Lundi matin, Liège a vu des milliers d'étudiants se mobiliser devant les établissements scolaires de la ville pour dénoncer les différentes réformes imposées par le gouvernement Arizona. Devant l'Institut Saint-Luc, rue des Anglais, ils étaient quelques dizaines à manifester pacifiquement "pour sauver leur avenir". Sam, étudiante en bac1 en Technologue de laboratoire, était présente pour dénoncer la hausse du minerval, mais aussi la fin de l'abonnement TEC à 12 euros pour les jeunes.

Les étudiants se sont mobilisés devant l'Insitut Saint-Luc.
Les étudiants se sont mobilisés devant l'Insitut Saint-Luc. ©L.N.

"Mes parents gagnent juste un peu trop pour que ma sœur et moi puissions être boursières, confie-t-elle. 1 200 euros pour nous deux, mes parents ne savent pas comment ils vont faire". De plus, l'étudiante habite à Aywaille. "Je travaille tous les week-ends pour aider dans le financement de mes études et de mes trajets en train et, en plus de ça, je dois me lever à 5 heures du matin pour être à l'heure en cours, c'est déjà suffisamment dur comme ça", déplore-t-elle.

Des casseurs ont infiltré les rangs.
Des casseurs ont infiltré les rangs. ©L.N.

Présence policière

Quelques rues plus loin, en Hors-Château, de nombreux élèves arboraient des pancartes accusant notamment la ministre Valérie Glatigny de "détruire l'enseignement". Si devant plusieurs établissements, la mobilisation est restée "bon enfant", à proximité de l'Institut Marie-Thérèse, rue Delfosse, la situation est rapidement devenue tendue.

La présence policière devant l'école semble avoir mis le feu aux poudres. Pour rappel, les différents pouvoirs organisateurs, en concertation avec le bourgmestre Willy Demeyer, ont décidé de rouvrir les établissements dès lundi malgré le mouvement étudiant déjà bien présent la semaine précédente. Parmi les mesures prises pour "accueillir les jeunes dans la sérénité et la sécurité", citons la présence de policiers et d'éducateurs de rue.

C'est à l'arrivée de l'autopompe que des casseurs, qui ont infiltré le mouvement, se sont révoltés, parfois dans la violence. Feu aux poubelles, lancers de pavés, arrachage de mobilier urbain, les dégâts sont importants. Une situation que de nombreux élèves, venus "pour se faire entendre et non pour tout détruire" ont dénoncée. Parmi eux, une jeune fille qui n'a pas hésité à réprimander un jeune homme bien décidé à arracher le panneau d'une agence immobilière avant de renoncer sous la pression. "C'est ridicule d'en arriver là, à quoi ça sert de tout brûler ?", s'insurge une autre.

Devant l'Académie des Beaux-Arts, rue des Anglais.
Devant l'Académie des Beaux-Arts, rue des Anglais. ©L.N.

Des jeunes s'interposent

ll faut écrire que la majorité des élèves présents, bien que particulièrement galvanisés par les événements, ont refusé de participer aux casses. D'autres, "venus pour voir les choses dégénérer", ont participé au saccage. Alors qu'un cycliste passait par la place Saint-Barthélemy, des garçons lui ont dérobé son vélo pour alimenter un feu de poubelles. Un adulte présent pour s'assurer que personne ne soit blessé a décidé de s'interposer pour ne pas pénaliser le citoyen et lui rendre son vélo. Cela n'a pas plu à deux jeunes hommes, qui ont décidé de frapper le cycliste qui tentait de fuir. Ce dernier, terrorisé et abasourdi, s'est ensuite fait courser par une partie de la foule.

Le cortège s'est ensuite rendu sur la place Saint-Lambert et à proximité de l'Opéra, où les choses ne se sont pas calmées. Au total, peu avant 13 heures, la police de Liège avait procédé à 16 arrestations.

Le Comité des Élèves Francophones réagit

Le Comité des Élèves Francophones, qui suit la situation de près, a tenu à réagir en marge des débordements qu'il qualifie de "dommageables". Néanmoins, il ajoute que "ces dégâts matériels ne peuvent pas être comparés aux violences institutionnelles bien réelles vécues au quotidien par les élèves : des conditions d'apprentissage dégradées, l'invisibilisation de leurs inquiétudes, ou encore une société qui ne leur offre aucune garantie d'avenir serein".

Le Comité dénonce le manque "d'espaces réels de participation dans les écoles" et assure que, "tant que le pouvoir politique refusera d'outiller et de reconnaître un véritable pouvoir démocratique aux jeunes, s'étonner que leur colère déborde hors des cadres institutionnels, dans la rue, relève de l'aveuglement".

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.