Sept membres d’une fraternité sont accusés d’avoir violé lors d’une même nuit une étudiante. Les faits avaient déjà été signalés en 2024. L’enquête vient d’être rouverte.

Des étudiants marchent sur le campus de l’université Cornell, le 30 septembre 2026, à Ithaca (New York).

SPENCER PLATT / Getty Images via AFP

Des étudiants marchent sur le campus de l’université Cornell, le 30 septembre 2026, à Ithaca (New York).

Une affaire glaçante de viol en réunion suscite une indignation croissante aux États-Unis. Jane Doe, ancienne étudiante de la très prestigieuse université américaine de Cornell, accuse sept hommes membres d’une fraternité de l’avoir alcoolisée, droguée et violée fin 2024. La jeune femme avait alors porté plainte, mais les autorités n’avaient pas jugé nécessaire d’engager des poursuites judiciaires.

Dans une nouvelle plainte déposée le 16 septembre 2026, la jeune femme détaille avoir vécu des agressions sexuelles et viols pendant des heures, alors qu’elle s’était initialement rendue à la fraternité de Chi Phi pour voir un ami. Elle livre plusieurs détails sordides, comme des messages envoyés par ses agresseurs présumés sur un groupe Snapchat, ou le fait que certains aient sniffé de la kétamine directement sur son corps alors qu’elle était incapable de réagir.

Largement relayée et commentée en ligne, cette plainte a suscité une avalanche de réactions de personnes s’indignant qu’aucune poursuite judiciaire n’ait été lancée lors du premier signalement par la victime auprès de la police. Les visages et les noms des agresseurs présumés ont été publiés en ligne. L’enquête a finalement été rouverte ce lundi 28 septembre.

• Une soirée alcoolisée qui vire au cauchemar

Les faits présumés remontent à la nuit du 19 au 20 octobre 2024. À l’époque, Jane Doe est étudiante à l’université de Cornell depuis deux ans. Elle est âgée de 20 ans. La soirée débute par quelques verres d’alcool, pris dans le cadre d’une fête organisée par sa sororité. Puis, vers minuit, elle se rend à la maison de la fraternité de Chi Phi pour voir un homme qu’elle considérait comme un ami.

La maison de fraternité de Chi Phi, sur le campus de l’université Cornell, à Ithaca, dans l’État de New York, le 30 septembre 2026.

SPENCER PLATT / Getty Images via AFP

La maison de fraternité de Chi Phi, sur le campus de l’université Cornell, à Ithaca, dans l’État de New York, le 30 septembre 2026.

Selon la plainte, à son arrivée, l’homme et ses amis lui donnent de la bière, du cannabis, du rhum et de la kétamine. Elle affirme n’avoir jamais pris de kétamine avant et qu’elle a été forcée d’en consommer. Un plan à trois lui est ensuite proposé, ce qu’elle accepte.

Mais celui-ci se transforme en cauchemar lorsque, tout au long du reste de la nuit et jusqu’à près de 6 heures du matin, sept hommes l’agressent sexuellement sans son consentement. La jeune affirme avoir subi des fellations forcées, des pénétrations, et avoir été giflée à plusieurs reprises avec une telle violence qu’elle a eu des ecchymoses.

• Des messages glaçants sur un groupe Snapchat

Dans cette nouvelle plainte, qui comporte une centaine de pages, une capture d’écran glaçante a été jointe. Celle-ci montre que, aux alentours de 1 h 42 du matin, un des agresseurs présumés, Jonathan Newell, a envoyé un message dans un groupe Snapchat de la fraternité. Il y invitait ses « frères » à venir profiter de la « chatte gratuite » qu’il y avait à l’étage.

« Genre tu peux juste te pointer et la sortir », a ensuite renchérit l’un des membres de la fraternité, en parlant du sexe masculin. Plus tard, un autre étudiant a demandé si le « magasin était toujours ouvert ». La réponse fut « Oui », rapporte CBS News, qui a eu accès à l’entièreté de la conversation. Des propos particulièrement choquants et dégradants, qui témoignent de la violence de cette nuit. Jane Doe s’est dite « traumatisée, engourdie et incapable de fonctionner ou d’accepter l’horreur de ce qui s’était passé » dans les jours qui ont suivi l’agression, selon son avocat.

Une capture d’écran révélée par CBS News du groupe Snapchat de la fraternité de l’université de Cornell dont des membres sont accusé de viol en réunion.

CBS News

Une capture d’écran révélée par CBS News du groupe Snapchat de la fraternité de l’université de Cornell dont des membres sont accusé de viol en réunion.

• Une plainte laissée de côté pendant deux ans

Quelques semaines après, la jeune femme a le courage de signaler les faits à la police de l’université Cornell, le 8 novembre 2024. Son récit reste flou en raison de trous de mémoire, mais sa plainte inclut des éléments importants tels que les captures d’écran du groupe Snapchat.

