Retour sur la liaison de Marlene Dietrich avec Joseph Kennedy, puis avec son fils John, des années plus tard à la Maison Blanche...

Retour sur la liaison de Marlene Dietrich avec Joseph Kennedy, puis avec son fils John, des années plus tard à la Maison Blanche...

© Getty Images

CES COUPLES PEOPOLITIQUES OUBLIĖS (3/4) - Avant Justin Trudeau et Katy Perry, d’autres politiques et célébrités se sont aimés. Des histoires longues ou brèves, en pleine lumière ou secrètes, dans lesquelles des mondes que tout semble opposer s’entremêlent.

On connaît la vie amoureuse libérée de Marlene Dietrich et le penchant de Joseph Kennedy pour les actrices, manifestement transmis à son fils John Kennedy. Un peu moins que les trois sont liés. Quand les pages du journal intime du critique de théâtre anglais Kenneth Tynan sont publiées par le « New Yorker » en 2000, le public découvre que le président américain a bel et bien partagé son lit avec l’actrice allemande… vingt-cinq après la liaison de celle-ci avec son propre père.

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Quand elle rencontre à l’été 1938 Joseph Kennedy, ou plutôt monsieur l’ambassadeur des Etats-Unis au Royaume-Uni, Marlene Dietrich a pris ses quartiers dans le sud de la France près de Cannes, au réputé Hôtel du Cap. L’actrice alors âgée de 37 ans voit sa carrière ralentie depuis que la Paramount l’a remerciée avec un joli chèque. Refusant catégoriquement de devenir la star des studios allemands de l’UFA, malgré l’insistance d’un certain Hitler et de son ministre Joseph Goebbels, L’Ange bleu profite de cet entre-deux pour passer du temps avec son mari Rudolf « Rudi » Sieber et leur fille de 14 ans Maria. Couple libre, la maîtresse de Rudi, Tama Matul est également du voyage, de même que l’écrivain germano-américain Erich Maria Remarque, l’amant de Marlene, du moins à cette période.

Marlene Dietrich et sa fille Maria en Allemagne en 1931.

Marlene Dietrich et sa fille Maria en Allemagne en 1931.

© ullstein bild via Getty Images

C’est également en famille que Joseph Kennedy débarque dans une villa privée voisine de l’Hôtel du Cap avec sa femme Rose et leurs neufs enfants, depuis l’ambassade américaine de Londres qu’il a investie six mois plus tôt. Le penchant du politicien de 49 ans pour les actrices est alors réveillé lorsqu’il croise Marlene Dietrich. Un faible qui ne l’a manifestement pas quitté depuis ses années de grand patron de studios hollywoodiens partagées avec sa célèbre maîtresse Gloria Swanson… Joe Kennedy se met à rendre régulièrement visite à Marlene Dietrich dans son cabanon privé, tandis que ses enfants sympathisent avec sa fille Maria.

Un amant peu investi, pour une femme aussi expérimentée ?

« Il la trouvait fascinante, intelligente et irrévérencieuse, tandis que Marlene était sensible à la joie évidente que Joe éprouvait auprès de ses enfants », écrit l’historienne américaine Cari Beauchamp, dans sa biographie consacrée à Joseph Kennedy, publiée en 2009. « Il était déjà âgé à l’époque, mais charmant », lorsqu’il se mit à la « suivre partout ». L’auteure rappelle alors les confidences de Glorian Swanson sur l’amant « enthousiaste, mais dépourvu d’imagination » qu’était l’ambassadeur : « Il était comme un cheval entravé, brutal, impétueux, luttant pour se libérer », pour qui l’acte ne durait que quelques minutes.

Un amant peu investi, pour une femme aussi expérimentée que Marlene Dietrich ? Si la star passe son été dans les bras de Joe, c’est davantage pour leurs conversations animées. Tous deux partagent le même vécu des studios hollywoodiens et de la notoriété, un certain goût pour les ragots. Et tous deux sont du genre individualistes et plein d’assurance, avec des avis tranchés sur la politique internationale entre les Etats-Unis et l’Allemagne, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

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John Kennedy entouré de ses soeurs Eunice et Patricia, lors de leurs vacances à Cannes en 1935.

John Kennedy entouré de ses soeurs Eunice et Patricia, lors de leurs vacances à Cannes en 1935.

© Bettmann Archive/Getty Images

Avant de repartir à Paris à la fin de l’été, Marlene et sa famille participent à un bal organisé par l’auteure américaine et reine des soirées mondaines Elsa Maxwell. Sur la piste de danse, l’actrice accorde une danse au fils de son amant, John Kennedy, 21 ans, impeccable dans son smoking blanc. Sur le titre de jazz « Begin the Beguine », l’Ange bleu serre tout contre lui le jeune « Jack », avant de glisser sa main dans son pantalon. Cette danse et le « parfum incroyable » de l’actrice laissent alors un souvenir impérissable au futur président…

L’été suivant, en 1939, les deux familles se retrouvent à l’Hôtel du Cap et la liaison de Marlene Dietrich avec Joe Kennedy reprend là où elle s’était arrêtée. L’actrice est cette fois accompagnée de l’héritière de la Standard Oil et charismatique championne de hors-bord Jo Carstairs, qui a rejoint sa troupe libre. Entre deux étreintes, Kennedy la conseille quant à son avenir au cinéma : après deux ans d’absence, elle doit accepter la proposition de son ami producteur Joseph Pasternak et rejoindre le tournage du western « Destry Rides Again ». 

Marlene Dietrich pendant le tournage de « Destry Rides Again », à Hollywood, en Californie, en 1939.

