Jeudi soir, dans la champêtre enceinte de La Chevalière de Mazamet, Castres a remporté la sixième édition du trophée Ibrahim-Diarra (31-7). Un résultat anecdotique au terme d'un match haché par les remplacements ; servant autant à honorer la mémoire de l'ancien troisième ligne des deux clubs qu'à travailler pour préparer la reprise des championnats de Pro D2 et de Top 14.

Il flottait un parfum d'éternel été au pied de la montagne Noire. À Mazamet, le stade de la Chevalière au charme désuet d'un autre temps - tribunes en bois, piste en cendrée, on aurait presque pu voir Lucien Mias traverser le terrain - accueillait la sixième édition du trophée Ibrahim-Diarra.

La petite histoire retiendra que, pour la cinquième fois en six éditions, ce sont les Castrais qui ont remporté 31 à 7 ce match hommage à "Ibou", l'ancien troisième ligne passé par les deux clubs et disparu dans la force de l'âge, à 36 ans, des suites d'un accident vasculaire cérébral en 2019.

Les deux équipes étaient à des stades différents de leur préparation. Les Montalbanais, froissés tout au long de la saison passée en Top 14 (une seule victoire, un match nul), sortaient d'une correction subie contre Aurillac lors de leur premier match de présaison (19-63). Les Castrais, eux, disputaient leurs premières minutes "à balles réelles" de l'intersaison et profitaient de l'occasion pour s'adonner à quelques "essais" tactiques (Mathieu Babillot titularisé en deuxième ligne) tout en intégrant des recrues (Hamish Watson, Tyler Gontineac, Théo Vidal, Alex Burin attaquaient le match) et des jeunes espoirs tels que Gauthier Sarraute, Robin Boyer ou Lukas Mitu.

Sarraute a du gaz, Vargas aussi

Les Castrais ont déjà donné de belles choses à voir : l'arrière Gauthier Sarraute, pas impressionné pour deux sous, a dévoré les espaces, l'ouvreur venu de la division Nationale Théo Vidal a globalement réussi ses premiers pas sous ses nouvelles couleurs, même s'il s'est fait piéger par la nouvelle règle des 45 secondes allouées pour transformer le premier essai du match par Adam Vargas, lui aussi très à son aise. Les piliers Alex Burin, Atu Sokobale, Maël Turpin et Giorgi Turashvili ont montré à quel point le CO avait de la réserve à ces postes si précieux derrière les tauliers Quentin Walcker, Will Collier ou Loïs Guérois.

Au rang des points à travailler, la touche castraise a montré des signes de faiblesses (sept ballons perdus au cours de la seule première mi-temps) mais la composition "expérimentale" de l'alignement et le contexte de match "laboratoire" où les changements se sont multipliés expliquent sans doute en partie ces errements à surveiller.

Côté Montauban, la défense a montré une belle progression par rapport à la déroute aurillacoise mais la discipline a parfois failli ; les Sapiacains ont écopé de trois cartons jaunes (Bean, Ekuasi, Jouanny), ce qui commence à faire beaucoup. Les Montalbanais ont un peu perdu pied en fin de partie, encaissant trois essais après la 60e minute. Ils pourront se targuer d'avoir fait mieux que résister durant la première heure de jeu. Constat cruel : l'USM n'a plus gagné un match de rugby depuis le mois d'octobre 2025.

Tout cela est encore bien anecdotique et demain, tout le monde ou presque aura oublié le nom du vainqueur de ce match hommage. Que restera-t-il de cette soirée mazamétaine, alors ? La certitude que depuis bientôt six ans, depuis ce foutu 18 décembre 2019 où la vie l'a quitté, "Ibou" unit deux clubs, déplace les foules et fait perdurer, à travers l'association qui porte son nom, une certaine idée de la convivialité et du rugby. Le trublion qui fut champion de France avec le CO en 2013 était déjà fédérateur de son vivant. Il l'est plus que jamais par-delà son absence.