"Près de 100 euros de plus par an" : pourquoi les prix du gaz vont fortement augmenter et comment limiter la casse ?
Tandis que les tensions dans le Golfe ne faiblissent pas, les prévisionnistes annoncent une hausse des prix du gaz de 5 à 7 % selon le type de consommation adoptée. Une tendance qui interroge à l’approche de l’hiver.
Ce qu’il faut retenir
- Le prix repère du gaz augmente de 7,3 % en septembre pour les foyers chauffés au gaz.
- La facture annuelle pourrait grimper de près de 100 € pour un ménage moyen.
- Le blocage du détroit d’Ormuz et le faible niveau des stocks européens alimentent cette hausse.
- Comparer les offres et privilégier un contrat à prix fixe peut permettre de limiter l’impact.
Alors que la France sort petit à petit d’un long été caniculaire et que certaines estimations prévoient un retour de la chaleur entre septembre et novembre, le froid de l’hiver semble pour le moment très loin.
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Mais pour les professionnels de l’énergie, la question du gaz est préoccupante, notamment avec un détroit d’Ormuz inlassablement bloqué et empêchant le transit de 20 % du marché mondial du gaz. Par conséquent, le prix du gaz augmente.
Pour Midi Libre, deux experts – Olivier Robert, analyste Data chez Papernest et Jacques Percebois, économiste à l’Université de Montpellier et directeur du Centre de recherche en économie et droit de l’énergie (CREDEN) –, décryptent cette augmentation et ses conséquences pour le contribuable.
Comment se traduit l’augmentation annoncée pour le mois de septembre ?
Olivier Robert : Le rapport de notre étude se base sur l’augmentation du prix de vente repère du gaz (ou PRVG). Entre août et septembre, on a constaté une augmentation de 7,3 % pour une utilisation du gaz en mode chauffage, et 5,7 % pour une consommation axée sur la cuisson et l’eau chaude.
Concrètement, le prix du kWh de chauffage passe de 0,12558 € en août à 0,13474 € en septembre 2026 et pour l’utilisation cuisson/eau chaude de 0,15848 € à 0,16757 €. C’est la première fois depuis la création du PRVG en 2023 que le prix du kWh de gaz est aussi élevé.
Comment expliquer cette hausse soudaine ?
Jacques Percebois : Il faut comprendre que le prix du gaz à trois composantes : son importation qui compte pour un tiers (36 %), l’entretien du réseau (34 %), et les taxes (30 %). Dans la situation actuelle, les taxes ne vont pas augmenter, mais les deux autres composantes oui.
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Beaucoup de Français ne sont plus chauffés au gaz au profit de l’électrique, il y a donc moins de consommateurs et le réseau vieillit et il faut l’entretenir. Mais la part la plus importante de la hausse du prix, c’est sur l’approvisionnement. Avec la situation à Ormuz, le Qatar (principal producteur) et les Émirats arabes unis ne peuvent plus passer par le détroit pour approvisionner l’Asie, qui est un gros demandeur, ni l’Europe.
La deuxième raison, c’est le manque de stock. Selon les derniers chiffres, l’Europe a écoulé beaucoup de gaz à l’hiver dernier et durant cet été. On est à 61 % de notre capacité alors qu’on devrait être à 75 %, assure l’économiste, et une des explications à cela c’est la canicule.
Vous dites que la canicule peut impacter les stocks de gaz et son prix ?
J. P. : Eh bien, avec la canicule, les Européens ont puisé dans les stocks pour produire de l’électricité. À cause de la sécheresse et du manque d’eau, certaines centrales hydroélectriques n’étaient pas autosuffisantes pour fonctionner. EDF a même annoncé des interruptions de centrales nucléaires, puisque sans eau et sans vent produit par l’éolien avec la chaleur, les centrales ne peuvent pas fonctionner à plein régime.
Mais la France n’est pas la seule dans ce cas. L’Italie compte 40 % de son parc de centrales à gaz, et en Allemagne 25 à 30 %
Quel sera l’impact de cette augmentation pour le contribuable ?
O. R. : Avec un PRVG aujourd’hui fixé à 52 € du kWh, on estime une hausse de près de 8 euros par mois, soit un peu moins de 100 euros par an. Dans le détail, pour un foyer chauffé au gaz avec une consommation moyenne de 11 200 kWh/an, la facture atteint 1 869,88 € contre 1 767,29 € (+ 102,59 €) si on restait sur le prix arrêté au mois d’août.
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Et pour un ménage qui utilise principalement le gaz pour cuisiner et se laver (entre 2 000 et 4 000 kWh/an), on estime la hausse à 36 euros de plus sur une année.
Est-ce que l’augmentation des prix peut perdurer ?
J. P. : Selon la dureté de l’hiver et l’écoulement des stocks, les prix pourraient continuer de grimper. Mais en coulisses, deux autres motifs gravitent autour de ce sujet.
D’un côté, l’Europe se prépare à ne plus devoir acheter de gaz à la Russie au 1er janvier prochain. Il faudra donc trouver une alternative. Pour l’heure, ce sont les États-Unis qui nous vendent du gaz (27 %, selon l’économiste).
L’autre revers vient justement des États-Unis qui ont récemment construit beaucoup de centrales à gaz, dans le but de refroidir les data centers essentiels à la survie des IA. Dans le cas où il y aurait une concurrence du marché des data centers et du processus de refroidissement de ces derniers, les États-Unis seront prioritaires sur leur propre gaz.
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Est-ce qu’il existe des solutions pour contrer la hausse des prix ?
O. R. : Malheureusement non, si les conditions du marché (détroit d’Ormuz et stocks européens, NDLR) ne bougent pas, le prix va continuer d’augmenter, d’autant que l’hiver approche…
En revanche, le prix au kWh n’est pas le même chez tous les fournisseurs et c’est là où le consommateur peut s’y retrouver. Il faut comparer les fournisseurs et dans la mesure du possible s’avancer vers une offre à prix fixe.
Pourquoi une offre à prix fixe ?
OR : Parce que le prix donné par le fournisseur au moment de la création du contrat ne peut pas bouger, sauf à la baisse. À l’inverse, une offre au prix indexé est, comme son nom l’indique, indexée sur le prix du marché et évolue à la hausse.
J’ajoute que le consommateur peut à tout moment se désengager de son fournisseur. Que ce soit pour le gaz ou l’électricité, il n’y a pas de notion d’engagement. On recense près de 45 offres de gaz et 75 pour l’électricité sur cette fin août, le tout disponible directement sur le site du gouvernement.