Une semaine après des manifestations émaillées de violences, plusieurs centaines de milliers de personnes ont de nouveau manifesté sur le territoire. "Les cortèges se sont bien déroulés", a assuré le ministre de l'Intérieur, qui rapporte tout de même des affrontements et l'interpellation d'au moins mille personnes.

France Télévisions

Publié le 24/10/2026 21:19

Mis à jour le 24/10/2026 21:27

Temps de lecture : 5min

Au moins 410 000 personnes ont manifesté partout en France, samedi 24 octobre, selon le ministère de l'Intérieur, dont 110 000 à Paris. De son côté, la CGT revendique la présence de 800 000 manifestants, dont 250 000 dans la capitale. (VINCENT KOEBEL / NURPHOTO / AFP)
Au moins 410 000 personnes ont manifesté partout en France, samedi 24 octobre, selon le ministère de l'Intérieur, dont 110 000 à Paris. De son côté, la CGT revendique la présence de 800 000 manifestants, dont 250 000 dans la capitale. (VINCENT KOEBEL / NURPHOTO / AFP)

Malgré des heurts en fin de journée, "les cortèges se sont bien déroulés", assure Laurent Nuñez, alors que plusieurs centaines de milliers de personnes sont de nouveau descendues dans les rues, samedi 24 octobre, pour lutter contre la vie chère et défendre les services publics. Si le gouvernement se félicite d'avoir évité les pillages et les dégradations qui avaient marqué la précédente journée de mobilisation, la semaine précédente, des affrontement ont tout de même opposé des groupes de manifestants aux forces de l'ordre, notamment à Paris, Lyon et Marseille. Voici ce qu'il faut retenir de la journée.

Une mobilisation en baisse, des cortèges globalement calmes

Au total, 410 000 personnes ont manifesté dans toute la France, dont 110 000 à Paris, selon les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur. Le ministre a recensé 289 actions sur l'ensemble du territoire, contre 430 le 17 octobre, qui avaient rassemblé 550 000 personnes. De son côté, la CGT revendique 800 000 manifestants partout en France, autant que la semaine précédente, et 250 000 dans la capitale.

Malgré les tensions observées dans plusieurs villes à partir du milieu d'après-midi, comme à Rennes, Bordeaux, Lyon ou encore Marseille, le ministre a souligné que la grande majorité des manifestations s'étaient déroulées sans incident majeur. À Orléans, où 13 500 personnes ont défilé pour faire front contre le Rassemblement national, qui y organise son congrès samedi et dimanche, aucun débordement n'a été signalé, selon le ministre. Même constat à Paris, où le cortège revendicatif s'est déroulé dans le calme avant des affrontements en fin de manifestation, lors de la dispersion des participants.

Des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre

Malgré le calme global des cortèges, Laurent Nuñez a rapporté des affrontements parfois violents entre manifestants et force de l'ordre et la présence renouvelée de casseurs, ainsi que de militants "de l'extrême-gauche radicale" œuvrant en marge des manifestations. "Ils se sont détachés et ont cherché à commettre des exactions, principalement aujourd'hui l'attaque des forces de sécurité intérieure, en réalité, puisqu'ils ont été empêchés de déambuler de manière sauvage ou de se diriger vers les centres-villes", a déclaré le ministre.

À Paris, au moins 2 000 personnes, dont 500 casseurs selon le ministère, se sont retrouvées au contact des forces de l'ordre en fin de cortège et des affrontements ont duré pendant au moins deux heures. À Tours, le ministre a également fait état de 800 à 1 000 personnes masquées parmi les 5 000 manifestants. Des tensions ont été signalées à Nantes, Rennes, Bordeaux, Grenoble, Marseille ou encore Toulouse. A Nice et Montpellier, des militants d'ultradroite ont également cherché "à s'affronter avec des militants de l'ultra-gauche".

Le ministre a toutefois souligné que les pillages et dégradations de commerces avaient été bien moins nombreux que le 17 octobre, où près de 300 commerces avaient déjà été pillés à la même heure. Une différence que Laurent Nuñez attribue au renforcement du dispositif policier, aux contrôles préventifs et à la mobilisation de près de 2 000 gendarmes pour protéger les centres commerciaux "où il y avait des risques de pillage" importants. Ce bilan est encore provisoire, le ministre évoquant "des tentatives" de pillage en cours à Marseille, dans le 5e arrondissement notamment.

