Marina Vlady, la grande actrice qui n'est jamais devenue une icône
C'est un des derniers grands visages féminins du cinéma français des années 50-60 qui nous a quittés jeudi. Marina Vlady est décédée à l'âge de 88 ans. Elle est morte "chez elle, entourée de ses proches et de ses animaux", ont indiqué ses enfants dans un communiqué adressé à l'AFP.
Avec à son actif une centaine de films pour le cinéma et la télévision, elle restera comme une très grande actrice tout en occupant une place un peu paradoxale dans la mémoire collective. Elle ne sera jamais devenue une icône populaire à l'image de Brigitte Bardot et de Catherine Deneuve. Si elle partageait avec elles une très grande beauté et la chevelure blonde, elle n'a jamais été aussi sulfureuse que la première et aussi insolente que la seconde. Elle n'aura pas non plus été aussi marrante que Mylène Demongeot qui était aussi de ses contemporaines.
Marina Vlady, la blonde de trop ?
Brigitte Bardot est devenue beaucoup plus qu'une actrice. Elle était l'incarnation de la libération des années 60, tandis que Catherine Deneuve s'est progressivement construit une image de star française au point de devenir une institution. Marina Vlady, elle, est demeurée insaisissable, comme entre deux eaux. Un peu la blonde de trop…
Restée à l'écart du star-system, elle n'est jamais devenue une marque en tant que telle, identifiable instantanément par toutes les générations.
A-t-elle cependant un jour ambitionné d'accéder à ce statut d'icône ?
La Princesse de Clèves
Née Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff, fille de parents russes émigrés, elle a commencé comme petit rat à l'Opéra de Paris et fait ses premiers pas à l'écran à 11 ans seulement. Prisée pour sa beauté slave et ses cheveux blonds, son premier grand rôle date de 1954, dans Après le déluge d'André Cayatte.
Sa rencontre avec Robert Hossein, qu'elle épouse et avec qui elle tournera à plusieurs reprises, la propulse dans une autre dimension avant qu'elle ne connaisse la consécration avec La Princesse de Clèves, de Jean Delannoy.

"Ce film pour lequel nous obtînmes le plus grand succès public des années 1960, plusieurs prix dans les festivals, un prix d'interprétation Femina Belge pour le rôle-titre, fut littéralement assassiné par la grande majorité de la critique parisienne", a-t-elle écrit dans ses mémoires publiés en 2005 chez Fayard (24 images/seconde : séquences de mémoire). "En province et à l'étranger, nous ne recevions que des éloges. Dans la capitale du 'bon goût', une cabale de snobs s'attaqua à Jean Delannoy d'une manière inique, comme si le talent se devait d'être toujours inversement proportionnel à la satisfaction des spectateurs. Qu'importe : le film a résisté à l'épreuve du temps et ceux qui l'ont dénigré ne sont déjà plus de ce monde…"
Godard, Tavernier, Orson Welles…
Deux ans plus tard, comme un pied de nez à cette intelligentsia parisienne, Marina Vlady décrochait le prix d'interprétation féminin à Cannes pour Le Lit conjugal de Marco Ferreri. Difficile alors de ne pas l'imaginer partie pour tutoyer les sommets et rivaliser avec les plus grandes stars du moment. Mais voilà, il lui a probablement manqué LE film qui lui aurait ouvert les portes de la catégorie des monstres sacrés, son Et Dieu… créa la femme.

Cela ne l'a cependant pas empêché de tourner avec les plus grands, de Jean-Luc Godard (Deux ou trois choses que je sais d'elle) à Ettore Scola (Splendor), en passant par Bertrand Tavernier (Que la fête commence) et Orson Welles (Falstaff).
Une artiste dispersée
Peut-être Marina Vlady s'est-elle aussi un peu trop dispersée pour devenir l'égale des B.B. et autres Deneuve. Dès les années 50, elle a tourné pour la télévision. En 1974, elle est au générique de la mini-série Les Charmes de l'été. À la fin des années 80, il y a eu Condorcet, autre mini-série, et Dans un grand vent de fleurs quelques années plus tard.
De ces expériences au petit écran, son succès pouplaire le plus éclatant reste cependant La Chambre des dames de Yannick Andréi, avec la musique de Vladimir Cosma. Les dix épisodes ont été diffusés sur TF1 en 1984.
Marina Vlady, deux, trois choses que l'on sait d'elleAu cinéma et à la télévision, ajoutez, pour que le portrait soit presque complet, le théâtre, mais aussi la littérature avec 14 livres portant sa signature. Et la musique avec trois 45 tours et un album, avec au chant, Vladimir Vyssotski, poète, chanteur et comédien russe qu'elle épousa en 1970. Leur couple était très populaire de l'autre côté du Rideau de fer.
Femme engagée, elle avait signé en 1971 le Manifeste des 343 en faveur du droit à l'avortement.
Si Marina Vlady n'a jamais accédé au rang de méga star à l'image de Brigitte Bardot, sa carrière, sous toutes ses formes, la consacre certainement comme une très grande artiste. Inclassable, certes, mais immense tout de même.
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