Three Lion maudit, moment d'anthologie face à Alex Ferguson et star des charts... Kevin Keegan, une icône à l'anglaise
Légende de Liverpool et de Newcastle, homme aux mille vies, Kevin Keegan est décédé ce lundi à l'âge de 75 ans des suites d'un cancer de l'estomac. L'Angleterre pleure la perte de l'un des personnages les plus flamboyants et impactants de son histoire, qui laisse l’image d’un être charismatique et d'une icône ayant marqué plusieurs générations. Parfois sur des terrains inattendus.
L'Angleterre est depuis toujours un pays de rois, et "King Kev" était de ceux-là. Joueur d'exception puis entraîneur au tempérament de feu, Kevin Keegan, décédé ce lundi des suites d'un cancer, laisse derrière lui un héritage immense. De ses exploits d'attaquant à son aventure quelconque à la tête de la sélection anglaise, l'ancienne gâchette de Liverpool, Hambourg et Newcastle aura marqué les esprits à tout jamais. Par-delà la Manche, et bien au-delà.
Considéré comme l'un des meilleurs attaquants de l'histoire britannique, Keegan remportera de nombreux trophées au cours de sa carrière de joueur, dont la Coupe d'Europe des clubs champions avec Liverpool en 1977, ainsi que trois Championnats d'Angleterre. Son génie balle au pied, ainsi que sa personnalité unique, lui permettront de remporter à deux reprises le Ballon d'or en "back-to-back", en 1978 et 1979.
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Il est d'ailleurs le seul Anglais à avoir réussi cet exploit. Derrière lui, un seul de ses compatriotes, seulement, remportera le plus prestigieux des trophées individuels. Ce fut l'un de ses plus dignes héritiers: Michael Owen, avec le maillot de Liverpool lui aussi, en 2001.
Le traumatisme d'une Coupe du monde presque blanche
Malgré son immense statut à la fin des années 70, Kevin Keegan possède une histoire tragique avec la Coupe du monde, qu'il ne marquera jamais de son empreinte. Suite aux non-qualifications de l'Angleterre en 1974 et 1978, il doit attendre l'édition 1982 pour disputer sa première et seule phase finale.
Diminué par une grave blessure au dos, il manque les quatre premiers matchs des Three Lions dans le tournoi, et ne joue au final que 26 petites minutes lors d'un frustrant Espagne-Angleterre (0-0), au second tour. Il ratera d'ailleurs une occasion immanquable de la tête, qui précipitera l'élimination des siens. Alors qu'il n'a pas annoncé sa retraite internationale, le nouveau sélectionneur anglais Bobby Robson ne le convoquera pas pour son premier match, sans le prévenir. Keegan s'en plaindra publiquement, et ne sera plus jamais convoqué en sélection.
Une véritable pop star en Angleterre... et en Allemagne
Au sommet de sa gloire, en 1979, le buteur anglais évolue alors à Hambourg, où il ne se contente pas de traumatiser les défenses de Bundesliga. Paré de sa coupe aux boucles iconique, il s'essaie à la musique et enregistre "Head Over Heels in Love". Contre toute attente, le morceau pop est un véritable succès commercial: il grimpe à la 31e place des charts au Royaume-Uni, et se hisse même dans le top 10 en Allemagne.
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Icône publicitaire absolue, Keegan a été l'un des tout premiers footballeurs à devenir une marque globale. Dans les années 70 et 80, il prête son visage (et ses boucles) à d'innombrables produits: des céréales, des chewing-gums, des vélos, mais surtout l'eau de Cologne "Brut de Fabergé", au côté du champion du monde de Formule 1 Henry Cooper.
La tirade la plus célèbre de la Premier League
Son coup de gueule lancé en direct à Sir Alex Ferguson reste un moment classique de la Premier League. Devenu entraîneur, Keegan transformera Newcastle en une équipe spectaculaire, surnommée "The Entertainers". En avril 1996, au coude-à-coude avec Manchester United pour le titre, il perd totalement ses nerfs en direct à la télévision face aux provocations d'Alex Ferguson.
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Son explosion face caméra, pointant le doigt vers l'écran en criant: "I would love it if we beat them! Love it!" ("J'adorerais qu'on les batte! J'adorerais!"), est restée l'un des moments les plus mémorables de l'histoire du football anglais. Une citation mythique qui sera élue "la plus mémorable" de la Premier League par un jury de la BBC, devant la sortie énigmatique d'Eric Cantona sur les sardines et les mouettes.
Une statue à Newcastle? "Vous devrez attendre ma mort"
Se sachant atteint d'un cancer de l'estomac de stade 4, le plus haut existant, l’ancienne gloire de Newcastle avait souhaité adresser un dernier au revoir au public des Magpies, qui prévoyait de l’accueillir à St James’ Park la saison prochaine. "Je veux dire au revoir. Je n’en ai pas eu l’occasion lors de mon dernier départ du club la dernière fois", avait-il confié à Sky Sports, en juin.
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Également surnommé "Mighty Mouse", en raison de sa petite taille (1,73 m) et de sa combativité, Kevin Keegan avait alors refusé d’entendre parler d’une statue à son effigie aux abords de l’enceinte. "Vous devrez attendre ma mort, je le crains", avait-il lâché. Il fait peu de doute que le club accédera rapidement à la demande du King anglais. Un de plus.
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Romain Daveau