Deux blessés graves à Toulouse et Clermont-Ferrand

La journée a également été marquée par au moins deux blessés graves, à Toulouse et Clermont-Ferrand, "dans le cadre d'actes d'action d'engagement de la force par les forces de sécurité intérieure", a rapporté le ministre.

Interrogé sur la proportionnalité de la réponse policière, Laurent Nuñez a défendu l'action des forces de sécurité. "Il ne m'est pas remonté de gestes disproportionnés à date", a-t-il assuré, tout en reconnaissant que des enquêtes pourraient être ouvertes. Questionné également sur les blessés graves recensés depuis le début du mouvement, notamment parmi les mineurs, le ministre a exprimé des regrets, mais rappelé que les policiers et gendarmes étaient "légitimes" à faire usage de la force lorsqu'ils étaient pris à partie.

"Il faut qu'une bonne fois pour toutes, on le comprenne. Quand on attaque les forces de sécurité intérieure, quand on veut piller un bâtiment public (...), il est normal et légitime que les forces de sécurité intérieure engagent la force avec des armes intermédiaires", a déclaré le ministre de l'Intérieur.

Près de 1 000 interpellations, un chiffre bien supérieur à celui du 17 octobre

C'est l'un des chiffres marquants de la journée. Près de 1 000 personnes avaient déjà été interpellées en fin de journée, selon Laurent Nuñez, qui a prévenu que ce bilan augmenterait "de manière assez significative" une fois les données consolidées. À la même heure, le 17 octobre, 385 interpellations avaient été recensées, soit un nombre plus de deux fois inférieur.

Le ministre a notamment mis en avant les nombreux contrôles réalisés en amont des manifestations, dans les gares, sur les axes routiers et aux abords des centres-villes. Ces opérations, souvent menées sur réquisition des procureurs, ont permis de saisir de nombreux objets susceptibles de servir d'armes, sans que leur nombre soit précisé.

Des critiques politiques et syndicales, et déjà des appels à poursuivre la mobilisation

Le déroulement des manifestations a également suscité des critiques dans les rangs de la gauche. Présente dans le cortège parisien, Marine Tondelier, candidate des Écologistes à la présidentielle, a dénoncé le changement tardif du parcours de la manifestation. "Jamais nous n'avions vu comme ça des militants déboussolés qui ne savent plus où ils doivent aller (...), si les métros seront ouverts ou pas, parce que tout s'improvise", a-t-elle regretté. "En tout cas, on est là, si c'est un test de détermination, on l'a remporté", a-t-elle ajouté.

Sur X, Jean-Luc Mélenchon, qui était lui aussi dans le cortège parisien, a de son côté vivement critiqué l'intervention des forces de l'ordre en fin de cortège. "Pour gâcher la journée et se détendre, les soi-disant forces de l'ordre gazent et tirent dans le tas en fin de cortège", a accusé le leader insoumis, estimant que ces interventions visaient à produire des images pour les chaînes d'information.

Ça continue la police des esprits par les télés du pouvoir. Ce soir, mise en scène des « fins de cortège » pour dégorger de la haine contre le mouvement populaire. Sans une image des masses en action pacifique. Derrière chaque policier, une caméra complaisante. Et même des félicitations pour un dispositif pourtant prévu pour provoquer la pagaille. Et qui a encore mutilé deux personnes. Éteignez les télés ! Faites-vous votre opinion sans tuteur. Voyagez dans les réseaux sociaux. Restez libres de penser par vous-mêmes.

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) October 24, 2026

Des accusations auxquelles Laurent Nuñez a répondu en défendant fermement les policiers et les gendarmes. "Je ne peux pas laisser dire (...) que la police nationale, la gendarmerie nationale sont venues réprimer un mouvement", a-t-il déclaré. "Aujourd'hui, sans la police, il n'y aurait pas eu de cortège", a également affirmé le ministre.

De son côté, la CGT entend poursuivre la mobilisation. "Le message d'aujourd'hui est clair : aucune répression, aucune interdiction de manifester n'arrêtera la mobilisation", affirme l'organisation syndicale dans un communiqué publié à l'issue des manifestations. Le syndicat appelle désormais la grève à "prendre le relais", avec en ligne de mire la journée du 5 novembre, défendue par les organisations syndicales. De leur côté, les gilets jaunes réclament un "acte 3" du mouvement le 31 octobre.

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