« Politiquement, il est tout aussi grave que des élèves étudient à 35 °C que de perdre sa maison dans une inondation » : 145.000 sont déjà inscrits, pourquoi cette plateforme recense les sinistrés climatiques
Tatjana Uksokovic est la coordinatrice de L’Affaire du siècle, l’organisation à l’initiative de « Se compter pour peser ». Une plateforme destinée à recenser les personnes « sinistrées climatiques », au sens classique où l’entendent les compagnies d’assurance, mais pas seulement. L’outil vise aussi à rassembler les témoignages de ceux qui subissent les impacts du changement climatique causé par les gaz à effets de serre issus des activités humaines dans leur quotidien.
Lancée le 9 juillet dernier, l’initiative rassemble déjà près de 145 000 personnes, cochant un ou plusieurs des critères. Plus de 40 000 ont même souhaité témoigner plus précisément en laissant un témoignage écrit. Parmi ces messages, près de 500 proviennent du Var.
La responsable revient sur l’initiative.
Quel est l’objectif de « Se compter pour peser » ?
Cette campagne vise d’abord à visibiliser les sinistrés climatiques. Se quantifier est le préalable à tout mouvement citoyen. Nous voulons offrir un moyen simple de témoigner en ligne. Cela soutient aussi notre recours juridique lancé avec dix sinistrés, en montrant qu’ils sont bien plus nombreux. Enfin, face à des données officielles souvent segmentées par événement climatique, cette démarche rend compte de la réalité globale des dérèglements.
Vous collectez aussi des impacts peu ou pas visibles. Pourquoi ?
Le terme « sinistré », choisi par les participants eux-mêmes, dépasse le cadre assurantiel et évite le statut passif de victime.
Oxfam / L’Affaire du siècle
Aujourd’hui, le changement climatique se vit au quotidien. Il est tout aussi grave que des élèves étudient à 35 °C que de perdre sa maison dans une inondation. Même si les impacts économiques ou traumatiques diffèrent, leur prise en compte politique est tout aussi cruciale.
Quelle impression globale retirez-vous de ces témoignages ?
Ce sont des récits très éprouvants. Tant qu’on n’échange pas directement avec les sinistrés, on ne mesure pas ce que signifie subir le dérèglement dans sa chair : personnes handicapées bloquées chez elles, deuils soudains ou agriculteurs contraints de cesser leur activité. Deux sentiments dominent : le traumatisme, mais aussi une vive colère face au manque d’anticipation de l’État, des mairies ou des employeurs.
C’est une victoire majeure : elle a créé un précédent juridique, structuré une alliance durable entre ONG et réuni des centaines de milliers de citoyens. Mais le bilan politique reste contrasté. Obtenir une décision de justice ne suffit pas sans volonté d’application. Nous constatons même des reculs écologiques récents de l’État. La justice est un levier indispensable, mais elle ne peut pas agir seule.
Qu’espérez-vous voir sortir de cette campagne ?
Rassembler près de 145 000 témoignages crée une force politique immense pour faire pression sur les décideurs. Les citoyens ne se détournent pas de l’écologie par désintérêt, mais par crainte pour leur pouvoir d’achat ou leur qualité de vie. L’enjeu est de prouver que justice climatique et justice sociale sont indissociables. Le dérèglement touche directement la santé et le coût de la vie ; montrer ces liens est essentiel pour exiger une transition juste.