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  • Acclaim a disparu il y a 22 ans : retour sur l'éditeur américain par excellence
Mortal Kombat

Le 30 août 2004, une nouvelle en forme de couperet tombe sur les téléscripteurs : accablé par une dette de 100 millions de dollars, Acclaim déclare faillite et envoie au chômage les 600 salariés qui travaillaient encore pour ce grand nom des années 90, associé jadis à un certain nombre de franchises mémorables, à un nombre record de jeux sous licence ainsi que quelques controverses.

Selon les témoignages de l'époque, les employés ont appris la triste nouvelle le vendredi 27 août 2004. Vers midi, le directeur financier Gerard Agoglia rassemblait les employés pour leur indiquer que l'entreprise n'avait pas réussi à obtenir un nouveau prêt et que la faillite était par conséquent inévitable. Merci pour les travaux, prenez vos affaires et à la revoyure. Au passage, les jeux en développement se sont retrouvés plongés dans l'incertitude, dont le jeu de course arcade Juiced qui rebondira chez THQ en 2005.

WizardsFondé en 1987 par trois anciens d'Activision, Greg Fischbach, Robert Holmes et Jim Scoroposki, sans aucun investissement externe, Acclaim Entertainment se positionne dès le départ comme un éditeur. Un de ses premiers titres, Wizards & Warriors, sorti sur NES en décembre 1987, fut aussi l'un des premiers jeux du studio Rare. Très vite, le logo d'Acclaim se retrouve associé à ce qui deviendra une marque de fabrique : les jeux sous licence. Et ça commence avec Rambo, qui sort en mai 1988 sur NES.

Le grand bazar des licences

Dans les pages du magazine Next Generation, en 1998, Greg Fischbach tenait ces propos : « Je me souviens avoir eu une conversation avec un acheteur d'une grande chaîne de magasins, et nous lui présentions des titres comme Wizards & Warriors, et il disait : "Non, je n'en veux pas. Apportez-moi un nom que je reconnais et j'achèterai votre titre." Alors nous lui avons apporté Rambo et il l'a intégré à son calendrier de sorties. Rambo n'était pas aussi bon jeu que Wizards & Warriors, mais c'était sa manière de fonctionner, et nous devions composer avec ça. »

C'est peu dire que la remarque de ce détaillant a eu une influence : au fil des générations, Acclaim publiera des jeux Total Recall, Retour Vers le futur, K 2000, Beetlejuice, Wolverine, Alien, Terminator, Predator, RoboCop, Batman, La Famille Addams, Spider-Man ou encore South Park, sans oublier une dizaine de jeux basés sur Les Simpsons (le bien aimé Hit & Run n'en fait pas partie, au contraire de l'hostile Bart's Nightmare qui porte bien son nom).

BartEn 1989, toujours sur NES, Acclaim retrouve Rare qui développe WWF WrestleMania avec un emblématique Hulk Hogan en couverture. C'est le début d'une longue histoire d'amour avec le catch et plus généralement les sports prisés du public américain, à cette époque où Electronic Arts et Take-Two ne monopolisent pas encore 90 % du genre. Acclaim continue de publier toutes sortes de jeux, dont Double Dragon II : The Revenge (Technos Japan, 1988), Swords and Serpents (Interplay, 1990), Bust-A-Move 2 Arcade edition (Taito, 1996) ou encore D (Warp, 1996). La liste est interminable, tant l'éditeur se montre prolifique. Mais c'est bien sûr en 1993 qu'Acclaim franchit un palier aux yeux du monde entier, avec la sortie d'un certain Mortal Kombat.

