Les entreprises encore peu nombreuses à réclamer de l’aide…
Malgré les nouvelles secousses provoquées par la guerre commerciale avec les États-Unis, les entreprises québécoises sont encore peu nombreuses à cogner à la porte du gouvernement pour obtenir de l’aide financière.
Depuis son lancement par le gouvernement provincial, le 22 août dernier, le Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques (FORCE) n’a reçu que 12 demandes, selon des données obtenues par Le Devoir.
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, avait annoncé ce programme spécial au lendemain de la rupture des négociations entre Ottawa et Washington. Piloté par Investissement Québec, le programme vise à soutenir les entreprises touchées par les nouveaux tarifs douaniers américains en leur offrant des prêts assortis d’un moratoire sur le remboursement du capital.
Une autre initiative récemment mise sur pied par Québec connaît elle aussi un démarrage modeste. Le nouveau « groupe tactique » du gouvernement, conçu pour aider les entreprises à remplacer leurs fournisseurs américains par des partenaires d’ici ou à trouver de nouveaux débouchés au Canada, reçoit encore peu de demandes.
Cette faible mobilisation n’inquiète toutefois pas Marie-Eve Jean, vice-présidente aux exportations chez Investissement Québec International. « Pour beaucoup de PME, on est encore probablement dans le stade d’analyse pour voir : est-ce que j’ai vraiment un problème et quelle est l’envergure de mon problème ? Tout le monde essaie encore de décoder les annonces », nuance-t-elle en entrevue avec Le Devoir.
Sans pouvoir préciser le nombre d’entreprises ayant contacté le groupe tactique, Mme Jean assure que les demandes commencent à affluer par courriel et par téléphone. Elle anticipe d’ailleurs une hausse rapide du volume dans les prochains jours et semaines, au fur et à mesure que les entreprises « prendront la mesure » de la situation.
Depuis le 22 août, une vaste gamme de produits canadiens est frappée de tarifs de 50 % par le gouvernement américain. Selon Christine Fréchette, ces droits de douane touchent des exportations québécoises d’une valeur de 7,7 milliards de dollars. Ottawa a répliqué le 8 septembre en imposant à son tour des contre-tarifs sur près de 28 milliards de dollars de produits américains.
Changer de fournisseurs
Avec cette équipe tactique, Québec veut aider les entreprises à remplacer les intrants américains surtaxés par des alternatives locales ou canadiennes. Même si l’exercice offre de belles opportunités, il n’en demeure pas moins complexe, reconnaît Marie-Eve Jean. « Si c’était facile de repérer ces composantes de remplacement, la plupart des entreprises l’auraient déjà fait, compte tenu de l’incertitude des 18 derniers mois », souligne la vice-présidente d’Investissement Québec International.
Si certaines pièces de base s’échangent aisément contre des équivalents canadiens, le remplacement s’avère nettement plus corsé dans le cas des composants hautement spécialisés ou des produits chimiques. « C’est difficile, parce qu’on parle souvent de chaînes de valeur qui existent depuis très longtemps. Substituer des fournisseurs, c’est un engagement de la part de l’entreprise et ça a un coût », rappelle-t-elle.
Les entreprises de partout au pays doivent désormais composer avec plusieurs couches de mesures commerciales : les nouveaux tarifs américains de 50 %, ceux qui étaient déjà en vigueur et, depuis lundi, les contre-tarifs imposés par le gouvernement canadien.
Le président américain, Donald Trump, a également riposté aux dernières mesures canadiennes en interdisant l’entrée aux États-Unis de certains produits canadiens, notamment l’alcool. Les analyses suggèrent toutefois que ces dernières mesures devraient avoir des effets relativement modestes sur l’économie canadienne.