l'essentiel Le suicide de Joris, 21 ans, bouleverse l'Isère. Sa famille est convaincue que le jeune homme, victime de harcèlement et d'insultes racistes depuis plusieurs années, a été poussé au désespoir après une ultime humiliation lors d'une fête de village à Saint-Jean-de-Bournay le 30 juin. Elle lance aujourd'hui un appel à témoins pour faire toute la lumière sur les circonstances du drame.

La famille de Joris, 21 ans, est en quête de réponses. Mi-juillet, le jeune homme originaire d'Isère a mis fin à ses jours au sommet d'une colline avec l'arme de son père. Un geste dramatique motivé selon ses proches par le harcèlement raciste dont il était victime depuis plusieurs années. Plus précisément, une fête de village survenue le 30 juin, soit deux semaines avant son suicide, aurait précipité son acte désespéré. 

La famille du jeune cariste qui habitait le village de Châtonnay a donc lancé un appel sur les réseaux sociaux cherche pour tenter de recueillir des témoignages. Ils espèrent ainsi "faire la lumière" sur les événements de la vogue de Saint-Jean-de-Bournay du 30 juin. 

"Leur bouffon de service"

Selon les déclarations de ses proches, Joris subissait régulièrement des insultes à caractère raciste. "On le traitait de sale bougnoule, de sale Arabe. Il commençait même à être complexé, et disait à son père qu’il regrettait sa peau mate. Il tenait sa couleur de peau de sa mère, qui est ma sœur. Nous sommes des Français d’origine algérienne", a raconté son oncle, qui a souhaité garder l'anonymat, dans les colonnes de France 3 Auvergne-Rhone-Alpes. Il décrit un jeune homme "très sérieux, très gentil" qui travaillait comme cariste dans la même entreprise que son père. "Il économisait pour s’acheter une maison, c’était son rêve", poursuit son oncle.

Son harcèlement aurait débuté à ses 18 ans, lors de la fête des conscrits, une tradition locale. Le jeune homme, qui y a retrouvé d'anciens camarades de collège, est alors rapidement devenu leur cible, "leur bouffon de service", et les blagues se sont vite transformées en humiliations. "Ils lui ont offert un t-shirt avec écrit 'DZ Pagu' dans le dos, ça veut dire 'l'Algérien campagnard'. Joris en a été très affecté, il a commencé à perdre confiance en lui. Il se sentait rejeté", se souvient son oncle.

"Mis tout nu et humilié publiquement"

L'humiliation de Joris aurait visiblement culminé le 30 juin dernier lors de la vogue de Saint-Jean-de-Bournay. Alors qu'il se trouvait avec une copine, il aurait à nouveau essuyé une pluie d'insultes racistes avant d'être agressé physiquement. Selon l'un des témoignages recueillis, Joris aurait été "mis tout nu et humilié publiquement" par le même groupe ce soir-là, rapporte l'avocate de la famille.

Une énième humiliation qu'il aurait particulièrement mal vécue.  Deux semaines plus tard, son corps sans vie a été retrouvé au sommet d'une colline à proximité de chez lui. "Il s’était tiré une balle avec la chevrotine de son père", relate son oncle.

Convaincus du lien entre son harcèlement et son suicide, la famille a déposé plainte auprès du parquet de Vienne, a annoncé leur avocate Me Elise Rey-Jacquot. Elle a par ailleurs demandé le transfert de l'enquête vers une autre brigade de gendarmerie, les proches de la victime craignant que la réputation des auteurs présumés, des sportifs connus dans le coin, n'entrave le bon déroulement des investigations.