Cette reprise scolaire sera marquée par l'entrée en vigueur des réformes dans le secteur de l'enseignement, notamment le passage de 20 à 22 périodes de cours dans le secondaire supérieur et ces derniers jours, les directions ont dû jongler entre les redistributions et annonces de pertes d'heures à leurs enseignants.

Du côté de l'Institut Saint-Charles à Péruwelz, la directrice, Christel Depotte, a pu constater le fameux chamboulement que ces réformes engendrent au sein de son établissement.

"Nous dénombrons 16 enseignants impactés qui ne vont pas retrouver leur emploi dans sa totalité. Il s'agit bien de profs nommés, qui ne retrouvent pas leurs heures dans l'école. Les enseignants les moins anciens sont impactés puisque la loi nous oblige à donner priorité aux plus anciens. Nous savons que trois de nos profs ne seront plus là du tout. Les autres perdent un nombre d'heures qui varie entre 3 et 15."

La directrice l'assure, les profs en ligne de mire sont ceux qui constituent les forces vives de l'école, qui ont encore le feu sacré. Dès lors, la flamme risque de quelque peu s'éteindre.

Sans parler d'une autre conséquence. Des enseignants ont décidé de reprendre à temps plein. "C'est le résultat d'une inquiétude et d'une instabilité liées à la réforme des pensions. Ce qui fait que des enseignants qui étaient en congés parentaux ou à 4/5e par exemple ont décidé de revenir à temps plein", indique Christel Depotte.

"Des profs pleuraient au téléphone"

Les enseignants qui n'ont plus toutes leurs heures à Péruwelz, il faut donc leur trouver d'autres affectations, alors qu'on sait très bien que travailler sur deux ou trois écoles n'est pas très confortable. "Remettre quelqu'un dans les autres écoles du centre d'enseignement secondaire, ça peut être à Leuze, Ath ou Lessines mais aussi potentiellement à Enghien, soit 45 minutes de route depuis Péruwelz", note la directrice.

Il faut pouvoir annoncer les mauvaises nouvelles. "J'ai été transparente avec mes profs, mais c'est dur de leur annoncer ça, surtout qu'ils n'ont pas démérité, au contraire. Ils sont à un âge où on se lance dans des projets immobiliers, où on souhaite avoir des enfants. Que vont-ils faire ? Humainement parlant, c'est compliqué. J'ai dû passer 16 coups de fil pour leur expliquer. Certains pleuraient."

École publique malmenée

Plus globalement, Christel Depotte estime que le gouvernement est en train de proposer voire d'imposer un véritable choix de société. "Les décisions politiques déstabilisent clairement l'école publique pour nourrir, comme dans d'autres pays, un enseignement privé vers lequel tout le monde ne pourra pas se diriger. Les politiques font le lit des écoles privées. Mais on lutte."

La directrice et son staff vont continuer à se battre pour leurs enseignants et leurs élèves, même si les réformes ont tendance à venir casser cette dynamique. "La ministre le sait ! Elle ne concerte pas, elle impose, mais elle sait très bien qu'on va se battre pour nos élèves, que nous sommes au cœur du combat, alors que la logique serait que personne ne devrait reprendre ce 24 août."

Christel Depotte évoque aussi ces enseignants qui exercent à la fois dans l'inférieur et le supérieur et qui vont devoir prester dans le cadre des réformes 23/22e. "Nous en avons huit dans le cas. Ils peuvent refuser, mais dans ce cas ils n'exercent plus à temps plein et ça impacte leur pension. Nous avons été avisés fin juillet…pour une rentrée le 24 août."

Autre axe, la fameuse protection des temporaires prioritaires qui, en cas de perte de charge, peuvent conserver un volume d'emploi équivalent, pas en restant face classe mais via des tâches pédagogiques et organisationnelles. "A la base, ils pouvaient bénéficier de cette situation jusqu'à la fin décembre, dans le coaching ou l'organisation de projets. La mesure a été prolongée et ils pourront continuer de la sorte jusqu'en juillet 2027."

Peu de monde avant la reprise

Vous en voulez encore ? L'accompagnement personnalisé fait aussi partie de la réforme. "J'ai une bonne rentrée avec 7 classes de première au lieu de 6. Vous comptez deux heures d'accompagnement personnalisé par classe, donc je devrais en avoir quatorze. Et bien j'ai appris que je recevais uniquement six heures d'accompagnement personnalisé."

Exit aussi la première différenciée. Ce qui inspire un commentaire à la directrice. "Un enfant qui a raté son CEB avec 35 ou 40% va côtoyer en classe un enfant qui a réussi avec 90%..."

Durant la semaine qui précède une rentrée scolaire, l'école, d'habitude, s'anime. "Des profs viennent travailler un peu dans leur classe ou passent simplement dire bonjour. Cette année, il n'y avait quasi personne, déplore Christel Depotte. Pour vous dire que ce ne sera pas une rentrée comme les autres."

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