Mortal Kombat et NBA Jam : l'apogée

Si le jeu proprement dit est entièrement l'œuvre de Midway Games, son statut de phénomène culturel s'est consolidé à partir du moment où Scorpion, Sonya et les autres ont commencé à sortir des Fatalités sur toutes les consoles du marché. Acclaim sera ainsi en charge des portages, de l'édition et du marketing jusqu'à Ultimate Mortal Kombat 3. Au même moment, l'éditeur avait remporté la mise avec une autre adaptation d'un jeu d'arcade de Midway : NBA Jam et ses « boom shakalaka » s'invitent dans toutes les chambres d'ado à partir de 1994. Lancé en 1993, NFL Quarterback Club assure également des revenus confortables et réguliers outre-Atlantique. Si bien qu'au milieu des années 90, Acclaim est le roi du monde. Pour l'exercice clos en août 1995, le chiffre d'affaires de la société atteint 556 millions de dollars et son bénéfice net 45 millions de dollars. Et comme l'argent est fait pour être dépensé, Acclaim fait l'acquisition de trois de ses plus fidèles collaborateurs : Iguana Entertainment, Probe Entertainment et Sculptured Software passent sous son aile en 1995.

C'est à cette époque que l'éditeur fait construire, avant tout le monde, un studio de capture de mouvement dans son quartier général de Long Island. La technologie d'Acclaim était tellement en avance sur son temps que Warner Bros. l'avait utilisée pour son film Batman Forever de 1995.

Le bon client de la Nintendo 64

Finalement assez timide sur les 32-bits de Sony et Sega, Acclaim va surtout laisser des souvenirs sur Nintendo 64. Ayant fait l'acquisition de Valiant Comics, l'éditeur commence à miser sur ses propres adaptations de BD, en particulier Turok : Dinosaur Hunter (Iguana Entertainment, 1997) et Shadow Man (Acclaim Studios, 1999). À cela s'ajoute un titre original comme Extreme-G (Probe Entertainment, 1997) qui eut la riche idée de sortir avant F-Zero X.

Cela étant, la fin de la génération 16-bit sonne le début du déclin pour Acclaim, qui n'a plus jamais réussi à stabiliser sa santé financière. Après son année record en 1995, l'exercice suivant se solde sur un chiffre d'affaires en chute libre à 161 millions de dollars et sur une perte colossale de 221 millions de dollars. En présentant ses comptes pour l'exercice clos en août 2000, à savoir un chiffre d'affaires de 188 millions de dollars et une perte nette de 132 millions de dollars, Acclaim pointe du doigt le déclin des ventes de jeux Nintendo 64, plateforme sur laquelle il avait misé. On s'en souvient rarement, mais Acclaim est aussi à l'origine des deux premiers épisodes de la série Burnout, sortis en 2001 et 2002. Dommage que l'éditeur n'avait plus les moyens de s'offrir un studio : Criterion Games signa avec Electronic Arts pour Burnout 3 : Takedown, sorti quelques mois après la faillite d'Acclaim.

Les succès finissent donc par se raréfier et les dettes s'accumulent. En août 2004, incapables de payer ses salariés, Acclaim fait faillite et ses franchises sont éparpillées aux quatre vents. Mortal Kombat chez Warner Bros, NBA Jam chez Electronic Arts, Turok chez Classic Media ou encore Dave Mirra Freestyle BMX chez Crave Entertainment. Quant à Extreme-G, Re-Volt, Iggy's Reckin' Balls, Vexx, Gladiator : Sword of Vengeance, Summer Heat Beach Volleyball, Tunnel B1 ou encore le D de Kenji Eno, vous les trouverez chez Throwback Entertainment, tandis que le Kwirk développé par Atlus est parti chez Liquid Media aux côtés de jeux de sports qui n'évoqueront pas grand chose au commun des Européens.

Et donc, vous avez appris la nouvelle en même temps que nous, début mars : Acclaim est vivant ! Tant pis si le dénommé Alex Josef, PDG autoproclamé de celle qu'il faut désormais appeler Acclaim Games, n'a aucun lien avec l'ancien Acclaim. Tant pis si toutes les franchises emblématiques sont parties vivre leur vie ailleurs. Comme pour 3D Realms, Intellivision, MicroProse, Argonaut ou encore Infogrames, pratiquer la nécromancie de labels à des fins nostalgiques et commerciales est un procédé entré dans les mœurs. On regardera donc avec une curiosité modérée ce que nous présentera ce showcase annoncé pour le 10 septembre, sachant que le double objectif de la nouvelle société est de soutenir des jeux indépendants et de récupérer des classiques autrefois détenus par Acclaim pour pouvoir les ressusciter. To be continued, donc.

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