Pour sa première fête agricole en tant que maire de Sospel, Christophe Brunengo n’entendait pas faire les choses à moitié. Lors de l’événement organisé par la municipalité et le comité agricole, le 13 septembre 2026, l’élu s’est ainsi attaché à défendre ardemment les agriculteurs, éleveurs et producteurs. Autour d’une conviction profonde : « L’agriculture appartient à notre histoire ; elle doit aussi appartenir à notre avenir. »

Un tel plaidoyer prend tout son sens quand on lit un rapport récent de l’association SOL et de Réseau Action climat selon lequel la France pourrait ne plus compter que 270.000 agriculteurs en 2035, contre 412. 000 aujourd’hui. Parmi les raisons invoquées : « Plus de la moitié aura atteint l’âge de la retraite d’ici 2030, avec un départ sur 3 qui n’est pas remplacé ».

Aux côtés de la sénatrice Dominique Estrosi Sassone, de la présidente de la Carf Alexandra Masson, de la conseillère départementale Céline Duquesne ainsi que des maires de Castellar, Gorbio, Castillon, et d’un représentant de Sainte-Agnès, Christophe Brunengo embarque tout le monde dans la machine à remonter le temps.

« Notre commune a une histoire intimement liée à son territoire de moyenne montagne. Dès le Moyen Âge, Sospel occupe une position stratégique sur les itinéraires reliant le littoral au Piémont. C’est un lieu essentiel de passage pour les caravanes de mulets transportant, entre autres, du sel », retrace-t-il. Glissant que cette activité commerciale a largement contribué au développement du village. De même que l’agriculture et l’élevage ont constitué une part essentielle de la vie économique.

Aux yeux du maire, la ville conserve une trace de ce patrimoine dans certaines appellations. À l’instar de la place de la Cabraïa, qui « rappelle une époque où les troupeaux de chèvres étaient regroupés avant d’être conduits vers les pâturages ».

Elle la conserve aussi dans les paysages. « Sospel s’est toujours adaptée aux reliefs : les terrasses, restanques, parcelles aménagées sur des versants sont le résultat de travail de générations qui ont façonné cette montagne pour pouvoir la cultiver. »

Promouvoir les circuits courts

La Fête agricole a été marquée par une très belle fréquentation.
La Fête agricole a été marquée par une très belle fréquentation.
Jean François Ottonello / Nice-matin

Conscient que les éleveurs et agriculteurs sont – hélas – de moins en moins nombreux, Christophe Brunengo insiste sur l’importance qu’ils revêtent aujourd’hui encore.

« L’agriculture ne se résume pas à ce que nous retrouvons dans nos assiettes. Elle entretient nos paysages, elle contribue à notre économie locale, participe à l’identité de nos territoires, maintient des espaces ouverts et contribue à préserver la biodiversité », liste-t-il. Jugeant qu’elle participe également à la prévention contre les incendies.

L’agriculture, dit-il, réunit par ailleurs de nombreux savoir faire. Savoir travailler avec les saisons, savoir observer la terre, connaître les animaux, analyser la météo. Savoir transmettre des gestes, aussi.

« Nous devons être fiers de nos agriculteurs et de nos éleveurs », clame le maire. Convaincu que l’avenir de l’agriculture passera par les circuits courts et la consommation locale – comme s’y est déjà engagée l’équipe municipale. Persuadé que l’huile d’olive, le miel, les productions maraîchères et le fromage produits à Sospel constituent « une véritable richesse ».

Mais la démarche peut aller plus loin, à ses yeux. « Nous devons donner envie à des jeunes de choisir ce métier. Nous devons leur permettre de s’installer, d’accéder au foncier, de développer une activité. »

Difficultés de tous ordres

Christophe Brunengo participait à sa première Fête agricole en tant que maire de Sospel.
Christophe Brunengo participait à sa première Fête agricole en tant que maire de Sospel.
Cyril Dodergny / Nice-matin

Une telle politique implique néanmoins d’être lucide sur les réalités du métier. Christophe Brunengo en convient, l’agriculture est plus difficile qu’auparavant. Fin 2013, déjà, un sondage mené par la région Midi-Pyrénées révélait que près de huit agriculteurs sur dix étaient arrivés à cette conclusion.

Le maire liste les difficultés économiques : augmentation des coûts de production, hausse du prix de l’énergie, coût du matériel, difficultés d’accès au foncier, réglementation toujours plus complexe, évolution des habitudes de consommation…

Il aborde les conséquences du changement climatiques, aussi : sécheresse, chaleur, gel, pluies intenses et événements météorologiques extrêmes qui fragilisent les exploitations et rendent le travail agricole encore plus incertain.

« Mais ici, s’ajoutent les difficultés liées au territoire, complète-t-il. Foncier agricole rare, morcelé. Parcelles parfois éloignées les unes des autres, mécanisation compliquée. Le travail en terrasses n’a rien de comparable avec celui sur une exploitation en plaine. »

« Ma principale inquiétude était de savoir si j’arriverais à mener de front ce qui ressemblait presque à un double rôle », confie à Nice-Matin Christophe Brunengo.

Autre réalité locale : le problème du loup et de la prédation. « Derrière chaque attaque, il y a un troupeau perturbé, des heures de travail supplémentaires, une surveillance permanente et une pression sur les hommes et femmes qui pratiquent déjà un métier exigeant », souligne Christophe Brunengo.

Tous ces obstacles cumulés poussent certains agriculteurs à se questionner sur leur profession. Voire à renoncer.

« Pourtant, nos agriculteurs et éleveurs continuent, ils innovent, ils diversifient leur production, prévoient des circuits courts », insiste le maire. Profitant de la présence de la sous-préfète Nice-Montagne, Amel Tir, pour adresser un message à l’État.

« Il est important que les politiques publiques prennent pleinement en compte les spécificités de notre territoire. Nous avons besoin de règles qui protègent, mais nous avons besoin aussi de règles qui permettent encore d’entreprendre, de cultiver, d’élever, de transmettre et de s’installer… »

Et si la politique agricole relève largement de l’État, de l’Europe, des régions, des départements et structures professionnelles, Christophe Brunengo refuse d’être attentiste pour autant. « La commune a un rôle à jouer : celui de reconnaître l’agriculture comme une composante essentielle de notre territoire. Elle doit être à l’écoute, faciliter les échanges, valoriser les initiatives à travers ses manifestations. »

Objectif 30 % de local dans les cantines

La promotion de l’agriculture locale bénéficiera aux enfants.
La promotion de l’agriculture locale bénéficiera aux enfants.
Jean François Ottonello / Nice-matin

Attentive tout le long du plaidoyer, la présidente de la Carf, Alexandra Masson, arrive elle aussi avec une promesse.

« Dans le projet alimentaire territorial, nous sommes à peu près à 10-12 % d’alimentation locale aujourd’hui dans les cantines scolaires», pose-t-elle. Annonçant un objectif clair : passer à 30 % dans les six ans à venir.

« Ce sera un gros travail. Pour le mener à terme, il faudra continuer à développer des exploitations agricoles en partenariat avec le Département. Mais nos enfants ont le droit de pouvoir manger sainement des produits locaux. »