocat, que les désordres ont été découverts au printemps, après la rupture d’une colonne d’eaux usées. Les investigations menées depuis ont conclu à la réactivation d’un «plan de glissement de terrain préexistant». Selon le communiqué, des mesures de sécurisation immédiates ont été prises. Les deux immeubles sont désormais «sous surveillance active». L'avocat ajoute: «Une dégradation soudaine pourrait précipiter l’évacuation des résidents.»

Pour le propriétaire, l’évacuation n’est pas seulement liée aux travaux: elle répond aussi au risque d’une dégradation du terrain à l’approche de l’hiver. Le propriétaire et la régie assurent appuyer les candidatures des locataires auprès d’autres gérances et avoir accordé des «facilités de départ». Sans préciser, toutefois, la nature de ces mesures ni l’éventuelle prise en charge des coûts d’un relogement imposé.

Eva Lombardo

Eva Lombardo (elo) est journaliste au sein de 20 Minutes depuis 2026.

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