"Le bar c'est à gauche, les vélos à droite, et tout le monde reste derrière les barrières", s'époumone France, en costume de nonne, au sommet du Triple mur des Monty. Son mari Laurent, déguisé en Don Camillo, met de l'ordre plus bas, juché sur son overboard. "C'est parti d'une boutade, on se disait que ce serait bien d'avoir un curé, comme dans le temps, pour bénir la course." Multitâche, la bénévole a aussi récolté les dons pour la recherche contre le cancer, en mentionnant bien: "Dieu vous le rendra".

Et voilà qu'apparaît, quelques minutes plus tard, en sueur mais satisfait de sa performance, Gauvain Deridder. Il sera bientôt sacré double champion de la journée. "La montée ici, c'est juste infernal. C'est vraiment un sprint de 6 minutes, un peu moins pour les meilleurs. C'est très dur parce que ça monte de plus en plus. Le mur du milieu, la route est complètement défoncée, ça casse le rythme. Mais en arrivant ici, l'ambiance est exceptionnelle, il y a 1500 personnes pour t'accueillir. Ça donne des ailes", partage le vainqueur.

Cette 13e édition a donc vu le jeune lustinois emporter la victoire à deux reprises: à la course élite, avec un chrono moyen de 11 minutes 58 par tour (il y en a six), et au Triple mur des Monty, en 5 minutes 12, dix secondes devant Diego Cadelli, lui-même suivi d'Arthur Alexandre. Soit 1,4 km d'effort, avec une pente de 22,5% au dernier mur. "Ce qui est bien, c'est que l'ambulance est au-dessus de la côte", taquinent les commentateurs. Le soleil est de la partie, il s'agirait de ne pas tourner de l'oeil en arrivant en haut.

À bientôt 23 ans, le jeune homme à la moustache impeccablement taillée effectue la course depuis qu'il a 10 ans… Époque où la moustache se dessinait seulement au marqueur. "J'habite à 500m d'ici, c'est le plus beau week-end de l'année. On s'entraîne juste pour ça. Lustin et vélo, ça rime un peu. J'étais déjà monté sur le podium, mais là c'est ma première victoire", dit encore Gauvain.

"C'est chouette qu'un outsider prend la tête parce que ça va rechallenger la course l'année prochaine", lance Olivier Pique, l'un des organisateurs de l'événement.

Le village italien de Lustino

Bien que l'événement populaire ne manque pas de s'accroître chaque année, pour continuer à attirer du monde, Olivier Pique, qui vient tout juste de reprendre la responsabilité du rallye de voitures anciennes, estime qu'il faut toujours prévoir 15% d'innovation. Raison pour laquelle Lustin a vu apparaître, dans ses ruelles escarpées et sur la place du village, quelques Vespa, un barista confirmé et une épicerie fine. Musique de fond: la bande originale du film Le Parrain, reprise par le groupe Les Ferro, d'origine italienne et basé à Jambes (Namur). Si ce n'est pas vraiment l'Italie, ça y ressemble. Mais pas de là à se demander si l'on est au Giro d'Italia."On est sur une placette (au carrefour de la rue Saint-Léger et de la rue Neuville) comme on pourrait en voir dans le Sud, avec une pizzeria, une église. On s'est tout simplement dit, faisons un village italien !", sourit Olivier.

Devenu le rendez-vous vintage des meilleurs

L'ambiance exceptionnelle de la Vieille Boucle attire le monde par-delà les frontières. Pour débuter la journée, il est de bon ton que s'élance la caravane publicitaire, et que suivent les deux courses, amateurs et élites, puis le contre-la-montre du Triple mur des Monty. "Sur le papier, il y avait une centaine de participants au Monty. Mais souvent après la course, beaucoup abandonnent. Les dames participent aussi. C'est la première fois qu'on en a autant, elles sont une quarantaine", présente Nicolas Madryla. Nathalie Van Hyfte remporte la course élite, suivie de la lustinoise Florence Collin. Au total, la Vieille Boucle a compté 178 coureurs. "On a une course qui est reconnue par la fédération de cylcisme et l'Union Cycliste Internationale. J'ai appris avant-hier qu'on était reconnus comme course officielle. On est assez fiers de ce statut, c'est que c'est bien organisé."

La Vieille Boucle peut d'ailleurs se vanter de recevoir d'anciens champions reconnus, comme le cycliste français Thierry Marie, trois fois maillot jaune au Tour de France en 1986, 1990 et 1991. Mais aussi Christophe Morel, de Rhônes-Alpes, plusieurs fois champion du monde de cyclo-cross, né en 1975. "Je suis de la génération de Sven Nys en Belgique", dit-il. Avec ses amis, il a fait le déplacement pour retrouver l'ambiance d'antan, "celle qu'on retrouvait déjà quand on courrait chez les jeunes en France. Contrairement à ce qu'on pense, les vieux vélos ils ne vont pas si mal que ça."

Et puis, il y a les amateurs, qui ne manquent pas de panache, prenant sans peur la course d'assaut, sur des bécanes pesantes et sans suspension. "On ne venait pas pour le podium, on venait pour la bonne cause. J'ai dégusté chaque côte avec bonheur", partage Christophe Delieux."Sans disques, c'est une autre approche. Le frein, il faut s'y prendre à l'avance, on ne s'arrête pas sur 20m mais sur 50m", partage son ami Cédric. L'important finalement, c'est de passer la ligne d'arrivée.

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