Qu’est-ce que la "panicule" ou quand la canicule et les vagues de chaleur peuvent déclencher de véritables crises de panique
Quand la chaleur pousse le corps et l’esprit jusqu’à la panique, un mot surgit : la "panicule". Derrière le terme créé par la journaliste Lauren Bastide, une détresse physique et psychique face à des épisodes caniculaires toujours plus éprouvants.
"J’ai fait une vraie crise de panique". C’est au cours de l’une des récentes vagues de chaleur que Lauren Bastide forge le mot "panicule", contraction de panique et canicule. En botanique, une panicule est une inflorescence ramifiée, comme celles de l’avoine ou du lilas. Mais l’autrice et journaliste, "amatrice de calembours", détourne le terme pour désigner "le lien fondamental entre le dérèglement climatique, les vagues de chaleur et nos états psychiques". Derrière le jeu de mots, elle cherche ainsi à mettre un nom sur une souffrance bien réelle. "L’humour, c’est toujours un bon outil face à la détresse", glisse-t-elle à Midi Libre.
La panicule c’est quoi ?
Pour l’écopsychologue Emmanuelle Delrieu, cofondatrice de l’Association francophone d’écopsychologie (Afecop), la panicule décrit une panique transitoire face à une chaleur que le corps perçoit comme "hors norme" et dangereuse. "Les sphères cognitives ne sont pas gelées, mais fondues". Le cerveau ne parvient plus à mettre le danger à distance : peuvent alors surgir le figement, la fuite, la panique ou l’agressivité.
Le phénomène prend place dans des étés toujours plus éprouvants. La France affronte depuis ce 28 juillet sa quatrième canicule depuis le mois de mai 2026. Ce 30 juillet (Jour du dépassement) l’humanité avait par ailleurs déjà consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer en un an, selon le calcul du Global Footprint Network.
L’écoanxiété comme prise de conscience
C’est lorsque cet état de "panicule" redescend que peut s’opérer le passage vers l’écoanxiété. Le corps a vécu le danger ; le cognitif, l’émotionnel et l’empathie "se remettent à dialoguer" pour donner un sens à ce qui vient de se passer, détaille Emmanuellle Delrieu. La peur n’est alors plus seulement celle d’avoir trop chaud : elle se relie aux incendies, à l’effondrement de la biodiversité, à l’épuisement des ressources et à la répétition annoncée de ces épisodes de chaleurs extrêmes, conséquences directes du dérèglement climatique.
"Cela peut beaucoup inquiéter, à la fois pour le présent et pour l’avenir", souligne la psychologue montpelliéraine spécialisée en écoanxiété Claire Wallez. Certaines personnes redoutent de ne plus dormir, de ne pas être efficaces au travail. D’autres se projettent déjà dans quelques décennies : 'Aujourd’hui, c’est déjà difficile. Alors demain, comment va-t-on faire ?' On est alors véritablement dans l’écoanxiété : les personnes se projettent plus loin et se disent que la situation ne sera pas soutenable".
C’est là que l’écoanxiété "permet de donner du sens à ce que nous vivons", explique Emmanuelle Delrieu. Elle n’est donc qu’une étape vers l’écolucidité : comprendre que cette angoisse n’est ni irrationnelle ni seulement individuelle, que les canicules ne frappent pas tout le monde de la même manière, "selon le genre, la classe sociale, les origines raciales ou le niveau de vulnérabilité". Et que ces évènements extrêmes – incendies, vague de chaleur, tempêtes, crues – ne sont pas des punitions divines : "C’est un système politique, culturel et capitaliste mortifère qui se trouve au cœur des conséquences et des manifestations de cette canicule", résume Emmanuelle Delrieu.
Une étude soutenue l’Ademe, montrait en 2025 que 6,3 millions de Français se sentaient moyennement écoanxieux, avec de premiers symptômes et 2,1 millions, fortement écoanxieux. En première ligne : la tranche des 25-34 ans.
Que peut-on faire ?
Face à une personne qui panique, les psychologues recommandent d’abord de ne pas minimiser son ressenti. Il faut l’aider à rejoindre un lieu frais, accueillir sa parole, puis identifier, une fois la crise passée, des proches, des associations et des lieux sur lesquels elle pourra s’appuyer lors du prochain épisode, conseillent Claire Wallez et Emmanuelle Delrieu.
Mais toutes deux refusent de faire reposer la réponse sur les seuls individus. Alors que le gouvernement suscitait un tollé fin juillet sur Instagram en donnant des conseils "pour gérer son écoanxiété", Emmanuel Delrieu tranche : "Les gens n’ont pas besoin d’anesthésier leur écoanxiété".
L’écoanxiété n’est "ni pathologique, ni dangereuse", appuie Emmanuelle Delrieu qui réclame plutôt pour la mise en place des cellules d’urgence psychologique, des réseaux d’entraide et de politiques publiques concrètes : "Ce qui est actuellement proposé ne constitue que des anesthésiants issus du développement personnel. C’est tout simplement inadmissible". Un constat partagé par Claire Wallez : reconnaître l’écoanxiété ne suffit pas lorsque les politiques menées face au dérèglement climatique restent insuffisantes.