« On a pris le risque du gros chantier » : le directeur sportif de l’OGC Nice Roger Ricort sans langue de bois dans le nouveau numéro de Gym Tonic
Son grand retour au poste de directeur sportif s’était accompagné de doutes et de scepticisme. Voilà 17 ans que le costume était rangé. Or, force est de constater que Roger Ricort, appelé à la rescousse par son ami Maurice Cohen pour pallier les défections de Grégory Lorenzi puis Geoffrey Moncada, respire toujours le foot et les bons coups. Son mercato, dans le sens des arrivées comme des départs, semble assez miraculeux au vu du contexte et des contraintes. On ne sait pas si les promesses de l’été trouveront leur prolongement sur les terrains de L1 mais une chose est certaine en revanche : le Gym a mis toutes les chances de son côté.
On avait donné des garanties sur notre solidité défensive durant la préparation. Je dois reconnaître que je ne pensais pas qu’on allait perdre sur ce score-là. Est-ce qu’il y a de l’inquiétude ? Non même si tous les points sont importants. J’ai un peu plus de recul que le supporter de base que je comprends. Je sais ce qu’on a vécu depuis deux mois. Je ne cherche pas d’excuses mais on n’avait pas d’attaquants. Si on a Wahi et Amoura, ce n’est peut-être pas la même chose, notamment au niveau de la verticalité. Le dosage, c’est de savoir quand on va être à 100 %. J’espère que la mayonnaise va prendre le plus rapidement possible.
Une équipe qui a besoin de temps
On a pris le risque du gros chantier. 22 départs, vous ne vous rendez pas compte, c’est tout un effectif qui est parti. Et ce qu’on voit sur le terrain, ce n’est pas trop mal encore. Il y a des promesses. On a fait un truc cohérent qui demande à être poli, à être travaillé tous les jours. Il faut que ce groupe gagne un match, marque des buts, ça va lui faire du bien. On veut une équipe qui se reconnecte à son public.
Mohamed Abdelmonem et la défense en général
On pensait qu’il allait vouloir quitter le club. Il a fait une semaine à part et au bout de la deuxième semaine, quand il a intégré les séances d’entraînement, le coach m’a dit « C’est bien, s’il reste ». On a fait en sorte qu’il revienne petit à petit à son meilleur niveau. Je veux absolument qu’il apprenne le français et on va trouver quelqu’un pour. Ce garçon-là, quand le coach parle, il ne comprend pas ce qu’il dit. Franchement, il a de grosses qualités défensives. Il est propre dans sa relance. Est-ce qu’on est assez armé derrière ? On estime que oui. Axel Witsel peut dépanner. Il y a aussi le petit Hamza (Koutoune) qui a de grosses qualités. Après, il ne faut pas surcharger ce secteur parce qu’on a quatre joueurs de qualité. Et un seul match par semaine à jouer.
La blessure de Moïse Bombito
Il s’est fait opérer ce matin au Canada (lire jeudi). La Coupe du Monde ? On n’a rien pu faire. Il est en équipe nationale, il joue un Mondial. Je ne vais pas lui dire de ne pas jouer parce que dans deux mois, il a un match avec l’OGC Nice. Il est sélectionné. Malheureusement pour lui, l’imagerie n’était pas bonne quand il est revenu. Son tibia s’était déminéralisé. On a temporisé pendant un mois en espérant une amélioration. Et là, dernièrement, on le voyait même boiter à l’entraînement. Il ne pouvait plus continuer. On récupérera un super joueur en janvier. Il a un gros talent.
Le recrutement d’Axel Witsel
Le coach a vu de suite ce qu’il allait nous apporter. Il est tellement agréable. C’est bien aussi pour tous ces jeunes qui voient autour d’eux un type qui a fait 4 Coupes du monde. Il a une telle banane le matin quand il arrive à l’entraînement, ça fait plaisir. Pour nous, c’est vraiment un beau renfort. La blessure de Laurent (Abergel) m’a vraiment embêté parce que Laurent avait déjà pris beaucoup de place dans le vestiaire. Un vrai joueur de club, pas bling-bling. Lui qui n’est jamais blessé se retrouve avec une grosse blessure… Et là, il faut le remplacer. Il y a tout dans Witsel : le joueur, l’expérience, la mentalité… C’est notre nouveau Dante.
Le mercato, un énorme chantier
Ce n’est pas « je », c’est « nous ». Il y a la cellule de recrutement qui a proposé des joueurs quand il le fallait. Il y a le centre de formation avec 8 ou 9 gamins qui ont intégré l’effectif professionnel. J’adore manager les hommes. Je me suis dit : « Si je suis largué, je vais le savoir au bout de 15 jours et j’aime tellement ce club que je vais me mettre en retrait ». Et puis je me suis pris au jeu. Je me suis éclaté. Et je me suis dit : « Bon, maintenant, il faut que j’aille au bout ». La ligne tracée par Ineos m’allait très bien. Je ne risquais rien à accepter. Ma carrière, elle est faite. Mon premier club, ça a été Nice. Mon dernier club, ça sera Nice. Ça a été très dur, ça a été très long parce qu’il y avait beaucoup de joueurs qui avaient des gros salaires et qui voulaient leur dernière année de contrat. Avec la Coupe du monde, rien ne bougeait. Il a fallu faire vraiment un sacré boulot. Il fallait absolument que des garçons comme Terem Moffi ou Kevin Carlos, qui étaient dans le viseur des supporters, s’en aillent. Il a fallu parler, convaincre. Le président Maurice Cohen a été très bon. Et je voulais souligner aussi l’appui de Jean-Claude Blanc, qui nous a vraiment beaucoup aidés. J’ai vu arriver les joueurs qu’on voulait. Souvent les premiers choix.
