Publié19. juillet 2026, 12:00

Transport aérienLufthansa fait face à une minirébellion du personnel de Swiss

Le malaise grandit au sein de la très rentable compagnie helvétique, que sa maison mère allemande priverait peu à peu de son autonomie.

Arnaud Gallay

La compagnie à croix blanche est une filiale de Lufthansa depuis plus de 20 ans.

La compagnie à croix blanche est une filiale de Lufthansa depuis plus de 20 ans.IMAGO/Ardan Fuessmann

«C'est un symbole de résistance silencieux», résume la «NZZ am Sonntag». À bord des vols Swiss, le personnel de cabine ignore délibérément la consigne de rappeler aux passagers que la compagnie est membre de Lufthansa Group. Pourtant, il en a l'obligation depuis février. Cette bravade serait emblématique du climat au sein de la compagnie à croix blanche, filiale du géant allemand du transport aérien.

Swiss est la vache à lait de Lufthansa Group. Elle a réalisé un bénéfice cumulé de près de 2 milliards de francs au cours des trois dernières années, soit environ 700 millions de plus que l'ensemble des autres compagnies aériennes du groupe, Lufthansa comprise. Les réductions de coûts qu'on lui impose passent d'autant plus mal, sans parler de la perte d'autonomie au niveau des horaires, de la tarification ou des programmes de fidélité. On est loin des promesses de 2005, lors du rachat de la jeune compagnie née sur les cendres de Swissair. Lufthansa promettait alors une large autonomie au transporteur helvétique.

Vers une seule compagnie?

Le patron de Swiss, Jens Fehlinger, est l'artisan de ce rapprochement forcé. Même les prestations à bord, qui différencient Swiss sur son créneau premium, pourraient être menacées. La directrice commerciale, Heike Birlenbach, est sur le départ et ne sera pas remplacée.

Même si Lufthansa Group le dément, une consolidation des services permettrait de réaliser des économies, sous la pression des actionnaires, insatisfaits de la rentabilité de Lufthansa. À terme, certains experts envisagent même la fusion de toutes les marques nationales de Lufthansa Group (Austrian, Swiss, Brussels Airlines…) sous une identité unique.

Genève reste en piste

Interviewé dans le «SonntagsBlick», le patron de Lufthansa Group revient sur ces critiques. Très rentable, Swiss n'est pas soumise à un plan d'économies aussi draconien que le reste du groupe, assure Carsten Spohr. «La réduction des coûts administratifs est de 20%; chez Swiss, ce n'est que de 10%, car Swiss est déjà très agile.» Et de rappeler l'objectif du groupe dans une industrie mondialisée: être No 1 en Europe et No 4 dans le monde. Nous sommes fiers que Swiss fasse partie de notre groupe. Et Swiss tire profit de son appartenance au groupe.»

Au passage, Carsten Spohr revient aussi sur la présence de la compagnie à Cointrin, où elle est déficitaire depuis de longues années. Il laisse entendre qu'il n'est pas question d'abandonner l'aéroport romand. «Nous défendons des modèles économiques viables à Genève. Notre principal concurrent (ndlr: EasyJet) fait actuellement l'objet d'une OPA. Nous ignorons les projets du nouvel investisseur. Il règne donc une certaine incertitude. Mais quoi qu'il en soit, je tiens à le souligner: nous voulons continuer à desservir toute la Suisse.»

Arnaud Gallay

Arnaud Gallay (arg) est journaliste à 20 minutes depuis 2009. Ses sujets de prédilection: actu internationale, genre/sexualités, mobilité et faits divers.

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