Près de deux mois après le passage de la tornade, l’heure est aux devis, aux expertises, et aux chiffrages par les assurances. Autant d’étapes à gérer en attendant que vienne la reconstruction.

Il faut avoir assisté à un échange entre un expert d’assurances et un artisan pour comprendre pourquoi, pour certains habitants de Pomas, le temps peut paraître désespérément long. Début octobre, au menu d’un rendez-vous chez des sinistrés, l’examen, détaillé et en série, de devis. Passés au crible d’une grille des prix aux allures de bible pour l’assurance et l’expert. Jusqu’à prendre le téléphone pour négocier, en direct, une réduction de 16 € le m2 pour des tuiles.

À lire aussi : "Certains des traitements de dossiers pourront se prolonger jusqu’à début 2027" : où en sont les assurances, près de deux mois après la tornade de Pomas

A la clé, pour l’assurance, une "facture" revue à la baisse de 2 700 €. A resituer dans le cadre d’un devis global qui dépassait allègrement les 60 000 €. On laissera chacun libre d’estimer l’urgence à obtenir la ristourne de 4 %. Mais l’anecdote n’en reste pas moins symbolique du long chemin qu’ont emprunté certains sinistrés. Le sujet, près de deux mois après les 14 minutes qui ont valu à la tornade de frapper plus de 80 % des habitations du village, est d’ailleurs sensible.

C’est une catastrophe

Dans le lotissement des Hauts de Pomas, quelques centaines de mètres avant de sortir du village pour prendre la route de Saint-Hilaire, le spectacle est encore terrible. C’est là, notamment, que la tornade a le plus lourdement frappé. Dans son jardin, un habitant interrompt le chantier de remise en état de son jardin. Sur les murs, les impacts des débris projetés à plus de 200 km/h. Sur le toit, des bâches. Installées par les pompiers dans les premières heures après le désastre. Dérisoires protections. Alors, lorsque le sujet des assurances est évoqué, la réponse est autant dépitée que laconique : "C’est une catastrophe."

À lire aussi : "Si demain il faut reconstruire tout le village en six mois, on est prêt" : à Pomas, après la tornade, la gestion des délais, point de friction entre assurances et artisans

A quelques mètres de là, le long de la D 43, Alain et Viviane s’offrent une pause, devant leur pas-de-porte, à l’abri d’une toiture en bac acier posée deux jours après la tornade. Une 1re mise en sécurité qui évitera à leur intérieur de subir un 2e sinistre, en cas de pluies. 24 heures plus tard, leur mobilier était déménagé dans un garde-meuble. Le couple de retraités, installé à Pomas depuis 15 ans, est relogé. Car l’ampleur des dommages subis les classe parmi les habitants les plus lourdement touchés. "Il ne restera que les quatre murs pour reconstruire. Façadier, maçon, pisciniste, charpentier, plaquiste, carreleur, électricien, climaticien, cheministes : on est concernés par tous les corps de métiers", énumère Alain.

Il faut être toujours joignable, on vit avec le téléphone

Alors, depuis le 24 août, le couple accumule les devis : "La prochaine étape, c’est le chiffrage des indemnités." Entre nettoyage des lieux et contacts avec les entreprises ou l’assurance, c’est un nouveau quotidien qui s’est installé : "Il faut être toujours joignable, on vit avec le téléphone. Il y a d’abord eu le choc. Maintenant, on est dans l’attente. Et on se demande à quelle sauce on va être mangé." Assuré en valeur à neuf, le couple s’épargnera les affres de la vétusté. Malgré les dommages subis, Alain et Viviane sont encore capables de recul : "On sait qu’il y a des gens plus mal lotis, moins bien, ou mal assurés. Quelqu’un nous a dit que son expert ne serait disponible que le 4 novembre."

À lire aussi : "Depuis une dizaine de jours, on voit du changement, des camions, des grues, des échafaudages" : à Pomas, "la reconstruction a bien commencé"

L’addition est aujourd’hui évaluée à 400 000 €. Combien l’assurance prendra-t-elle en charge ? "On pense avoir une relation de confiance avec notre assureur. Mais on sait très bien qu’ils n’ont jamais envie de dépenser trop d’argent, et que les experts ne sont pas indépendants. Il va falloir discuter le bout de gras." Dans leur esprit, l’hypothèse d’un appel à un expert d’assuré est présente : "On sait qu’on entrerait dans le conflit, et ce n’est pas le but." Car de nouvelles négociations rallongeraient d’autant le délai d’intervention des entreprises. Une nouvelle étape qui en appellera encore à la patience : "Quand les travaux commenceront, il y en aura pour huit mois."