La feuille de route
Les premières recrues importantes, c’était le coach, le staff technique, le préparateur physique Nicolas Dyon. Ce que les supporters ne voient pas. Tous les matins, quand j’arrive au club à 7 heures, ils sont déjà là depuis une demi-heure, ils travaillent. Et c’est ça qui me rassure. Avec Abergel, on a envoyé un signal d’entrée. Fini les joueurs bling-bling à 300 000 ou 400 000 euros par mois, qui ne parlent pas français et ne se parlent même pas entre eux. On voudrait faire comme Lens, et on va d’ailleurs se retrouver dans leurs eaux en termes de budget. Quand on voit ce qu’ils ont fait l’an dernier, on se dit qu’on n’est peut-être pas plus con qu’eux. Il faut partir dans cette voie-là en sachant qu’on n’est pas encore prêt.
L’évolution du club et du foot
C’est un beau club, qui reste très attractif. Moi, à l’époque, j’avais un problème à 10 heures du matin, je l’avais toujours à 10 heures du soir. Là, aujourd’hui, en 15 minutes, c’est résolu. Quand les scolaires prenaient la douche, les pros avaient l’eau froide. Franchement, je ne reconnais pas le club, par rapport à il y a 15 ans. Les infrastructures, c’est quelque chose. Quand l’équipe professionnelle ne marche pas, on ne voit plus rien de bien. Alors qu’il y a beaucoup de très bonnes choses autour. L’autre différence, c’est qu’il n’y a plus de deal facile. Mais je suis Capricorne, donc persévérant (rires).
Comment il a réussi à faire revenir Wahi
Ça a commencé début juillet. J’ai réussi par l’intermédiaire du fils de René Marsiglia à entrer en contact avec son entourage. Mais quand j’ai commencé à parler avec le directeur sportif de Francfort, c’était ’’Nein !’’. Ils voulaient 20 millions d’euros et rien d’autre. Et puis j’appelais deux fois par jour, je rappelais… Aujourd’hui, c’est presque devenu un copain, on va passer Noël ensemble (rires). Je voulais ce joueur absolument. Pour les supporters, ça représente quelque chose. Sans Ineos, il n’y a pas Wahi.
THOMAS SAMSON / AFP
Sa méthode pour convaincre
J’ai 67 ans maintenant. Plus jeune, je pouvais être plus agressif. Là, je suis plus tranquille. On veut des valeurs. J’essaie de les transmettre quand je présente un projet à un joueur. Il y en a beaucoup qui passent tous les jours dans mon bureau. Ce matin, il y a eu Boudaoui. Avant-hier, il y avait Witsel. J’appelle Abergel de temps en temps. C’est un tout pour qu’on redevienne tous ensemble un club aimé par les Niçois. Abardonado, Rool étaient Marseillais mais ils adorent Nice. Il faut recréer, expliquer aux joueurs tous les jours ce qu’on attend d’eux. Quand on a appelé Mohammed Amoura, le coach est venu. Le joueur doutait car il avait entendu que les Niçois seraient racistes, des conneries du genre… On a veillé à ce que cette information soit démentie. Je pense sincèrement qu’on a un bon groupe. Maintenant, il faut qu’une équipe naisse.
Ineos
Si Maurice Cohen et moi, on se retrouve là, c’est peut-être qu’il y a une raison. On est Niçois, on veut remettre du bon sens. On ne partira pas à Sunderland. Peut-être que demain, on aura bien rétabli les choses et que le club sera vendable à bon prix. Mais j’aimerais un jour rencontrer le propriétaire pour lui dire : « Restez. On a plein de choses à faire encore. » Si on arrive à le convaincre qu’aujourd’hui, on travaille dans sa direction, qu’on respecte ce qu’il a envie de voir, qu’on crée quelque chose tous ensemble cette année et qu’il se dise « je continue », moi c’est mon rêve ! On l’a vu avec Bordeaux, avec un mauvais repreneur tout peut aller très vite.
Les jeunes pour priorité
Mon boulot du mois de septembre, c’est de verrouiller nos jeunes. Les Ponsot, Everton, Coulibaly, Mandza, Koutoune, ils ont de tout petits contrats qui n’ont rien à voir avec leur valeur. Ce qui est arrivé avec Boudache (parti à Lyon), c’est interdit. Le boulot du directeur sportif, ce n’est pas de regarder Nice-Le Mans. Je ne sais même pas ce qu’ils ont fait dans la semaine tellement je fais confiance au coach et à tout le reste. Moi, je suis déjà en train de me dire, qu’est-ce qui va se passer pour Junior (Mandza) dans deux ans ? Est-ce qu’il jouera toujours à Nice ? Un directeur sportif doit anticiper.
Le coach Olivier Pantaloni
Il est juste et honnête. C’est important. Qu’on se trompe ou pas, on va aller au bout ensemble. Moi, j’ai fait 4 ans directeur sportif, je n’ai eu qu’un entraîneur. C’était Frédéric Antonetti. Ils ont la même sincérité et la même droiture. J’ai eu un Corse nerveux, là, j’ai un Corse calme (rires).