Accord UE-Canada : « une refondation d'un nouvel Occident »
L'Union européenne et le Canada ont signé jeudi une déclaration commune pour réaffirmer leur attachement aux valeurs de l'Occident libéral face aux politiques protectionnistes des Etats-Unis. Dans l'émission Forum, l'historienne Nicole Gnesotto décrypte les enjeux de cette alliance.
Pour Nicole Gnesotto, les récents échanges entre l'Union européenne et le Canada marquent bien plus qu'un rapprochement bilatéral: "Ce qui est en train de se passer, c'est une refondation d'un nouvel Occident", analyse l'historienne et vice-présidente de l'Institut Jacques Delors. Dans Forum, elle rappelle que le Premier ministre canadien avait déjà évoqué, en janvier dernier au Forum économique mondial de Davos, une rupture avec l'ordre libéral traditionnel.
Cette alliance repose sur des bases historiques: le libéralisme économique, la démocratie politique et la primauté du droit sur la force. En opposition, Nicole Gnesotto décrit la vision de Donald Trump, qui prône "le protectionnisme en économie, l'autoritarisme en politique et le primat de la force sur le droit". Selon elle, cette déclaration commune illustre la volonté des Européens et des Canadiens de rester fidèles aux principes de l'Occident libéral, tels qu'ils ont été définis après la Seconde Guerre mondiale.
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Une flexibilité devenue indispensable
Interrogée sur le flou entourant le statut de "membre associé" de l'UE pour le Canada, Nicole Gnesotto estime que cette ambiguïté est un atout. "Ça marchera d'autant plus que ça reste flou", affirme-t-elle. Elle explique que l'Union européenne, historiquement centrée sur le droit, a dû s'adapter face aux nouvelles réalités imposées par la guerre en Ukraine et l'élection de Donald Trump. "La flexibilité est devenue une espèce d'obligation, une feuille de route pour les Européens", ajoute-t-elle.
Les Etats-Unis ne représentent que 16% du commerce mondial
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Alors que certains craignent des représailles économiques de la part des Etats-Unis, Nicole Gnesotto relativise ces inquiétudes. "Les Etats-Unis, ce n'est jamais que 16% du commerce mondial", rappelle-t-elle. Elle souligne que si Donald Trump décidait de se passer du commerce avec le Canada et l'Union européenne, il renoncerait à près d'un demi-milliard de clients, ce qui serait contre-productif.
Nicole Gnesotto met également en avant la fermeté du Canada face aux menaces américaines: "Le Canada est beaucoup plus courageux que l'Union européenne. Il a rétorqué en disant: 'Nous, ça sera dollar contre dollar', alors que l'Union européenne s'était écrasée face à des droits de douane américains de 15%."
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Une intégration économique déjà avancée
Sur le plan économique, Nicole Gnesotto rappelle que les liens entre le Canada et l'Union européenne sont déjà solides. Depuis l'entrée en vigueur du CETA en 2017, 90% du commerce entre les deux blocs est géré par la Commission européenne, sans nécessiter l'approbation des Etats membres. Par ailleurs, le Canada, riche en matériaux critiques essentiels à l'économie européenne, a signé des accords stratégiques avec l'UE.
C'est une alliance pour nous, pour être plus forts dans ce monde éminemment dangereux
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"Le Canada est déjà pratiquement intégré dans le marché européen", souligne-t-elle, ajoutant que "ce qui reste à construire, c'est la partie politique".
Cette alliance, bien que naissante, illustre une volonté commune de l'Europe et du Canada de défendre les valeurs fondamentales de l'Occident libéral face aux défis actuels. "Ce n'est pas une alliance contre, c'est une alliance pour nous, pour être plus forts dans ce monde éminemment dangereux", conclut Nicole Gnesotto.
Propos recueillis par Renaud Malik et Thibaut Schaller
Article web: Jérémie Favre