Mégafeu des Corbières, un an après (3/3) : comment l’Aude apprend à gérer l’afflux de vacanciers et les risques d’incendies
La Chambre de commerce et d’industrie de l’Aude et l’Agence de développement touristique de l’Aude, fortes d’une "triste expérience", s’organisent avec la préfecture pour limiter les risques liés à la fréquentation estivale, un an après le mégafeu des Corbières.
C’est un paradoxe que ne manque pas de relever Didier Aldebert, président délégué de l’Agence de développement touristique (ADT) de l’Aude. "Avec nos collègues des Pyrénées-Orientales, nous avons une longueur d’avance dans la gestion des risques liés aux incendies, répond-il lorsqu’on lui demande comment les professionnels gèrent les épisodes des importants feux de forêts subis ces dernières années. Nous nous adaptons et nous nous organisons".
Depuis la multiplication des incendies qui ont ravagé de larges étendues du département, ADT, CCI et préfecture tentent de trouver des réponses adéquates à cette sinistre réalité. Une réunion s’est tenue en préfecture afin de définir une nouvelle organisation face aux sinistres. "Un plan de reconstruction des Corbières est envisagé, notamment sur la zone comprenant les 16 communes impactées, explique Nadine Darson Beretta, directrice de l’ADT. Il est notamment envisagé de fermer certains sites durant l’été, de condamner certains chemins prisés par les vacanciers pour limiter les risques d’incendies".
"Le tourisme, première activité économique"
Pour Louis Madaule, le président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de l’Aude, "nous devons préserver l’attractivité des sites œnotouristiques, qui constituent une véritable plus value économique pour notre département".
Il rappelle aussi que le tourisme "a été bien entaché par les multiples incendies". Un tourisme qui, rappelle de son côté Didier Aldebert, "reste la première économie du département avec l’agriculture". Parmi les mesures mises en place, il y a la sensibilisation des professionnels du tourisme, plus particulièrement ceux situés au cœur des massifs à risques.
"Nous devons définir de nouveaux rôles, ils doivent aujourd’hui intégrer celui de la prévention, expliquer les gestes à avoir sur les lieux sensibles qu’ils traversent", développe le président délégué d’ADT Aude. "Mais les entreprises aussi doivent participer à ces actions de sensibilisation, insiste Hadrien Pujol, président de la commission tourisme à la CCI Aude. Elles doivent être concernées et participer à la gestion des risques sur les sites, être des acteurs de la sécurité".
Comme un appel à l’union de tous sur le département face à une sinistralité qui impacte l’ensemble des acteurs économiques, et pas seulement les professionnels du tourisme.
Les Audois "ne veulent plus de milliers de vacanciers dans leur village"
Didier Aldebert en convient : "on n’a pas d’autres choix que de s’adapter en se réorganisant, dit-il, le touriste ne va pas se vexer s’il apprend que l’environnement est protégé". Cela dit, acteurs politiques et professionnels veulent se montrer pragmatiques, ne pas obstruer tous les atouts de l’attractivité touristique. "Même si certains sites devront être fermés l’été, on laisse néanmoins un accès aux domaines œnotouristiques, qui sera rigoureusement balisé", annonce Nadine Darson Beretta.
Pour l’ADT Aude et la CCI Aude, l’un des axes de leur collaboration commune reste les actions menées sur des "secteurs à forte valeur ajoutée comme l’œnotourisme, le tourisme vert et le tourisme de savoir-faire". La multiplication et l’intensité des récents incendies les obligent à faire évoluer leur manière de gérer ces valeurs ajoutées économiques. "Nous devons aussi tenir compte des réactions des Audois eux-mêmes à l’égard de la fréquentation touristique", en convient le président délégué d’ADT Aude. "Les gens ne veulent plus de milliers de vacanciers qui déferlent sur leur village". Quand les flammes réécrivent le scénario du tourisme.