La Poste, en France, prévoirait de fermer 471 bureaux de poste pour les transformer en simples agences ou relais quand cela sera possible. Cette trajectoire, dévoilée dans une enquête de Mediapart, sonne comme une douche froide pour les élus locaux. Dans le nord Franche-Comté, trois bureaux apparaissent dans la liste. À Chèvremont, Bethoncourt et Champagney. La direction de La Poste, toutefois, n’a pas confirmé ces fermetures officiellement.

« Fermer un bureau de poste, ce n’est pas simplement fermer un guichet. C’est retirer un service de proximité, fragiliser la vie d’une commune et accélérer, fermeture après fermeture, à la dévitalisation de nos territoires », réagit Florian Bouquet (LR), président du conseil départemental du Territoire de Belfort qui parle de « plusieurs fermetures ». Celle, actée, de l’agence postale de Valdoie, a été décidée par la municipalité. À Giromagny, La Poste a fermé le bureau « pour une durée indéterminée » à cause du radon. Mais y aura-t-il d’autres annonces dans les prochains mois ? Pas impossible.

« Nous refusons que les territoires ruraux soient une nouvelle fois la variable d’ajustement de décisions prises loin du terrain », renchérit Florian Bouquet. Les maires ont, il est vrai, découvert le projet de fermetures dans la presse et les communications syndicales. Et ils l’ont mauvaise.

« La balle est dans le fusil »

À Chèvremont, notamment, où le nouveau maire Jean-Daniel Heidet (sans étiquette) regrette de ne pas avoir pu anticiper le coup. La Poste, à ce jour, n’a pas confirmé les informations syndicales mais l’issue semble ne faire aucun doute. Un projet similaire avait même déjà été dans les tuyaux il y a une dizaine d’années. « La balle est dans le fusil », glisse, amer, Jean-Daniel Heidet, « nous allons devoir réfléchir très sérieusement à la suite ». Avec d’autres commerces du village qui pourraient accueillir un coin agence postale, par exemple.

S’il reconnaît que de moins en moins de courrier est envoyé et que la fermeture était « inéluctable » compte tenu de la fréquentation, le maire de Chèvremont voit aussi dans la stratégie de La Poste l’organisation de ces disparitions. Les horaires d’ouverture sont de plus en plus contraignants et les fermetures se multiplient. Ce, alors que la commune a fait des efforts (elle loue les locaux à un tarif très modéré) et était prête à en faire davantage. « Cette nouvelle désertification des services publics intervient alors qu’on demande aux collectivités d’en faire toujours plus. »

Qui dit fermeture de bureau dit aussi arrêt de plusieurs services bien plus prisés que le courrier, comme ceux de la Banque postale.

Une manifestation organisée à Bethoncourt

Dans le Doubs, à Bethoncourt, la nouvelle agace aussi Matthieu Guinebert (PCF), élu en mars dernier. « La poste ne partira pas de Bethoncourt. Les communes ont un droit de veto », prévient-il, prêt à se battre pour y arriver. Un rassemblement est d’ailleurs organisé le vendredi 2 octobre à 11 h devant le bureau de poste. « Dans un territoire de plus de 5 500 habitants, dont près de 3 000 résidents au sein du quartier prioritaire, le maintien d’un service public de proximité ne peut pas être apprécié uniquement au regard du nombre d’opérations réalisées derrière un guichet », lâche l’élu.

Les commerçants du marché du vendredi, notamment, sont très préoccupés parce que la fermeture du bureau entraînerait la disparition d’un distributeur automatique de billets, essentiel pour leur activité. « Par ailleurs perdre une agence postale c’est aussi perdre l’accès aux autres services bancaires pour les plus précaires qui peuvent y avoir recours dans le cadre de la mission d’accessibilité bancaire qui incombe à La Poste », ajoute Matthieu Guinebert.

La Poste a, selon lui, organisé la perte de vitesse du bureau de Bethoncourt pour motiver une fermeture dont il a déjà eu vent après son élection. En réduisant les plages d’ouverture, en laissant le distributeur sans maintenance ou en fermant pendant des semaines entières.