Premier cas de West Nile dans les Pyrénées-Orientales : "Pendant des décennies, on a eu des cas épisodiques, on a de plus en plus d’infections chez l’homme"
Après l’apparition du premier cas autochtone d’infection au virus West Nile, la semaine dernière, le Dr Vincent Ronin, infectiologue, rappelle que les cas graves d’infections sont rarissimes. Pas d’affolement, mais il faut rester vigilant.
Le Dr Vincent Ronin, infectiologue, est responsable du pôle "réponse aux épidémies" de l’ANRS MIE, une agence de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) qui travaille sur les maladies infectieuses émergentes.
Le 16 juillet dernier, Santé publique France a fait état d’un premier cas autochtone d’infection humaine au virus West Nile, le virus du Nil occidental. Faut-il s’inquiéter ?
Sous l’effet du changement climatique, le virus est arrivé d’Afrique à la fin des années 90, il a été détecté dans des pays du sud de l’Europe à la fin des années 90, puis est remonté vers l’Europe du Nord au début des années 2000. Les moustiques Culex, qui transmettent le West Nile à l’homme ou aux chevaux après avoir piqué un oiseau infecté, prolifèrent, et cette augmentation des populations augmente le risque de transmission à l’homme.
Ce sera un cas isolé ?
On ne peut pas encore savoir, il faut surveiller la situation. Lorsqu’un cas apparaît, une enquête est lancée pour identifier le foyer. Mais on est parti d’une situation où, pendant des décennies, les cas ont été épisodiques, à une situation où on a de plus en plus d’infections chez l’homme. En 2018, il y avait 27 cas humains en France. En 2023-2024, une quarantaine de cas. En 2025, on a compté 62 cas, et pour la première fois, des cas autochtones ont été détectés en Ile-de-France.
Les oiseaux migrateurs, réservoirs du virus
Contrairement à d’autres maladies transmises par les moustiques, comme le chikungunya (par le moustique tigre), une infection humaine au West Nile ne présente pas de risque de "cluster" d’origine humaine : "L’homme n’est pas un réservoir suffisamment important de virus pour être un acteur d’une chaîne de transmission", précise le Dr Ronin.
"Le virus West Nile a pour principal réservoir les oiseaux migrateurs", détaille l’Institut Pasteur : "Les mammifères, chiens, chats, chevaux, êtres humains, sont des hôtes accidentels du virus et des "culs-de-sac épidémiologiques" : un moustique piquant un mammifère infecté n’est pas capable de transmettre le virus à un autre mammifère car l’hôte ne développe pas une virémie suffisamment élevée pour infecter les moustiques".
Mais si "la transmission entre humains est exceptionnelle", elle "peut survenir dans de rares cas notamment lors de transfusions sanguines ou de transplantations d’organes".
Mais près de 80 % des infections sont asymptomatiques, et un peu moins de 20 % se manifestent par de la fébrilité, de tête, des courbatures… on peut aller chez son médecin et repartir sans qu’une infection ait été suspectée (NDLR : l’Institut Pasteur précise que le diagnostic nécessite un test PCR qui permet de détecter le matériel génétique du virus, ou s’appuie sur la recherche d’anticorps spécifiques, via la technique ELISA).
Dans 1 % des cas, la situation évolue vers une maladie neurologique, une méningite, un syndrome de Guillain Barré. Sur l’ensemble des cas détectés, il y a 8 % de létalité. L’an dernier, sur 62 cas, 20 se sont manifestés par une forme neurologique, et on a eu 5 décès. Les premières victimes sont les personnes immuno-déprimées et les publics fragilisés, qui ont une réponse immunitaire altérée.
Quelle est la conduite à tenir ?
Il faut se protéger des moustiques, et ne pas hésiter à consulter son médecin traitant. Si on est fébrile, si on a de la fièvre, des courbatures, on prendra du paracétamol, et si on a une forme neurologique, on sera hospitalisé en réanimation.

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Il n’y a pas de médicament ?
Non. (NDLR : l’Institut Pasteur précise qu’il n’y a pas non plus de vaccin spécifique contre le West Nile).
Comment suspecte-t-on un cas de West Nile ?
Il ne faut pas croire qu’on a le West Nile dès qu’on est fébrile ! Il y a une suspicion s’il y a un foyer animal à proximité où le virus circule.
L’Occitanie est en première ligne…
C’est une région où le virus circule. (NDLR : le virus est réapparu sur les chevaux de Camargue en 2000. En 2025, des cas de transmission à l’homme ont été constatés pour la première fois en Haute-Garonne et dans le Tarn-et-Garonne).