« Nous rencontrons 600 dirigeants d’entreprise par an » : Bernard Cotte, nouveau directeur de la Banque de France dans le Var est déjà sur le terrain
Passé par différentes succursales régionales de l’institution monétaire et financière, Bernard Cotte souhaite remplir son rôle de directeur à l’écoute du tissu économique et des acteurs du territoire.
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Photo M.-C. B. / Var-matin
Bernard Cotte, qui succède à Jean-Luc Moya à la tête de la Banque de France dans le Var, s’est déjà plongé dans les chiffres du territoire. Et pas seulement. Il enchaîne les rendez-vous de visites d’entreprise et rencontres avec les acteurs économiques et institutionnels. « La Banque de France doit être au contact des territoires, ouverte sur l’extérieur. D’ailleurs le public dispose de multiples canaux pour entrer en contact avec nos services », résume le responsable auparavant en poste à Valence, dans la Drôme, mais qui a aussi dirigé, pendant 10 ans, le service entreprises à Marseille.
« Parmi nos missions figurent bien sûr la cotation des entreprises et le point de vue de la Banque de France sur la capacité d’une société à honorer ses engagements financiers, mais cela ne concerne pas seulement les comptes mais l’ensemble de la vie de l’entreprise, la gouvernance et les investissements en cours », résume le financier. Plus de 5 000 sociétés, dont le chiffre d’affaires est supérieur à 1,25 million d’euros, sont concernées dans le Var par cette cotation. « Nous rencontrons 600 dirigeants d’entreprises par an ».
Ministère de la Justice
Dans son parcours, jalonné de passages dans les succursales régionales de la Banque de France (Troyes, Aix-en-Provence, Montpellier…) ce Marseillais de naissance âgé de 58 ans et désormais habitant de Toulon, est aussi passé par le ministère de la Justice, où il a été détaché durant trois ans comme « assistant spécialisé », en charge d’éclairer les enquêteurs et magistrats sur les flux financiers dans le cadre d’opérations de blanchiment ou d’escroquerie.
Mais c’est aussi au grand public que l’économiste, titulaire d’une maîtrise obtenue à l’université d’Aix-Marseille et d’un DESS de gestion de l’IAE d’Aix-en-Provence, pense, à travers les missions de la Banque de France. À commencer par la commission de surendettement, un sujet qu’il connaît bien. « Je suis entré à la Banque de France parce qu’un professeur de la faculté nous avait dit que l’institution recrutait. C’était juste au moment de la loi sur le surendettement. Cela a été très formateur car c’était un nouveau métier, il fallait tout mettre en place » se souvient Bernard Cotte. Deux fois par mois, l’instance étudie les dossiers déposés par des particuliers qui souhaitent sortir de la spirale de l’endettement. « La particularité du Var est que le taux de dossiers pour 100 000 habitants y est plus élevé qu’ailleurs ; 319 contre 281 à l’échelle de la région, et 267 en France », souligne le directeur.
L’institution doit aussi mettre en œuvre le principe du droit au compte : une personne physique ou morale dont aucune banque ne voudrait peut frapper à la porte de la Banque de France qui désigne un opérateur bancaire au prorata de ses parts de marché et en fonction des souhaits du demandeur. « Et depuis 2016 il ne faut pas oublier les nombreuses actions d’éducation financière qui sont conduites avec les enseignants, les travailleurs sociaux ».
Outil d’analyse
La Banque de France produit aussi des études financières, à la demande, « et nous sommes régulièrement sollicités, aussi, pour éclairer les acteurs du territoire sur le contexte économique. Un directeur de Banque de France n’est plus enfermé dans son bureau aujourd’hui. La cotation est aussi d’ailleurs un bon outil d’analyse pour savoir comment se porte une filière ou un microterritoire ».
Ce qui ne va pas sans une connaissance du contexte macroéconomique. Et si le directeur rappelle que la France « n’est pas en récession, mais connaît une croissance faible actuellement, avec une inflation maîtrisée », à ses yeux le sujet de préoccupation est plutôt celui de la maîtrise des dépenses publiques. « Cela peut conduire à une perte de confiance des marchés financiers sur sa capacité à rembourser ses dettes. Le taux auquel elle a emprunté la semaine dernière (troisième semaine d’août, Ndlr), était de 4,2 %. On emprunte à des taux plus élevés que l’Italie et la Grèce. À terme cela va grever le budget de l’État, on estime que la charge des intérêts atteindra 100 milliards en 2030, contre plus de 60 milliards actuellement » s’inquiète l’analyste, plutôt confiant concernant la solidité du tissu économique dans le Var.
« Si l’on reprend les chiffres des défaillances d’entreprises depuis 30 ans, le record a été atteint en 1997. En juin, le Var comptait 1 398 défaillances, tous types confondus, mais il y a aussi 1 600 créations par an, contre 600 il y a 10 ans. C’est un territoire qui n’est pas si mal placé par rapport au contexte national. »
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