Ces animaux peuplent presque tous les écosystèmes, des mousses aux abysses. Ils tolèrent des conditions qui seraient mortelles pour la plupart des êtres vivants. Ils ont été congelés, desséchés, exposés aux radiations cosmiques et même envoyés dans l'espace.

Le secret de leur résilience réside dans la cryptobiose, un état d'hibernation extrême – ou "dormance" – où le métabolisme, en quelque sorte, s'éteint. En l'absence d'humidité essentielle à leur métabolisme, le tardigrade expulse l'eau de son corps, protège son ADN et ses cellules grâce à des molécules spécifiques et se compacte en une forme sphérique. Lorsque les conditions redeviennent favorables, il se réactive.

Ce mécanisme, fruit de millions d'années d'évolution, fait encore l'objet de recherches. Les scientifiques supposent que les tardigrades peuvent réparer leur ADN endommagé ou le protéger grâce à une sorte de bouclier naturel contre les rayons ultraviolets.

« Progressivement, le tardigrade se contracte, se raccourcissant de l’avant vers l’arrière, tandis que son corps perd presque toute son eau, jusqu’à 95%. Ce lent processus peut durer plusieurs heures, selon les espèces. À la fin, l’animal n’a plus tout à fait la même allure : il adopte une forme compacte, ratatinée, qui évoque un minuscule tonneau, d’où le nom de «tun» (tonnelet en anglais) qui lui a été donné. »

« Ce cryptobiote est une sorte de vaisseau atemporel qui permet au tardigrade de patienter jusqu'à ce que l'eau réapparaisse », image Simon Galas. Sous cette forme, il résiste à tout : la très basse température de l'hélium liquide (-272 °C), les chaleurs extrêmes de planètes proches du Soleil (+151 °C), des niveaux de radiation 2.000 fois supérieurs à ceux que les cellules humaines peuvent tolérer, des pressions abyssales valant 74.000 fois celle de l'atmosphère en surface. »

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« Notre laboratoire a été le premier à observer avec succès ce qui se passe à l’intérieur d’une espèce de tardigrade (Hypsibius exemplaris) lorsqu’elle entre en cryptobiose. Dans cet état, cette espèce se miniaturise en perdant 38 % de son volume et fabrique une sorte de rempart visible autour de chacune des cellules qui composent son corps. Cette structure disparait progressivement au cours de la réanimation de l’animal. »

Mais comment les tardigrades font-ils, concrètement, pour réaliser de telles prouesses ?

La réponse est évidemment à chercher dans leurs gènes, dont près de 40 % nous sont inconnus.

Dit autrement, ils n’existent chez aucune autre espèce vivante. C’est ce qu’ont découvert les premiers chercheurs à avoir réalisé un séquençage complet de leur génome, c’est-à-dire à avoir cartographié leur ADN, à partir de 2015-2016.

« Le phénomène porte un nom un peu austère : le transfert horizontal de gènes. Contrairement à la transmission verticale classique, ce mécanisme permet à un organisme d’intégrer dans son génome des fragments d’ADN provenant d’espèces totalement différentes, sans lien de parenté directe. Chez les bactéries, ce processus est bien connu. Elles échangent des gènes comme on s’échange des outils, parfois pour résister à un antibiotique, parfois pour exploiter une nouvelle source de nourriture. Mais chez les animaux, et a fortiori chez les animaux multicellulaires, ce phénomène était longtemps considéré comme marginal, presque anecdotique. Jusqu’à l’arrivée des tardigrades sur le devant de la scène »

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10 min

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France Inter

4 min

Myriam Richaud et Simon Galas publient Incroyables tardigrades ! aux éditions Point Nemo.