Descente de l’ultradroite dans la manifestation à Nice : récit d’une embuscade violente en plein centre-ville
Pas encore 18 heures. À l’angle de Félix-Faure et de la rue Alberti, en bordure de la coulée verte, un jeune homme d’une vingtaine d’années est assis à même le bitume. Son visage est en sang. Hébété, sonné, il tente de reprendre ses esprits : « Je ne les ai pas vus venir, je ne comprends pas », souffle-t-il en essayant de reprendre son souffle dans un épais nuage de gaz lacrymogène. Sa voix étouffée par les cris d’une scène de chaos indescriptible. La journée vient de basculer.
Quelques minutes plus tôt, l’assaut a été foudroyant. Le jeune manifestant a essuyé une pluie de coups de pied, de poings et de projectiles. À trois ou quatre, ils lui sont tombés dessus.
À ses côtés, un livreur Deliveroo est projeté au sol, son vélo pour unique bouclier contre les coups, avant d’être relevé par la foule.
Derrière, la rue de l’Hôtel-des-Postes disparaît sous une fumée blanche, épaisse et étouffante. Débandade générale. L’air âcre brûle la gorge et arrache des larmes à quiconque se trouve là. Par hasard. Ou pas. Pris au piège, les passants courent s’abriter dans les rares commerces qui n’ont pas encore baissé le rideau et qui n’avaient pas pris la peine de se barricader.
« C’est eux qui foutent la merde ! »
Les assaillants, eux, se carapatent par la rue Alberti sous les huées : « C’est eux ! C’est eux qui foutent la merde ! », hurle un manifestant, le bras tendu vers le groupe d’agresseurs.
Eux ? Une bande d’une centaine d’individus, presque tous de noir vêtus et encagoulés. Et qui arborent un bout de tissu blanc noué autour du bras, signe de reconnaissance tactique. « C’est un clin d’œil aux suprémacistes blancs », lâche Emir, les yeux rougis par le gaz. « Ce sont des fafs. Tout était calme avant qu’ils débarquent », enchaîne le jeune homme à la peau noire.
Dylan Meiffret / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
Thomas, 19 ans, a le coude ensanglanté après avoir été jeté à terre : « Le type m’a dit : “Pourquoi t’es là ? Rentre chez toi, la rue est à nous, pas aux gauchistes.” » A ses côtés, Jade est bouleversé : « J’ai été ciblé parce que je suis queer. On ne peut pas vivre avec ces gens-là, ils veulent notre peau. »
Colette, 26 ans, s’est fait déchirer son drapeau français, rue Félix-Faure : « On s’est fait interpeller par les fascistes, ils ont dit : “On est chez nous.” Ils disent qu’ils défendent nos couleurs, alors qu’en fait ils frappent les gens habillés en bleu blanc rouge ». Indignée, elle enchaîne : « Ils ne sont pas là pour défendre nos droits, mais pour décharger la haine qu’ils ont en eux. Tout ce qu’ils disent, ce sont des excuses pour pouvoir taper sur des gens ». La jeune femme a été menacée : « Ils savaient où je travaillais, ils savent qui je suis ».
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« Touche pas à ma ville »
Vers 13 heures, la cinquantaine de jeunes - et beaucoup moins jeunes - d’extrême droite s’étaient retrouvés autour de la Statue de Jeanne d’Arc, derrière Borriglione. 13 heures. Premier point de ralliement. Ils sont repérés par les agents du centre de supervision urbain de la police municipale, alors qu’Éric Ciotti, le maire de Nice, était présent pour motiver ses troupes. La police nationale s’en mêle. Contrôles, sommation de dispersion et consigne stricte : interdiction de s’interposer face aux casseurs. Selon des sources officielles, certains d’entre eux pourraient appartenir à Aquila Popularis, d’autres seraient des supporters de la BSN, le groupe de supporters ultras de l’OGC Nice.
Trois heures après, le groupe se reforme vers l’ancien Stade du Ray, devant un bar aux couleurs des Aiglons, avant de descendre l’avenue Borriglione au son de Nissa La Bella et portant une banderole noire écriture blanche : « Touche pas à ma ville ».
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Passage éclair par Libération, puis ils déboulent devant la basilique Notre-Dame. 17 h 25… On est avec vous, on est là pour vous aider », bombardent des membres du groupuscule d’ultradroite à l’encontre des policiers. « On n’a pas besoin d’une milice », tranche le chef du dispositif policier, mégaphone à la main. « Si, vous avez besoin de nous », insiste un tatoué, particulièrement nerveux. Mais même réponse. La colonne de forces de l’ordre entame une marche de refoulement. Il est interdit de manifester. Et c’est pour tout le monde.
Acculé, le groupe se dirige ensuite vers Nicétoile. Ceux qui n’avaient pas leur brassard blanc, le nouent à leur biceps. Ils tournent direction Dubouchage. « Ça va mal tourner », prédit un manifestant, qui brandit un drapeau de la CGT. Il ne croyait pas si bien dire… Selon les autorités, onze membres du groupuscule ont été interpellés.
« Nos rues n’appartiennent pas aux bandes d’extrême droite »
Dylan Meiffret / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
« L’ultradroite niçoise attaque violemment des manifestants pacifiques et fait régner la terreur dans nos rues, sous les yeux d’une police qui ne bouge pas. C’est immonde et terrifiant », a réagi Jonathan Gensburger, militant de la CGT Spectacles.
« Monsieur le procureur de la République de Nice, je vous demande de vous saisir de ces faits et de faire toute la lumière sur ces violences », enjoint-il. Et d’insister : « Je redemande également, comme je l’avais déjà fait il y a plusieurs mois avec David Nakache, la dissolution d’Aquila Popularis et de tous ces groupuscules qui frappent, intimident et sèment la terreur. Nos rues n’appartiennent pas aux bandes d’extrême droite ».