"Nos chrysanthèmes, c'est une histoire de familles !" : vendre 1600 pots de fleurs à trois en dix jours chrono
l'essentiel À Montauban, Bernard, Christine et Julie s’activent autour de leurs fleurs encore en boutons avant la Toussaint. Une tradition familiale et locale guidée par la passion, le lien social et le circuit court.
À l’approche de la Toussaint, ils ont dix jours pour écouler quelque 1 600 pots de fleurs. Essentiellement des chrysanthèmes, mais aussi des cyclamens, des pensées ou des compositions automnales, au milieu desquelles se glisse même un petit sapin.
Un « défi » certes, mais qui n’effraie pas Bernard Faget, 78 ans, Christine Novarino, sa compagne, et Julie Cuquel, 35 ans, fille de Christine. Depuis plus de quinze ans, les deux premiers revendent des fleurs une bonne partie de l’année. Ils ont longtemps fait les marchés, Montauban et Nègrepelisse. Aujourd’hui, c’est la clientèle qui se déplace chez eux, tout près de Saint-Nauphary. « Mais pour la Toussaint, retour au terrain », sourit Bernard.
L’impulsion du cousin Carté, de Fleurance
Lui sera positionné à partir du samedi 24 octobre devant le cimetière urbain, sa compagne au parking route de Paris (Fonneuve) et sa belle-fille au parking Dautry. Chacun et chacune avec son petit camion et son stock. Bernard, à force, a « sa petite clientèle, des gens âgés, certains visiblement isolés, qui passent du temps avec moi, discutent volontiers, 45 minutes parfois. On est aussi là pour ça ».
Julie, de son côté, exerce comme conseillère en assurance entre Cahors et Montauban. « Tous les ans, je prends une semaine de congé pour épauler ma mère et Bernard, c’est comme une tradition familiale ».
La famille justement. « Tout est parti de là, raconte Bernard, ancien commercial dans le machinisme agricole. Quand je me suis retrouvé à la retraite, mon cousin Pierre Carté, qui dirige une entreprise horticole bien connue à Fleurance dans le Gers, est venu me voir. Il m’a dit : "Bernard, tu vas t’ennuyer, si tu vendais mes fleurs ?" Peu de temps après, il m’expédiait son premier camion ! ».
L’affaire, modeste au départ, se développe peu à peu. Notamment sous l’impulsion de Christine, qui choisit d’abandonner son magasin de cadeaux souvenirs qu’elle tenait place Nationale. « La passion des fleurs, c’est elle ! », s’exclame sa fille. De fait, elle est devenue « l’acheteuse en chef ». « Elle va toujours aller chercher le produit qui va faire la différence sur un stand », affirme Julie. Exemple cette saison : ces cyclamens posés dans un bac rose, référence au mois d’octobre du même nom.
Des fleurs qui viennent du cru
« Nous avons plusieurs fournisseurs, reprend Bernard. Les cousins Carté père et fils, les deux frères Delboulbès à Saint-Nicolas-de-la-Grave, Nicolas Combes à Cahors, lui incarne la 3e génération, les pépinières Colombié-Vendries à Lafrançaise, que des histoires de familles en circuit court. Question de confiance. »
Cette année, comme l’an passé, les 1 600 pièces se répartissent en petite ou grosse pièce, grosse boule ou petite, monocolore (blanc et jaune surtout), tricolore, voire 5 à 6 couleurs. « Pour des prix qui restent stables, précise Christine, entre 6 et 25 €. »
Même si le marché tend à se ralentir d’année en année, « il reste important, analyse Julie, et surtout il demeure peu attaqué par des fleurs d’importation ». Parmi les plus gros acheteurs à la Toussaint, des grosses pièces en particulier, « la communauté gitane, qui nourrit un énorme respect pour ses morts ».
Des nuages sous les pétales
Les menaces qui pèsent sur la profession restent bien réelles : l’augmentation des crémations qui réduit l’espace d’implantations florales, les dérèglements climatiques perturbant la floraison des chrysanthèmes, ou encore la concurrence agressive des grandes surfaces vendant des fleurs d’importation à bas prix (5 fleurs pour 5 €).
Malgré tout, le moral familial est là. Pour Bernard et Christine, cette activité permet de compléter des retraites modestes. Pour Julie, peut-être l’espoir de prendre leur suite un jour. « Et pourquoi pas développer une petite pépinière moi-même à Lamothe-Capdeville ? » En attendant, leurs stands colorés et chaleureux apporteront, ces jours-ci, une touche de vie et de réconfort aux abords des cimetières de la ville.