Il n’y a pas lieu d’interdire les agents IA de Perplexity sur la marketplace Amazon. Ainsi en a décidé, voilà quelques semaines, la plus grande cour d’appel fédérale des États-Unis.

En toile de fond, un litige emblématique pour le commerce agentique. Élément central : le navigateur Comet, auquel Perplexity a commencé à ouvrir l’accès en juillet 2025.

En amont, Amazon avait prévenu : dans les grandes lignes, hors de question que l’assistant IA intégré accède à sa marketplace. La menace s’était précisée au mois de novembre avec une lettre de mise en demeure. Amazon priait Perplexity de ne plus « s’introduire secrètement » dans son périmètre e-commerce en « déguisant » ses agents en instances Chrome. Il lui intimait de les identifier de manière transparente, au nom du droit des fournisseurs de services à superviser l’activité agentique. En l’espèce, prétendait-il, d’empêcher les comportements qui dégradent l’expérience d’achat et la confiance des clients avec, tout en créant des risques pour leurs données.

Perplexity avait dénoncé une « menace pour tous les internautes ». De son avis, une entreprise n’aurait aucunement le droit de discriminer les utilisateurs sur la base des IA qu’ils choisissent pour les représenter. Amazon devrait se montrer favorable, avait-il ajouté : une expérience d’achat plus simple signifie davantage de transactions et des clients plus heureux. S’il ne réagit pas ainsi, c’est parce que « son intérêt est de vous servir de la publicité, des résultats sponsorisés, et influencer vos décisions d’achat avec […] des offres embrouillantes »…

Amazon avait fini par déposer plainte, invoquant une violation du Computer Fraud and Avuse Act (qui punit, aux États-Unis, certaines intrusions informatiques intentionnelles). En mars 2026, il avait obtenu gain de cause. Et le tribunal avait accédé à sa demande de mesures injonctives. Perplexity avait fait appel dans la foulée, avec pour effet de suspendre l’application du jugement.

Perplexity n’a pas accédé aux serveurs d’Amazon

La Cour d’appel est allée contre la décision de première instance. Le motif se résume ainsi : ce n’est pas l’assistant IA qui accède à Amazon, mais l’utilisateur.

Perplexity a axé sa défense sur cet élément. D’après lui, ses systèmes n’accèdent jamais aux serveurs d’Amazon : ils accèdent aux données envoyées sur l’ordinateur de l’utilisateur. Une différence que la jurisprudence prend en compte*, avait-il déclaré en mentionnant l’affaire Meta vs BrandTotal. Cette entreprise exploitait une extension de navigateur qui captait des données lors de la navigation sur Facebook. En ce sens, avait relevé la justice, elle n’accédait pas aux serveurs de Meta, mais aux données envoyées aux utilisateurs.

Selon Amazon, le parallèle avec l'affaire BrandTotal n'est pas pertinent : ici, on n'est pas sur une collecte passive, mais sur de la navigation active. Quant aux actions de l'agent, elles devraient être imputées à Perplexity, puisque ce sont ses serveurs qui commandent l'agent.

Perplexity ne l'entend pas ainsi. À l'en croire, son assistant n'a pas d'intentions propres : elles sont imputables à l'utilisateur.

L'EFF, Mozilla et EleutherAI, entre autres, sont intervenus en sa faveur, en amici curiae. Leur conclusion : les serveurs de Perplexity n'accèdent jamais directement à ceux d'Amazon.

« Ordinateur » n'implique pas « crime fédéral »

La Cour d'appel a raisonné plus simplement : le langage du Computer Fraud and Abuse Act suggère qu'un assistant ne peut pas « accéder » à un serveur puisqu'il ne s'agit pas d'une personne, mais d'un outil.

Elle a aussi considéré que trancher en faveur d'Amazon reviendrait à accepter une nouvelle interprétation du texte, destiné avant tout à punir le hacking. Cela exposerait par ailleurs les utilisateurs de Comet à des sanctions pénales pour facilitation d'accès non autorisés.

La Cour se dit plus globalement consciente des précédents qui appellent à la prudence lorsqu'il s'agit de « requalifier des comportements inoffensifs en crimes fédéraux simplement parce qu'un ordinateur est impliqué ».

Elle se distancie également de la décision de première instance pour ce qui est du risque de préjudice irréparable. D'après elle, l'argument de la dégradation de l'expérience d'achat est trop abstrait. Tout comme le degré auquel les utilisateurs tiendraient l'assistant responsable.

* La Cour s'est aussi appuyée sur une affaire qu'elle avait jugée entre Facebook et Power Ventures. Ce dernier exploitait un agrégateur de réseaux sociaux. Une de ses campagnes de parrainage avait entraîné l'envoi de messages aux amis Facebook des utilisateurs. Power Ventures avait été jugé responsable de ne pas y avoir mis un terme, vu l'accès avéré aux serveurs de Facebook.

Illustration générée par IA