Marlene Dietrich pendant le tournage de « Destry Rides Again », à Hollywood, en Californie, en 1939.

© Underwood Archives/Getty Images

Marlene finit par accepter, embarque à bord du Normandie pour rejoindre les Etats-Unis, laissant derrière elle ses proches, alors que les troupes d’Hitler se font de plus en plus menaçantes. Mais Joe lui promet de veiller sur eux. A la veille du début de la guerre, depuis l’ambassade de Londres, il aide Rudi, Maria et le reste de ce drôle de clan à rejoindre Cherbourg, puis le Queen Mary, direction New York.

Les retrouvailles avec Jack, le gamin du bal devenu président

Lorsque la guerre éclate, les Kennedy quittent Londres et regagnent la Floride à la demande de Roosevelt. Convaincu que les Etats-Unis ne devraient pas s’impliquer dans ce conflit européen, Joe retourne à ses affaires, mais surtout, aux débuts en politiques de ses fils. Après la mort de son aîné Joe Junior en mission en Allemagne en 1944, tous ses espoirs reposent sur le second, John. 

Joseph Kennedy et son fils John à bord du Queen Mary à New York en 1938.

Joseph Kennedy et son fils John à bord du Queen Mary à New York en 1938.

© Bettmann Archive/Getty Images

De son côté, Marlene rejoint l’USO (United Service Organizations, organisation civile américaine fondée à la demande de Roosevelt pour soutenir le moral des troupes), et parcourt l’Afrique du Nord, l’Italie et la France pour divertir les soldats. Autant de voyages et de rencontre qui lui permettent d’ajouter à sa déjà longue liste d’amants quelques noms bien connus tels que celui de Jean Gabin, Sinatra, le général James Gavin ou encore Edith Piaf.

La guerre terminée, la star renoue un temps avec le cinéma, avant de devenir chanteuse à Las Vegas. Quand John Kennedy lance sa campagne présidentielle en 1960, elle soutient ouvertement ce jeune politicien ambitieux et charismatique qu’elle connaît bien. Et c’est avec plaisir, et curiosité, qu’elle accepte son invitation, trois ans plus tard, à venir le rejoindre à la Maison Blanche. Ce mois de septembre 1963, Marlene Dietrich, est de passage à Washington avec son spectacle quand John Kennedy lui propose de lui faire visite le bureau ovale. Du célèbre bâtiment, elle visitera surtout les appartements privés du président à l’étage, et sa chambre…

John Kennedy dans les jardins de la Maison Blanche, le 10 octobre 1963.

John Kennedy dans les jardins de la Maison Blanche, le 10 octobre 1963.

© GHI/Universal History Archive/Universal Images Group via Getty Images

Attendue sur scène le soir-même, la star n’a pas beaucoup de temps devant elle. Si les avances de John sont maladroites, ses intentions sont claires, lui qui s'apprête à réaliser un fantasme d'adolescence : il ne perd pas une minute et de déshabille. Un comportement très direct qui surprend la grande Dietrich selon Bernard Pascuito, auteur du livre "Jackie et John : un couple impossible" publié en 2023. “Elle fut stupéfaite et amusée. À soixante-et-un ans, elle ne s’attendait pas à ça ! Elle était en tout cas suffisamment amusée par l’instant pour se déshabiller à son tour sans un mot.” De son côté, Cari Beauchamp rapporte que 'l’actrice a raconté plus tard à un ami avoir un instant douté de ce rapprochement charnel avec le "jeune" Kennedy de 45 ans, et lui a dit : « Vous savez, Monsieur le Président, je ne suis plus très jeune", avant de se laisser aller à cette aventure d’un soir. « Ne m’ébouriffez pas les cheveux. Je dois monter sur scène. »

Me diras-tu la vérité ? As-tu déjà couché avec mon vieux ?

John Kennedy à Marlene Dietrich

Après « trois à six minutes d’extase », Jack s’endort, mais Marlene doit partir. Il la raccompagne alors à l’ascenseur, lui serre la main et lui demande : « Si je te pose une question, me diras-tu la vérité ? » demande-t-il, selon Cari Beauchamp. « Marlène ne fit aucune promesse, mais hocha la tête en signe d’assentiment. « As-tu déjà couché avec mon vieux ? » Sachant exactement ce qu’il voulait entendre, Marlène esquiva la question. « Il a essayé », répondit-elle après un bref silence, « mais moi, jamais. » Jack triompha et s’exclama : « J’ai toujours su que ce salaud mentait ! »» Une histoire confirmée par l’ami de Marlene, le critique de théâtre Kenneth Tynan. Maria a elle aussi confié à quel point sa mère s’était vantée de ses retrouvailles charnelles avec le « merveilleux président des Etats-Unis » dans son livre « Marlene Dietrich par sa fille » publié en 1992.

Marlene Dietrich lors d'une représentation en Hollande, le 12 octobre 1963.

Marlene Dietrich lors d'une représentation en Hollande, le 12 octobre 1963.

© HUM Images/Universal Images Group via Getty Images

Deux mois plus tard, ce tragique 22 novembre 1963, la star hollywoodienne apprend, avec le reste du monde, l’assassinat de John Kennedy. Tandis qu’elle fait livrer des fleurs et adresses ses condoléances, elle s’habille de noir. Six ans plus tard, alors qu’elle vit à Paris loin des regards, elle-même en proie à une santé fragile, Marlene Dietrich fait le deuil de cet autre Kennedy qu’elle appréciait tant, Joe, qui décède à 81 ans. Autant de fantômes qui l’accompagnent dans les dernières années de sa vie, qu’elle traverse dans la solitude, recluse dans son appartement parisien, jusqu’à sa disparition en 1992.