Pourtant, la plainte ne donne pas suite. Le procureur du comté de Tompkins a indiqué ce lundi que, « la déclaration sous serment de Jane Doe n’alléguait pas qu’elle avait été droguée contre son gré ou qu’elle avait été victime d’un viol collectif ». « Au contraire, la déclaration de Jane Doe décrit sa participation à la consommation de drogue et aux rapports sexuels comme volontaire, consciente et consentie », a-t-il ajouté.

Le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, réponds aux questions de CNN le 29 septembre 2026 au sujet d’une affaire de viol en réunion à l’université de Cornell.

Le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, réponds aux questions de CNN le 29 septembre 2026 au sujet d’une affaire de viol en réunion à l’université de Cornell.

Deux jours plus tard, CBS News, qui a eu accès au contenu de cet entretien, indique que Jane Doe avait pourtant déclaré lors de cet entretien : « Je peux affirmer avec une certitude absolue que j’ai été violée. » Elle avait également expliqué ne pas avoir exprimé son non-consentement à voix haute, et qu’elle était « complètement et totalement incapable de se défendre ».

Face à ces révélations, le procureur du comté de Tompkins, a assuré ne pas avoir eu accès à ces propos. « Si elle avait prononcé ces mots, nous aurions certainement voulu approfondir la question », a-t-il déclaré. Mais l’avocat de Jane Doe, Thomas Giuffra, bouillonne : « Que fallait-il de plus à Van Houten pour mener une enquête approfondie et engager des poursuites ? Il avait le témoignage d’une femme qui avait déclaré à un policier avoir été violée et une conversation de groupe incitant à des agressions sexuelles. Son inaction est choquante. »

• L’indignation grandit sur les réseaux sociaux

L’affaire a particulièrement fait réagir sur les réseaux sociaux. En soutien à la victime présumée, certains internautes partagent le message : « Je suis Jane Doe » (I am Jane Doe ») ou encore « Jane Doe, nous sommes à tes côtés » (Jane Doe, we stand with you »). Le média étudiant The Cornell Daily Sun a rendus publics les noms des agresseurs présumé, dans un article intitulé « Cornell ne le fera pas, nous le ferons ». Depuis, leurs portraits circulent en ligne.

Selon Mélanie Millette, experte en communication sociale et publique, « il y a des milliers et des milliers de publications qui commentent l’affaire, notamment toute la sphère de TikTok qui est féministe, mais pas que. […] J’ai vu aussi plusieurs témoignages d’hommes complètement dépassés, dégoûtés », a-t-elle indiqué au média québécois Le Devoir. « Je pense que presque dix ans après la première vague #MeToo, les gens sont outrés de voir que ça n’a pas ou peu changé », a-t-elle ajouté.

Plusieurs personnalités ont aussi réagi à l’affaire, à l’image de l’actrice Florence Pugh (Dune 2, Midsommar) qui a appelé les hommes à prendre la parole. « C’est vraiment dans ces moments-là que nous avons besoin que nos hommes soient aussi horrifiés et révoltés que nous », a-t-elle écrit dans une publication Instagram.

• L’université accusée d’avoir « protégé » les agresseurs présumés

Un élément ajoute encore à cette indignation. D’après la plainte déposée mi-septembre, seuls deux des agresseurs présumés ont été exclus de l’université de Cornell. D’autres ont pu atténuer leurs punitions en « soumettant des dissertations », affirme la plainte. Jane Doe a, elle, rapidement abandonné ses études après les faits.

Une vue de l’université de Cornell, dans la ville d’Ithaca dans l’État de New York.

Walter Bibikow / Getty Images

Une vue de l’université de Cornell, dans la ville d’Ithaca dans l’État de New York.

La représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez a accusé l’institution d’avoir « protégé » ces jeunes hommes. De son côté, l’université a en partie réfuté ces affirmations, déclarant qu’« aucune des personnes inculpées n’a eu la possibilité de rédiger une dissertation comme seule conséquence de sa participation. » Elle assure qu’une série de sanctions disciplinaires a été prise contre les personnes concernées, allant « jusqu’à l’exclusion et la suspension » de Cornell.

La gouverneure de l’État de New York a déclaré ce mercredi s’être entretenue avec le président de l’université. Ce dernier a accepté de permettre « une enquête extérieure indépendante sur ce qui s’était passé », a-t-elle indiqué. « Ils comprennent l’importance de cela », a-t-elle précisé sur X, ajoutant que « cette culture doit cesser ». Un sentiment partagé par plusieurs étudiants de l’université. L’un d’eux a déclaré à la BBC : « Je pense que la culture des fraternités est hors de contrôle de nos jours ».